Nos nouveaux modes de consommation

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La restructuration de Carrefour pose la question de la pérennité du modèle des hypermarchés. Mais l’évolution des modes de consommation touchera tous les modèles.

La restructuration lourde annoncée jeudi par Carrefour Belgique met le doigt sur le point faible du groupe français en Belgique: les hypermarchés. Spontanément, les regards se tournent alors vers les autres acteurs qui possèdent de tels mastodontes: Louis Delhaize, avec les Cora, et l’allemand Metro, avec les Makro.

Ces derniers viennent toutefois de se restructurer eux aussi. Cora a supprimé 450 emplois en 2014 et 120 l’an dernier, tandis que Makro en a supprimé 505 en 2016. Un nouveau réajustement est donc peu probable à court ou moyen terme.

Reste le cas de Delhaize. Avec ses revenus quasi stables, la branche belge est le maillon faible d’un Ahold Delhaize qui cartonne aux Pays-Bas et progresse aux Etats-Unis.

"Nous allons au-devant de quatre années fondamentales pour le secteur."
Dominique Michel
CEO de Comeos

Mais les familiers du secteur voient plus loin. Pour eux, c’est l’ensemble du secteur de la distribution qui se trouve face à un marché en pleine (r)évolution.

"Le marché évolue dans toutes les directions et de manière contradictoire. Les gens veulent du local et achètent leurs légumes chez le voisin, du facile livré à domicile (Hello Fresh ou Simply You Box) et des prix (hard discount). Ils se déplacent en vélo pour limiter les émissions, tout en achetant de la viande d’Argentine commandée sur internet", résume Eric Mestdagh, le CEO du groupe éponyme. Qui, rappelons-le, a repris 16 supermarchés de Carrefour lors de la précédente restructuration de 2010.

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Difficile, dès lors, de faire des pronostics sur d’autres restructurations. Une chose est sûre: les petits supermarchés de proximité ont le vent en poupe. Leur avantage: ils représentent peu de risques pour les distributeurs puisqu’ils sont tous franchisés.

L’émergence de l’e-commerce n’est pas le seul défi des années à venir. "La vraie question qui se pose, c’est la capacité de tous les grands opérateurs du secteur à adapter leur modèle à tous les nouveaux défis", souligne Dominique Michel, administrateur délégué de Comeos, la fédération du secteur de la distribution. Qui évoque notamment la nouvelle économie du partage.

Myriam Delmée, vice-présidente du Setca en charge du commerce, estime que parmi les distributeurs généralistes, seuls Colruyt, Aldi et Lidl tournent bien.

Pierre-Alexandre Billiet, CEO de la revue spécialisée Gondola, nuance quelque peu ce jugement. "Aujourd’hui, trois secteurs se portent bien: l’e-commerce, le hard discount – au prix de gros investissements et le commerce de proximité", dit-il. Là où le bât blesse, selon lui, c’est le non-alimentaire, phagocyté par les magasins spécialisés et par internet. "Même chez Colruyt, ce segment ne se porte pas bien. Il prend de plein fouet la concurrence de plateformes comme bol.com."

Une chose est sûre: l’époque où le consommateur était fidèle à son "grand magasin" est bel et bien révolue. Les commerçants doivent donc s’adapter beaucoup plus rapidement. Dominique Michel cite l’exemple du black friday. "Il y a trois ans, il n’existait pas, aujourd’hui c’est le deuxième moment de l’année où l’on consomme le plus en ligne."

Pour lui, c’est simple: le secteur du commerce doit absolument utiliser toutes les potentialités de la nouvelle économie, sous peine d’aller droit vers d’autres drames sociaux. "Nous allons au-devant de quatre années fondamentales pour le secteur, ajoute le patron de Comeos. Si on ne parvient pas à prendre le virage de la nouvelle économie, on ira au-devant de gros problèmes. Les défis sont gigantesques. On est au cœur d’une véritable révolution industrielle. Dans les cinq prochaines années, le secteur aura changé bien davantage que sur les dix ou quinze dernières années."

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