Les élections en Catalogne surveillées étroitement par le pouvoir central

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C’est l’heure de vérité pour la Catalogne. Les électeurs de la région la plus riche d’Espagne sont appelés à renouveler son parlement dans un contexte marqué par une lutte indépendantiste plus forte que jamais. Le scrutin historique pourrait relancer ou calmer la ferveur séparatiste. Madrid a tout mis en place pour éviter les dérapages dans les médias et assurer un comptage minutieux des votes. Aucun sondage à la sortie des urnes n’a été autorisé.

Plus de 5,5 millions de Catalans sont appelés aux urnes ce jeudi pour élire leurs représentants au parlement régional. Ces élections anticipées ont été convoquées par le gouvernement espagnol après qu’il a repris le contrôle de la Catalogne fin octobre, en application de l’article 155 de la Constitution.

Le Premier ministre Mariano Rajoy espère qu’une majorité loyale à l’État central espagnol sortira des urnes pour mettre fin aux velléités indépendantistes de la région la plus riche d’Espagne. L’activation de l’article 155 est intervenue juste après que le parlement catalan a voté son indépendance sous la forme d’une république. Une décision annulée par le tribunal constitutionnel.

Madrid a tout prévu pour qu’aucun dérapage n’intervienne. Les votes seront comptés manuellement pour éviter tout piratage informatique. Un système d’alerte a été mis en place pour détecter les "fake news" qui circuleraient sur internet. Il est même prévu de bloquer les sites fautifs sur le champ si des irrégularités sont constatées.

Aucun sondage à la sortie des urnes n’a été autorisé. Les bureaux de vote ouvriront à 09h. Les résultats du premier comptage, réalisé par une firme privée, devraient être connus à 80% à 22h, soit deux heures après la fermeture des urnes. Le comptage officiel aura lieu à partir du 24 décembre.

La campagne électorale, morose, n’a pas déplacé les foules. Quelques affiches éparses ornent les rues des villes et villages assoupis par l’hiver naissant, tandis que de nombreux fanions aux couleurs de la Catalogne sont suspendus aux balcons depuis quelques mois.

"Nous allons nous réveiller de ce cauchemar."
Ines Arrimadas
présidente de ciudadanos

La principale manifestation a eu lieu à Bruxelles le 7 décembre dernier, où plus de 45.000 Catalans sont descendus dans les rues pour soutenir leur ancien président, Carles Puigdemont, exilé en Belgique. Et interpeller une Union européenne ralliée à la cause espagnole.

Les poursuites judiciaires contre les indépendantistes confèrent une tonalité particulière à ce scrutin. Dix-huit candidats à ces élections sont poursuivis pour "sédition" et "malversations financières". Trois d’entre eux sont en prison. Un double mandat d’arrêt, en Espagne et international, court contre le leader Carles Puigdemont.

Indépendantistes et unionistes sont au coude-à-coude.

Taux de participation historique

La participation devrait atteindre des records, un sondage CIS prévoyant un taux de participation de 84,6%. Le grand favori du scrutin est l’ancien vice-président de l’exécutif catalan Oriol Junqueras, chef de file de la Gauche républicaine radicale (ERC). Enfermé dans les geôles madrilènes, il bénéficie d’une attention médiatique sans précédent.

Junqueras a offert hier de "dialoguer" avec Madrid s’il devenait président de la Catalogne. Sa relation avec son ancien partenaire de coalition, le président destitué Puigdemont, est désormais à couteaux tirés.

Le PDeCAT, le parti de l’ex-président, n’a pas réussi à recréer le front qui leur avait permis de prendre le pouvoir et d’enclencher un calendrier indépendantiste.

Ciudadanos, fidèle à Madrid, est l’autre favori. La présidente du parti libéral, Ines Arrimadas, a le vent en poupe. "Nous allons nous réveiller de ce cauchemar", a-t-elle dit, estimant que "personne ne peut rester chez soi".

Les derniers sondages donnent Ciudadanos à 25,2% contre 23,1% pour l’ERC.

Le PP catalan en chute

Le grand perdant du scrutin serait le Parti populaire (PP) catalan. La branche régionale du parti du Premier ministre Rajoy pourrait perdre onze sièges au Parlement. Les électeurs conservateurs devraient lui préférer Ciudadanos, jugé plus assertif.

La lutte, très serrée, présage des négociations de plusieurs semaines, au risque de voir la crise peser encore plus sur l’économie espagnole. La Catalogne ne représente que 6,3% du territoire espagnol, mais elle pèse un cinquième de son PIB.

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