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"L'indépendance catalane, ça n'est pas son truc"

Qui est l'avocat de Carles Puigdemont? Un spécialiste du droit des minorités, plutôt à gauche. Il a un "fond" flamingant au moins depuis l'affaire Walen buiten, mais n'aurait pas d'affinités particulières avec la cause séparatiste catalane.

L'avocat belge de Carles Puigdemont n'a pas d'affinités particulières avec la cause catalane, nous affirme un de ses proches. Lundi, l'avocat flamand avait fait savoir que le président déchu de la communauté autonome de Catalogne l'avait choisi comme conseil. Il a aussi indiqué avoir "parlé stratégie" avec Carles Puigdemont sans exclure une démarche pour demander la protection de la Belgique. "Nous gardons toutes les options ouvertes et nous étudions toutes les pistes. Nous avons le temps", a-t-il indiqué mardi à l'antenne de Radio 1 (VRT).

C'est plutôt qu'il n'aime pas que des gens soient opprimés par un État très centraliste
Simon Bekaert
Fils de Paul Bekaert, 1er échevin à Tielt (SP.A)

Que Carles Puigdemont ait choisi Paul Bekaert pour le conseiller n'étonne pas Paul Pataer, sénateur honoraire qui connaît bien l'avocat pour l'avoir côtoyé au sein de la Ligue flamande des droits de l'Homme. Paul Bekaert est actif depuis les débuts de sa carrière sur les questions de droits de l'homme liées aux minorités. Pour Puigdemont, ce choix est avisé, "même si la Catalogne n'est pas un exemple de minorité opprimée - et je crois que Paul Bekaert le sait", avance Paul Pataer. Il affirme par ailleurs que Bekaert n'est pas défenseur de l'indépendance catalane - "ce n'est pas son truc", assure-t-il.

Nous avons contacté Paul Bekaert pour en savoir plus sur son parcours et ses sensibilités, sans succès. Son fils Simon Bekaert, premier échevin (sp.a) à Tielt, précise : "Il a suivi la question catalane dans la presse avec beaucoup d'attention, au même titre que les évolutions en Écosse ou au Québec. Ca l'intéresse, mais je ne l'ai jamais entendu faire de grandes déclarations à ce sujet. C'est plutôt qu'il n'aime pas que des gens soient opprimés par un État très centraliste."

Son fils lui-même ignore s'il avait des contacts avec les séparatistes catalans avant d'être contacté lundi par l'entourage du président de la Généralité. "Il n'y a pas beaucoup d'avocats en Belgique spécialisés en mandat d'arrêt européen, extraditions et asile politique", a indiqué lui-même Paul Bekaert au "Morgen" pour expliquer qu'il ne soit pas surpris que le choix de Puigdemont se soit porté sur lui.

Droits des minorités

Paul Bekaert "a notamment mené plusieurs missions à l'étranger avec le soutien de la Liga voor Mensenrechten, notamment en Palestine et en Irlande", explique Pataer, ancien président de l'équivalent flamand de la Ligue des droits de l'Homme.

Bio Express

Né à Courtrai en 1948
Etudie le droit à la KULeuven
Entre au barreau de Bruges en 1974
Adhère à la ligue des droits de l'homme dans les années 70
Il a notamment étudié la situation de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) en Irlande du Nord et de l'organisation séparatiste du pays basque espagnol (ETA)

L'avocat, qui habite à Tielt, entre Gand et Roulers, a été bâtonnier au barreau de Bruges - signe qu'il était "respecté de ses confrères avocats de Flandre occidentale", poursuit Paul Pater.

Il dit de Bekaert qu'il a un fond flamingant orienté à gauche, avant d'ajouter rapidement : "Je dois être prudent: je ne l'ai jamais entendu plaider pour une Flandre indépendante." Son fils confirme, et ajoute : "Au collège, il était un chaud partisan de "Leuven Vlaams"", ce que les francophones ont appellé le "Walen buiten", l'Affaire de Louvain.

Quant à son orientation à gauche, elle est marquée chez tous les membres de la "Ligue", souligne Pataer, mais ne s'est pas concrétisée par un engagement partisan: "Il ne s'est pas laissé convaincre de s'inscrire avec moi sur une liste sp.a, parce qu'il voulait rester indépendant", indique Paul Pataer. "Il est indépendant et progressiste", confirme son fils, qui précise que son père lui apporte son soutien aux élections. 

Il est notamment connu comme défenseur d'un couple belge d'origine basque (Raquel Garcia et Luis Moreno), soupçonné d'appartenir à l'organisation séparatiste basque ETA. Il a aussi défendu l'activiste kurde de Turquie Fehriye Erdal, membre de l'organisation d'extrême-gauche DHKP-C, accusée de complicité de terrorisme par Ankara.

Avant d'être choisi par Carles Puigdemont, Paul Bekaert avait estimé dans une interview à la VRT que le Président évincé de la Généralité de Catalogne aurait du mal à obtenir l'asile en Belgique: "La Convention de Genève stipule qu'on doit prouver qu'on n'est pas protégé de poursuites dans son pays. Or l'Espagne est un État de droit où l'on trouve suffisamment de protection auprès des tribunaux", a-t-il dit.

Lors d'une conférence de presse en début d'après-midi, Carles Puigdemont a indiqué ne pas avoir l'intention de demander l'asile politique. Il ne serait venu à Bruxelles, trois jours après la déclaration unilatérale d'indépendance catalane, que pour "mettre en évidence le problème catalan au coeur des institutions européennes et dénoncer la politisation de la justice espagnole". Mais la VRT rapportait dans la foulée que malgré les déclarations de Carles Puigdemont, Paul Bekaert n'écartait pas définitivement l'option d'une demande d'asile.

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