Le divorce catalan se fait dans la douleur

©AFP

Les Catalans vont décider dimanche s'ils veulent l'indépendance lors d'un référendum qualifié d'illégal par Madrid. Le "oui" se profile largement, renforcé par les maladresses du Premier ministre Mariano Rajoy.

La Catalogne a demandé le divorce début septembre. Cela fait depuis 2012 que l'idée lui tournait dans la tête. La région gagne bien sa vie et ne veut plus faire partie de la famille espagnole. Il est temps pour elle de prendre son indépendance. Mais d'abord, il faut officialiser ce divorce et cela se fait dans la douleur. 

L'officialisation (aux yeux de la Catalogne en tout cas), c'est ce dimanche. Les Catalans sont invités à répondre à cette question: "Voulez-vous que la Catalogne soit un État indépendant sous la forme d'une république?" C'est la question à 212 milliards d'euros, soit les 20% du PIB espagnol que représente la région. 

Une partie des renforts policiers envoyés en Catalogne ont été logés dans un ferry sur lequel étaient peints... Titi et Grosminet. Le petit canari est devenu un emblème des séparatistes catalans. ©AFP

Malgré les chiffres issus du dernier sondage (49,4% contre VS 41% pour l'indépendance), on s'attend à une victoire du "oui". D'abord, les adversaires de l'indépendance ne devraient pas voter, car le référendum est considéré par l'Espagne comme illégal après avoir été interdit par la Cour Constitutionnelle. Mais surtout, la réaction braquée et maladroite du gouvernement Rajoy n'a fait que renforcer la détermination de la Catalogne de se défaire de son emprise. 

L'Espagne s'accroche maladroitement

Le Premier ministre Mariano Rajoy n'est en effet pas prêt à laisser partir la petite Catalogne. Et il n'hésite pas à faire preuve de force pour lui barrer la route. La Garde civile multiplie les perquisitions pour mettre la main sur du matériel électoral. Jeudi, c'était bingo. Elle a saisi 2,5 millions de bulletins de vote et trouvé des centaines d'urnes. La semaine passée déjà, la pêche avait été bonne, mais les Catalans indépendantistes ont crié au scandale lorsque des hauts fonctionnaires ont été arrêtés. "Des prisonniers politiques", a dénoncé le chef de la gauche radical Podemos, Pablo Iglesias. 

Démonstration de force, acte deux: Mariono Rajoy veut bloquer l'accès aux bureaux de vote. Pour cela, il a envoyé plus de 10.000 policiers et gardes civils en renfort. A l'ONU, on commence à s'inquiéter. Deux experts ont demandé à Madrid de faire preuve de prudence.

"La majorité des jeunes est indépendantiste, et si elle ne l'est pas, elle l'est devenue après avoir vu ce qu'a fait l'Espagne ces dernières semaines."
Aina Gonzalez
Jeune manifestante catalane

Le gouvernement espagnol a donc tout misé dans ses gros biscoteaux, laissant la nuance au placard. Dans la région de 7,5 millions d'habitants, 16% de la population de l'Espagne, il n'a fait aucune campagne si ce n'est de dire "c'est illégal". "Rajoy semble penser 'si je ne réponds pas à tout ça, ça va se dégonfler'", affirme Caroline Gray, spécialiste des mouvements nationalistes à l'université britannique d'Aston. Effet souhaité: ne pas donner de légitimité à ce référendum. Effet obtenu: de plus en plus de Catalans déçus penchent pour le divorce.

Et après?

Les Catalans indépendantistes ont prévenu qu'ils allaient tout mettre en oeuvre pour faire entendre leur voix dimanche. Ils assurent disposer de plus de 2.000 bureaux de vote. Mais que vont-ils faire avec un "oui" illégal? Ils chercheront à en tirer profit, même sans déclaration d'indépendance.

1) La première option, selon Gabriel Colome, professeur de Sciences politiques à l'Université autonome de Barcelone, serait un appel à une mobilisation massive dans toute la Catalogne. Le petit syndicat anarchiste CGT a d'ores et déjà appelé à la grève générale à partir du 3 octobre, mais les principales organisations syndicales UGT et CCOO n'ont pas suivi pour l'instant. Une grève prolongée pourrait faire du tort à l'économie espagnole, puisqu'en plus de représenter 19% du PIB national, la Catalogne est de très loin la première région exportatrice d'Espagne, avec un quart des ventes de marchandises à l'étranger, ainsi que la première région touristique avec plus de 18 millions de visiteurs étrangers en 2016. Sans compter que plusieurs grandes entreprises espagnoles ont leur siège à Barcelone: le groupe textile Mango, la troisième banque espagnole CaixaBank, le géant gazier Gas Natural...

2) Pour Rafael Arenas Garcia, professeur de droit à l'Université autonome de Barcelone, une autre option serait une proclamation d'indépendance unilatérale, qui contraindrait Madrid à réagir. L'Etat a dans ce cas la possibilité de suspendre l'autonomie de la Catalogne et, par exemple, de prendre le contrôle de sa police. Ce serait donc le choix de la force, sans être passé par la parole, comme le regrettent les indépendantistes: "Nous sommes prêts, nous sommes à la table (...), le problème, c'est qu'il devrait y avoir une autre partie à la table qui n'a jamais voulu venir, c'est le gouvernement espagnol", a regretté le conseiller aux Affaires extérieures de la Généralité, Raul Romeva.

3) Le troisième scénario serait celui d'une dissolution du Parlement catalan, sans que l'indépendance ne soit proclamée, pour donner lieu tôt ou tard à de nouvelles élections régionales. Les indépendantistes pourraient ainsi espérer rentabiliser les effets de la crise de ces derniers jours et obtenir une plus forte majorité au Parlement régional pour poursuivre leur lutte pour l'indépendance.

L'Espagne, qui a connu plusieurs poussées indépendantistes au Pays basque (nord) et en Catalogne, vit depuis le début du mois de septembre sa pire crise politique en presque 40 ans, de l'avis de tous ses dirigeants. Et ça ne semble pas prêt de s'arranger...

Les étudiants séparatistes ont manifesté jeudi dans les rues de Barcelone. ©AFP

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