Les nationalistes flamands n'ont pas l'intention de lâcher leurs "frères"

©REUTERS

En 2014, le négociateur Theo Francken avait fait des dossiers écossais et catalan une priorité pour la N-VA au Fédéral. Aujourd’hui, les nationalistes flamands n’ont pas l’intention de lâcher leurs "frères" catalans.

Paris vaut bien une messe – c’est connu – mais la Catalogne, elle, vaut-elle une crise politique? That’s the question. La Belgique, l’Europe, le monde, même, se sont étonnés d’un tweet assez catégorique du Premier ministre Charles Michel dimanche – un tweet condamnant les violences durant le référendum en Catalogne et prenant fait et cause pour les Catalans.

Certes Charles Michel a vu et a trouvé les images de la violence sur place "insupportables" et l’a donc condamnée. Mais pour l’anecdote, on relèvera aussi que le Premier ministre était en visite de terrain à la Côte belge en compagnie de son vice-Premier ministre Jan Jambon, ce week-end. Or ce dernier est un inconditionnel de la cause catalane…

Apprenant que leur collègue Jan Jambon se trouvait avec le Premier ministre, le secrétaire d’Etat Theo Francken a effectué un lobbying d’enfer sur Jambon pour que celui-ci pousse Michel à réagir aux violences. Même Bart De Wever y est allé de sa pincée de sel puisque le président de la N-VA a également pressé Jan Jambon de réagir.

"On n’est quand même pas devenu des esclaves de l’Etat Belgique."
un cadre de la N-VA

Derrière la scène, en coulisses, se joue une pièce d’une importance qu’on aurait tort de sous-estimer et qui pourrait au même titre que d’autres dossiers symboliques, comme la taxation des plus-values ou la réforme de l’impôt des sociétés, faire tanguer l’esquif gouvernemental de quatre partis. Pour schématiser, dans un coin, se retrouvent donc les nationalistes flamands qui, dans le cœur et dans le ventre, selon les mots de Jan Jambon, sont avec les Catalans, alors qu’à l’autre bout du ring, se retrouve Didier Reynders. Le ministre des Affaires étrangères, partisan de la "realpolitik", sait qu’en alignant les ukases et les déclarations enflammées et inflammables à l’encontre de Madrid, on ne fait que compliquer sa position dans les réunions européennes. Le chef de la diplomatie doit désormais assumer la casquette du plus pro-régionaliste des gouvernements européens – une position que de Londres à Paris, on n’apprécie pas particulièrement. Pour l’écrire platement: la Belgique pourrait perdre en crédit et en force de frappe diplomatique si son gouvernement s’entête à soutenir la cause catalane.

Car l’affaire est loin d’être tranchée. Souvenez-vous: en 2014, alors que les quatre formations politiques N-VA, CD&V, Open Vld et MR élaborent la feuille de route de cette coalition inédite, l’homme qui négocie les chapitres "affaires étrangères", "coopération au développement" et "asile/migration" pour le compte des nationalistes flamands, c’est l’actuel secrétaire d’Etat Theo Francken – épaulé par le vice-président du parti et député européen Sander Loones.

Un point essentiel

Bref, la N-VA met alors deux questions essentielles pour elle sur la table des négociations: le dossier écossais et le dossier catalan. Les discussions durent des heures sur des points qui pourtant pourraient figurer en note de bas de page tant l’intérêt de la Belgique n’est pas immédiat dans ces pourparlers. Mais Theo Francken veut que soit inscrit dans l’accord de gouvernement que l’Etat belge reconnaîtra une Catalogne et/ou une Ecosse qui s’engagerait sur le chemin de l’indépendance comme Etat à part entière.

La question écossaise ayant été (temporairement) liquidée via un référendum perdu par les nationalistes écossais, la question catalane devient d’autant plus symbolique pour des régionalistes flamands soucieux d’exister sur la scène européenne. "Il faut bien comprendre dans quelle pièce on joue", se fache un cadre de la N-VA. "On est dans un gouvernement où on a accepté de ne rien dire et de ne rien faire sur le communautaire, on a tout mis au frigo et on fait du socio-économique. Mais devoir battre en retraite sur une question comme la Catalogne, pour nous, c’est impossible. Nous ne sommes pas devenus des esclaves de l’Etat Belgique." Le vice-Premier Jan Jambon a indiqué que la question serait une question de gouvernement si, d’aventure, la Catalogne devait s’engager effectivement sur le chemin de l’indépendance.

Voilà qui est dit.

Au XVIe siècle, Henri IV avait choisi de se convertir au catholicisme pour devenir Roi de France. A quel sacrifice Charles Michel est-il prêt pour maintenir son gouvernement sur les rails?

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