La rupture est consommée entre Madrid et Barcelone

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C’est sur cette fracture que va se construire un processus électoral inédit, celui d’un scrutin convoqué le 21 décembre par Madrid dans une région autonome dont les pouvoirs ont été suspendus.

Personne n’y croyait et pourtant, tout s’est déroulé comme l’avaient prévu les observateurs les plus pessimistes. Les indépendantistes catalans – qui sont loin de représenter la majorité de l’opinion publique de la région la plus riche d’Espagne – ont entériné la rupture avec Madrid et ouvert une période de profonde incertitude dont personne ne connaît les conséquences.

Les séparatistes catalans sont allés jusqu’au bout. Le Parlement de Barcelone a adopté vendredi une motion proclamant l’indépendance de la Catalogne, qui a été adoptée par 70 voix pour, dix voix contre, et deux votes blancs (sur un total de 135 élus). Ils se sont prononcés dans un hémicycle à moitié vide. Le vote a en effet été boycotté par les élus du Parti socialiste (PSOE), du Parti populaire (conservateurs, PP) et de Ciudadanos (centre), qui ont quitté l’hémicycle en signe de protestation.

Le plus grand défi des indépendan-tistes: mobiliser leurs sympathi-sants sur la durée.

La déclaration de la coalition au pouvoir Junts Pel Si et par la Candidature d’Unité Populaire (CUP), le groupuscule anti-capitaliste (ils n’ont que 10 des 172 députés du Parlement régional) demande "à constituer une république catalane en tant qu’Etat souverain" pour défendre les droits d’une nation "dont la langue et la culture ont plus de mille ans" et qui "durant des siècles a eu ses propres institutions".

A l’extérieur du Parlement, des dizaines de milliers de manifestants ont salué par des clameurs l’annonce du résultat. Des hourras et des applaudissements se sont élevés de la foule. Ils ont prolongé la fête devant le siège de la Généralité (exécutif catalan) durant toute la soirée.

La fracture

Madrid a vite répliqué. Le Sénat a autorisé la mise en tutelle de la région en votant l’article 155 de la Constitution. Mais surtout, peu après 20 h, le Premier ministre conservateur Mariano Rajoy a comparu devant la presse pour annoncer la dissolution du Parlement catalan et la convocation de nouvelles élections régionales le 21 décembre ainsi que la destitution du président catalan, Carles Puigdemont, et de tout son gouvernement.

Vendredi soir, le contraste entre Madrid et Barcelone ne pouvait pas être plus grand. Mariano Rajoy parlait de "déchirement", de "tristesse" et "d’angoisse". Mais quelques heures auparavant, les parlementaires indépendantistes s’embrassaient et se faisaient des selfies pour célébrer un "moment historique".

C’est sur cette fracture que va se construire un processus électoral inédit, celui d’un scrutin convoqué par Madrid dans une région autonome dont les pouvoirs ont été suspendus. Comment pense-t-il l’organiser? D’un point de vue pratique le gouvernement conservateur va devoir piloter à distance les divers "ministères" catalans mais il n’est pas sûr qu’il puisse le faire. Autant de questions qui n’ont pas encore de réponses.

Le défi des indépendantistes

S’ouvre également un tout autre chapitre du récit indépendantiste. Le mouvement sécessionniste affronte en effet son plus grand défi: mobiliser ses sympathisants sur la durée et éventuellement, si la résistance face à Madrid l’exige, les pousser à l’illégalité. Depuis mardi 24 octobre, l’Assemblée Nationale Catalane (ANC) et Omnium, les grandes plateformes de mobilisation indépendantistes ont organisé des réunions de fidèles dans toute la Catalogne pour expliquer ce qui risque de se passer dès la mise en tutelle de la région.

De même pour la CUP qui regroupe le noyau dur du sécessionnisme, qui est allée un peu plus loin en appelant à une "désobéissance civile massive". Dans un document diffusé le 27 octobre, l’ANC a demandé aux 200.000 fonctionnaires catalans d’opposer une résistance passive aux instructions qu’ils pourraient recevoir dans le cadre de l’application de l’article 155 qui "viole les lois en vigueur".

Maintien de l’ordre

Reste également à savoir quelles mesures adoptera Madrid pour maintenir l’ordre en Catalogne. L’opération Copernic, la plus grande opération anti-émeute de ces dernières années, se prolonge depuis plus d’un mois. Le gouvernement de Mariano Rajoy a décidé de maintenir sur place les renforts déployés – un peu plus 5.000 effectifs en comptant la police nationale et la garde civile – peu avant le référendum, pour faire face à toutes les éventualités, même celle de remplacer une partie de la police régionale, les Mossos d’Esquadra, si celle-ci décide de désobéir aux ordres de l’exécutif espagnol dans le cadre d’une mise en tutelle de la région.

Les banques ont souffert

Les marchés espagnols ont connu une nouvelle séance difficile ce vendredi. L’Ibex 35 — l’indice phare de la Bourse de Madrid — a perdu jusqu’à 2,04% avant de réduire ses pertes à 1,45%. Les banques catalanes ont été particulièrement touchées, comme à chaque fois que la Catalogne fait un pas de plus vers l’indépendance. Sur le marché obligataire, le taux d’intérêt espagnol à 10 ans a grimpé de plus de 5 points de base, à 1,573%. Les analystes prévoient une hausse de la volatilité à court terme.

Les réactions 

Donald Tusk, président du conseil de l’UE

"L’Espagne reste notre seule interlocutrice"

L’Espagne reste "la seule interlocutrice" de l’Union européenne, après le vote du Parlement de Catalogne en faveur de l’indépendance, a affirmé le président du Conseil de l’UE, qui représente les 28 Etats membres. "Pour l’UE rien ne change. L’Espagne reste notre seule interlocutrice", a écrit Donald Tusk sur son compte Twitter, en appelant parallèlement le gouvernement espagnol à choisir "la force de l’argument plutôt que l’argument de la force".

Charles Michel, Premier ministre belge


"Une crise politique ne peut être résolue qu’à travers le dialogue" C’est ce qu’a tweeté le Premier ministre belge Charles Michel après le vote d’une déclaration unilatérale d’indépendance au Parlement catalan. "Nous appelons à une solution pacifique avec le respect des lois nationales et internationales", a-t-il aussi déclaré en anglais

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne

"L’UE n’a pas besoin d’autres fissures"

Le président de la Commission européenne a affirmé que "L’UE n’a pas besoin d’autres fissures, d’autres fractures." "Nous n’avons pas à nous insérer dans ce débat hispano-espagnol mais je ne voudrais pas que, demain, l’Union européenne se compose de 95 Etats membres."

Jose Ligero, indépendantiste

"ça n’a pas été porté par les politiques mais par la rue"

"Je comprends que nous sommes allés sur un chemin qui n’est pas bien vu dans d’autres parties du monde, mais nous n’avons pas eu le choix, ça n’a pas été porté par les politiques mais par la rue", a témoigné Jose Ligero, un gestionnaire immobilier de 43 ans, se disait conscient de l’incompréhension de la communauté internationale.

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