interview

"L'exode des entreprises atteint déjà 30% de l'économie catalane"

Carlos Rivadulla ©rv doc

Carlos Rivadulla, vice-président d'Empresaris de Catalunya, représente le patronat catalan. S'il a d'abord été surpris par l'ampleur que prenait le mouvement pro-indépendance, il milite désormais, à son niveau, pour l'union de l'Espagne.

En Catalogne, les organisations patronales sont fracturées comme le reste de la société entre pro- et anti-indépendance. Carlos Rivadulla représente les patrons pour l’unité du pays, comme vice-président d’Empresaris de Catalunya – qui s’oppose à l’organisation séparatiste Cercle Catala de Negoci (CCN). Il était à Bruxelles, mardi, avec une délégation de patrons, pour que Carles Puigdemont et les maires séparatistes ne soient pas les seuls à occuper le terrain médiatique européen. L’invitation de députés européens à laquelle il répondait date d’il y a un mois, assure-t-il cependant: à l’entendre, il n’y aurait pas de lien de cause à effet direct entre la cavale belge de l’ancien président de la Communauté autonome et sa prise de parole aujourd’hui…

Vous représentez les patrons unionistes, savez-vous quelle part du patronat catalan est opposé à l’indépendance?
Non. C’est très difficile à évaluer: les entrepreneurs, les entreprises n’aiment pas faire de politique.

Ce qui explique que vous vous soyez engagé dans le débat sur l’indépendance assez tard. Trop tard?
C’est vrai, c’était une erreur. Vous savez, les pro-indépendance, ce sont des amis, des proches… Je me disais: ils se plaignent comme des enfants, et alors? On les a laissé parler sans écouter, mais petit à petit on a compris qu’ils avaient beaucoup de soutien, qu’ils recevaient beaucoup d’argent public, qu’ils étaient motivés, très mobilisés. Et très nombreux à travailler à temps plein là-dessus. Ils nous ont surpris. On a commencé il y a trois ans à rassembler des gens autour d’un message en faveur de l’unité. Et puis on a commencé à répandre notre message. Mais les opportunités de vraiment s’exprimer dans les médias étaient très limitées.

"Pourquoi les indépendantistes veulent-ils me forcer à n’être solidaire qu’avec le fermier de mon coin et pas avec quelqu’un en Galice?"

Fondamentalement, pourquoi êtes-vous opposé à l’indépendance catalane?
Parce que je suis pour la solidarité, la fraternité et la coexistence avec l’Espagne. Pourquoi les indépendantistes veulent-ils me forcer à n’être solidaire qu’avec le fermier de mon coin et pas avec quelqu’un en Galice? Je n’aime pas les barrières.

Mais au-delà de cette sensibilité très personnelle, je ne vois aucun intérêt économique à le faire. Je vais faire une comparaison: quelle est la principale raison pour laquelle le FC Barcelone est si fort? La première raison, ce n’est pas Messi, c’est son écosystème: c’est que Barcelone joue dans le championnat d’Espagne. Pour être le grand club qu’il est, le FC Barcelone a besoin du Real Madrid. C’est la même chose pour les entreprises: on a besoin du marché espagnol. Nous vendons plus à la petite région d’Aragon qu’à la France entière!

Or, les velléités indépendantistes ont déjà eu un impact négatif sur l’économie catalane. Pouvez-vous le chiffrer?
Rendez-vous compte: nous n’avons plus de banques, plus d’entreprises énergétiques! L’exode des entreprises représente déjà approximativement 30% du produit intérieur brut catalan. Il est vrai que c’est encore très frais, il n’est pas facile d’avoir des chiffres précis à ce stade.

La situation est-elle réversible?
Je l’espère parce que c’est comme le Brexit: une "lose-lose situation". J’espère vraiment que les dégâts peuvent être limités. Mais quand 2.000 entreprises s’en vont, je ne m’attend pas à ce qu’elles reviennent toutes… Dans beaucoup de cas, c’est un premier avertissement: beaucoup d’entreprises ont juste migré sur le papier, envoyé une ou deux personne à Madrid. C’est un message politique au gouvernement local: on ne veut pas de ça. Mais si ça continue, alors ils vont finir par se déplacer complètement et il sera trop tard pour faire marche arrière.

"Quelle est la principale raison pour laquelle le FC Barcelone est si fort? C’est qu’il joue dans le championnat d’Espagne. Pour être le grand club qu’il est, le FC Barcelone a besoin du Real Madrid."

Qu’entrevoyez-vous comme sortie de crise? Y a-t-il du lest à lâcher pour plus d’autonomie?
Vous savez, en un sens, l’Espagne est déjà un pays fédéral. L’autonomie de la Catalogne est très développée. Nous payons nos taxes comme n’importe qui: vous faites plus d’argent, vous payez plus de taxes. Ça s’applique à moi comme individu et à la Catalogne comme région, comme la Flandre, la Lombardie… On a un déficit fiscal normal. Il faut que les gens le comprennent. Et qu’ils comprennent toutes les conséquences de l’indépendance.

Votre solution serait donc le retour d’unionistes au gouvernement… À votre échelle, vous menez campagne pour les élections de décembre?
Nous ne sommes pas un parti politique, mais c’est sûr: nous soutenons les trois partis politiques qui sont en faveur de l’unité et de la Constitution. Les sociaux-démocrates, les conservateurs et les libéraux.

Comment jugez vous la manière dont la Belgique réagit à cette crise?
Je respecte l’État de droit en Belgique, l’ordre judiciaire belge. Le reste n’est pas significatif, je ne veux pas entrer dans les polémiques.

©Photo News

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