L'investiture de Jordi Turull renvoyée au second tour au Parlement catalan

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La majorité indépendantiste au Parlement catalan a tenté d'investir Jordi Turull à la tête de la région ce jeudi. L'abstention de la CUP, parti indépendantiste très à gauche, a provoqué le renvoi de l'investiture à un second tour. Cependant, la nomination ne sera peut-être qu'éphémère. L'aspirant à la présidence catalane est en effet visé par des poursuites judiciaires.

L'investiture de Jordi Turull, ancien porte-parole du gouvernement catalan, aurait pu être effective ce jeudi. Roger Torrent, président séparatiste du parlement catalan avait en effet convoqué une séance d'investiture à 17 heures pour tenter de le nommer président de la région. Jordi Turull bénéficiait de l'appui de Junts per Catalunya et d'Esquerra de Catalunya.

Il avait néanmoins besoin des quatre voix de la CUP pour obtenir la majorité absolue ce jeudi. Or le conseil politique du parti a annoncé avant la tenue de la session plénière qu'il maintenait ses votes d'abstention. Un second vote à majorité simple devrait donc avoir lieu pour investir un président catalan.

Jordi Turull a présenté sans limite de temps son programme gouvernemental devant le Parlement lors de la séance plénière. Carles Puigdemont, figure du mouvement indépendantiste, a d'ores et déjà appelé à continuer à faire bloc face à Madrid dans une vidéo postée sur Twitter. "Nous devons garder la position face à un État qui dépasse toutes les limites de l'Etat de droit", a-t-il indiqué. Pour sa part, Jordi Sanchez, deuxième candidat proposé par Roger Torrent pour présider la Catalogne, a souligné sa "confiance absolue" en Jordi Turull.

Un troisième candidat pour prendre la tête de la Catalogne

"Je proposerai à la chambre le député Jordi Turull pour être candidat à la présidence".
Roger Torrent
Président du Parlement catalan

Après les défections de deux candidats indépendantistes Carles Puigdemont et Jordi Sanchez, Jordi Turull est le troisième nom proposé par Roger Torrent pour présider la Catalogne. Pour rappel, Carles Puigdemont est actuellement en exil volontaire en Belgique afin d'échapper à la justice espagnole qui le poursuit pour avoir promu la sécession. La Cour constitutionnelle espagnole a réfuté la possibilité d'une investiture à distance. La figure de l'indépendantisme catalan a donc dû abandonner.

De son côté, Jordi Sanchez a également dû renoncer à briguer la présidence de la Catalogne en raison de son incarcération.

Le nouveau candidat, avocat de formation, a fait part de son engagement auprès des Catalans. L'investiture représenterait pour lui "un immense honneur". "Si le Parlement me vote la confiance, je travaillerai sans relâche pour le progrès et la protection des 77,5 millions de Catalans", a réagi Jordi Turull.

https://twitter.com/jorditurull/status/976572251893051

Un président bientôt arrêté?

Cette convocation express vise à court-circuiter les "ingérences" de la justice dans le processus de sécession de la Catalogne selon Roger Torrent. A l'instar de Carles Puigdemont et de Jordi Sanchez, Jordi Turull est inculpé de sédition et de rébellion par la justice espagnole.

Il a été convoqué pour une audience ce vendredi à Madrid par la Cour suprême. En cas de jugement et de condamnation, il serait probablement disqualifié et devrait abandonner son poste. Le candidat libéré sous caution serait alors libéré de ses fonctions.

Madrid a vivement réagi à l'annonce de la convocation de la commission d'investiture au Parlement catalan. Le ministre espagnol de la Justice Rafael Catalá Polo a dénoncé ce jeudi une décision peu constructive qui ne jouait pas en faveur de la Catalogne et de ses habitants."La situation que nous vivons en Catalogne, avec l'action de ses dirigeants, est peu édifiante et démontre qu'il n'y a pas une réelle volonté de trouver des solutions mais de continuer à chercher la confrontation avec l'Etat de droit", a tweeté le ministre espagnol ce jeudi.

"Roger Torrent a convoqué cet après-midi une session plénière d'investiture au Parlement catalan avec précipitation, manque de transparence et des formes inadéquates. Cela ne contribue pas à travailler dans l'intérêt de la Catalogne et des Catalans"
Rafael Catalá Polo
Ministre espagnol de la Justice

Il a en outre rappelé les affaires judiciaires en cours qui concernaient l'aspirant à la présidence de la Catalogne. "Je pense que les citoyens préféreraient comme leader quelqu'un qui puisse aller au bureau tous les jours pour travailler. Nous, les représentants des citoyens, avons un devoir d'exemplarité", a-t-il commenté. De plus, Jordi Turull ne pourrait pas devenir président régional tant que le roi Felipe VI n'aurait pas ratifié le décret le nommant.

L'impossible compromis

Depuis la déclaration d'indépendance votée le 27 octobre au Parlement catalan, le torchon brûle entre les séparatistes et l'administration centrale. Les indépendantistes accusent le gouvernement de Mariano Rajoy de ne pas favoriser le dialogue et de manipuler la justice pour mettre au pas le mouvement.

©Photo News

L'opposition fustige de son côté le choix systématique de candidats non viables pour ensuite dénoncer le "harcèlement judiciaire". "Torrent vient de m'appeler. C'est une honte qu'ils continuent à dégrader le Parlement en l'utilisant comme une scène pour le spectacle du procès et pour poursuivre avec le choc et la confrontation", a réagi Inès Arrimadas, chef en Catalogne du parti-libéral et anti-indépendantiste Ciudadanos, ce mercredi.

Malgré la majorité de 47,5% des voix obtenue par les séparatistes lors des élections régionales du 21 décembre, la Catalogne demeure encore sous la tutelle administrative de Madrid. La fin de la crise catalane n'est pas encore pour demain.

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