analyse

La fête nationale espagnole ternie par un deuil et le divorce à la catalane

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En pleine crise catalane, l’Espagne célèbre ce jeudi sa fête nationale, endeuillée par la mort d’un pilote dans le crash d’un avion de combat, alors que près de 65.000 personnes défilent à Barcelone en faveur de l’unité du pays.

Tout était prévu pour faire vibrer l’âme espagnole. À Madrid, le long du boulevard du paseo de la Castellana, un défilé de quatre mille militaires suivis, fait rarissime, de la police. Des avions crachant l’or et le rouge de la république. Le roi Felipe VI et son Premier ministre Rajoy, magistraux dans les tribunes.

Même l’inoxydable Felipe Gonzalez, dont la présence à la fête nationale n’est jamais acquise, était au rendez-vous. Au même moment, à Barcelone, un autre défilé de près de 65.000 personnes clamait sa fidélité à l’Espagne, sous la surveillance des Mossos, les policiers catalans.

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Certains manifestants arboraient les signes des phalanges espagnoles, des fascistes, et de la Démocratie nationale, un parti d’extrême droite. On pouvait y entendre "Puigdemont en prison". La partition était écrite pour donner une leçon aux séparatistes catalans.

La musique, jouée sans joie, prit un détour ténébreux lorsqu’un Eurofighter de l’armée de l’air espagnole s’est écrasé sur le sol de la base militaire, après avoir participé au défilé aérien. Le pilote n’a pas survécu. C’est le troisième crash mortel en Espagne d’un avion de ce type, construit par le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne.

Madrid impose l’agenda

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Mariano Rajoy a fixé un ultimatum à au président catalan Carles Puigdemont. Celui-ci a jusque lundi à 10h pour confirmer s’il a bel et bien déclaré l’indépendance de la Catalogne. Ensuite, il aura trois jours pour revenir sur sa décision. Si la Catalogne persiste, Mariano Rajoy passera à la deuxième étape de l’article 155 de la Constitution.

Il fera voter par sa majorité au Sénat un texte lui donnant les pleins pouvoirs en Catalogne. Cette disposition n’est autre qu’une copie de l’article 37 de la Constitution allemande. Elle offre une importante latitude au gouvernement central quant aux mesures à prendre. Le gouvernement espagnol peut aller jusqu’à dissoudre le Parlement régional et prendre totalement le contrôle de la région.

Selon nos informations, Madrid a l’intention d’organiser des élections régionales. En refusant de dialoguer avec les indépendantistes tout en leur imposant un "timing", Rajoy a repris les commandes. En apparence, car le Président catalan, en suspendant la déclaration d’indépendance, s’attendait à ce que Rajoy applique l’article 155.

Divorce à la catalane

Le Président catalan a intérêt à ce que le pouvoir central suspende l’autonomie de sa région, cette décision alimentant à coup sûr la ferveur indépendantiste des Catalans. Pris dans un jeu d’échec qui s’accélère, Puigdemont n’a pas le droit à l’erreur. Il risque à tout moment d’être arrêté et emprisonné pour sédition, tout comme d’autres séparatistes.

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Le gagnant du bras de fer entre Madrid et Barcelone sera celui qui vide le combat de son adversaire de toute légitimité. Mariano Rajoy a su tirer parti de la confusion dans laquelle s’est installé l’exécutif catalan, tiraillé entre les modérés de Junt Pel Si et les ultras de la CUP. Hasard de calendrier, le jour de l’échéance de l’ultimatum, le 19 octobre, a lieu un sommet européen où Rajoy devrait recevoir le soutien de ses pairs.

L’autre coup de maître du Premier ministre espagnol fut d’attirer mardi soir, avant d’activer l’article 155, l’appui de l’opposition socialiste (PSOE) en l’associant à une réforme de la Constitution qui s’ouvrira dans 6 mois. La Catalogne a le choix entre persister sur la voie de l’indépendance et subir les foudres de Madrid, qui peut faire usage de la force.

Ou participer à une réforme de l’État qui débouche sur une plus grande autonomie. Le gouvernement espagnol se veut apaisant. "J’ai la conviction quasi totale que l’intervention des forces armées ne sera pas nécessaire", a dit la ministre de la Défense Maria Dolores de Cospedal.

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