Carles Puigdemont fait coup double

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Le président catalan déchu s'est rendu au Danemark pour assister à un colloque. Grâce à ce voyage, Carles Puigdemont fait coup double: poursuivre son combat médiatique pour l'investiture, sans se faire arrêter, et damer le pion aux autorités espagnoles.

Carles Puigdemont vit dangereusement. Le président catalan destitué a quitté la Belgique ce lundi pour se rendre au Danemark afin d'intervenir à une conférence à l'Université de Copenhague. Voici 80 jours que le leader indépendantiste n'avait plus mis un pied hors de la Belgique, où il s'est réfugié la veille de la Toussaint pour échapper aux poursuites de la justice espagnole.

Risquait-il de se faire arrêter? Il y a peu de chance, selon les experts.

Carles Puigdemont a pris l'avion à sept heures du matin à l'aéroport de Charleroi, accompagné d'un ami et d'un garde du corps, pour s'embarquer dans un vol Ryanair. Une heure et demi plus tard, il arrivait dans la capitale danoise. A peine avait-il quitté l'aéroport que le procureur général espagnol demandait au juge de la Cour suprême Pablo Llarena de réactiver le mandat d'arrêt européen contre Carles Puigdemont. Depuis qu'il a fait voter une déclaration d'indépendance de la Catalogne, le 27 octobre dernier, Carles Puigdemont et d'autres élus catalans sont poursuivis pour "rébellion", "sédition" et "malversations".

Un mandat d'arrêt européen contre les séparatistes avait déjà été adressé à la Belgique, mais la justice espagnole avait fini par retirer sa demande, tant le risque étant grand de voir les préventions contre Carles Puigdemont réduites à peau de chagrin. Ni les délits de "sédition" ni de "rébellion", propres au droit espagnol, ne sont incriminés en droit belge.

La demande de mandat d'arrêt rejetée

Vers 13 heures, le juge Llarena refusait de lancer un nouveau mandat d'arrêt européen auprès des autorités danoises.

Pablo Llarena juge la demande du procureur raisonnable, mais préfère reporter sa décision. Par son voyage, Carles Puigdemont "n'a d'autre but que de chercher à se faire arrêter" et "empêcher l'exercice de l'activité parlementaire", explique le juge Llarena. Selon le magistrat, l'arrestation du leader Catalan entraverait l'activité parlementaire, ce qui est inacceptable à ses yeux. 

Pablo Llarena craint aussi des divergences d'application du droit et de législation au Danemark qui, comme en Belgique, auraient corseté les tribunaux espagnols.

Ce refus n'est pas définitif. Le mandat d'arrêt européen pourrait être relancé, mais "lorsque l'activité parlementaire aura repris", affirme le juge.

Quoiqu'il en soit, même si le mandat d'arrêt européen avait été accepté, il y a peu de chance que Carles Puigdemont eut été arrêté. Il ne comptait rester que 24 heures au Danemark et vu le temps nécessaire pour examiner ce mandat d'arrêt européen inhabituel, car politique et non lié à des actes de terrorisme, il y a peu de chances qu'un juge danois ait ordonné en un temps si court son arrestation.  

Par ailleurs, Carles Puigdemont aurait du fin janvier, après 90 jours de présence sur notre territoire, justifier son séjour en Belgique au risque de tomber dans l'illégalité. Le fait de sortir avant l'expiration de ce délai devrait, en théorie, en faire courir un nouveau de trois mois lors de son retour. C'est, en tout cas, ce que confirme l'Office des étrangers.

L'élu catalan fait coup double: il poursuit sa campagne d'investiture sans se faire arrêter, assure son refuge en Belgique et, au passage, dame le pion aux autorités espagnoles.

"Les Catalans admirent le Danemark. Nous voulons devenir un Danemark du Sud"
Carles Puigdemont
Président catalan destitué

Devant les étudiants danois, M. Puigdemont s'est permis de demander le soutien du Danemark pour son combat. "Les Catalans admirent le Danemark. Nous voulons devenir un Danemark du Sud", a-t-il dit lors du colloque.

Candidat à la présidence

Roger Torrent, le président du parlement catalan a annoncé lundi matin la validation de la candidature de Carles Puigdemont à la présidence de la Catalogne, malgré les incertitudes juridiques et logistiques pesant sur son investiture.

Mais rien n'est gagné pour Carles Puigdemont. Il reste huit jours pour trouver une solution à l'épineux problème de distance. En effet, s'il remet les pieds en Espagne, il sera très probablement arrêté et mis en prison malgré son immunité. 

L'élu catalan devrait rester en Belgique, où il serait investi par une prestation de serment par Skype ou par délégation via un député indépendantiste. L'opposition catalane le qualifie déjà de "président par hologramme".

"Permettre que quelqu'un soit investi ou prétendre être le président du gouvernement catalan en étant à Bruxelles est illégal"
Mariano Rajoy
Premier ministre espagnol

Le Premier ministre Mariano Rajoy considère que cette prestation de serment sera "illégale". Au premier acte du nouveau gouvernement, il a promis d'intenter un recours en annulation devant le tribunal constitutionnel espagnol. "Permettre que quelqu'un soit investi ou prétendre être le président du gouvernement catalan en étant à Bruxelles est illégal", a-t-il dit samedi. Mariano Rajoy utiliserait alors l'article 155 de la Constitution pour continuer à gouverner la Catalogne de Madrid. 

Pour rappel, les trois partis indépendantistes Junts per Catalunya, la Gauche républicaine de Catalogne (Esquerra Republicana de Catalunya, ERC)  et lacandidature d'ujité populaire (CUP) sont sortis victorieux des urnes le 21 décembre dernier, en obtenant 70 députés sur 135. 

Arrivé au Danemark, Carles Puigdemont a multiplié les déclarations, affirmant qu'il "entend former un gouvernement" malgré les "menaces de Madrid"

→ Carles Puigdemont est poursuivi en Espagne pour "rébellion", "sédition" et "malversation de fonds" en lien avec la tentative de sécession de la Catalogne du 27 octobre dernier.

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