Les séparatistes catalans devant la Justice à Madrid

Joaquim Forn (arrière droite), Jordi Turull (centre), Josep Rull (droite) et Jordi Cuixart au premier jour de leur procès. ©AFP

"Un procès sans précédent qui figurera dans les livres d’histoire" s’ouvre à Madrid devant la Cour suprême, la plus haute instance juridique espagnole. Ainsi le décrit l’un des avocats des douze responsables indépendantistes catalans accusés de rébellion, de sédition et de détournement de fonds pour leur rôle dans la tentative d’indépendance d’octobre 2017. Les accusés risquent de lourdes peines d’emprisonnement.

"Un procès contre la démocratie espagnole", assurait donc l’avocat Jordi Pina lors d’une rencontre avec la presse, dont le seul but est de condamner des militants "qui n’ont fait qu’écouter leur peuple". Un procès contre des insurgés, aux yeux du gouvernement espagnol, qui ont violé la Constitution en tentant de mener à bien une sécession illégale.

"Un procès contre la démocratie espagnole."
Jordi Pina
avocat

Pour Madrid, il ne s’agit pas de "prisonniers politiques" comme dénoncent les séparatistes, mais de responsables régionaux qui ont abusé de leur pouvoir, jugés non pour leurs idées mais pour avoir enfreint la loi.

Au-delà des faits, et comme durant tout le conflit catalan, ce sont donc, une fois de plus, deux récits qui vont s’affronter devant la Justice durant les prochains mois.

En l’absence de l’ex-président catalan Carles Puigdemont, exilé en Belgique, l’ancien vice-président et "ministre" de l’Économie au sein du gouvernement régional, Oriol Junqueras, 49 ans, sera le principal accusé.

25 ans de prison requis

Le parquet réclame une peine de 25 ans de prison à l’encontre de cet historien et président du parti indépendantiste ERC (Gauche républicaine catalane), incarcéré depuis novembre 2017.

Ancienne présidente du parlement catalan, Carme Forcadell, 63 ans, qui avait lu le 27 octobre 2017 la proclamation d’indépendance, risque, elle, 17 ans de prison. Tout comme Jordi Sanchez, 54 ans, et Jordi Cuixart, 43 ans, respectivement ex-président et président des puissantes associations indépendantistes ANC et Omnium Cultural.

Il est prévu que comparaissent comme témoins l’ancien Premier ministre conservateur, Mariano Rajoy, sa numéro deux, Soraya Saenz de Santamaría, l’ancien ministre des Finances publiques, Cristobal Montoro et la maire de Barcelone, Ada Colau. Le procès devrait durer jusqu’à la fin mai.

Outre le ministère public et les avocats de l’État, la particularité du système juridique espagnol permet à une "accusation populaire" de se poser comme accusateur en simple défense de la légalité, un rôle qu’a assumé Vox.

Qui sont les séparatistes jugés: Oriol Junqueras, Joaquim Forn, Jordi Turull, Raul Romeva, Dolors Bassa, Josep Rull, Meritxell Borras, Carles Mundo, Santi Vila, Jordi Sanchez, Jordi Cuixart et Carme Forcadell. ©REUTERS

Cette formation d’extrême droite, qui a le vent en poupe depuis son bon résultat lors des régionales andalouses de décembre grâce à son discours très hostile à l’indépendantisme, s’enorgueillit de réclamer les peines les plus lourdes, représentant "plus de 700 ans de prison" cumulés pour l’ensemble des accusés.

Le procès risque d’attiser les tensions dans un paysage politique volatile. Dimanche, la droite espagnole – Vox, le Parti populaire (PP conservateur) et Ciudadanos (centre droit) – a manifesté dans le centre de Madrid pour défendre l’unité de l’Espagne et réclamer la démission du Premier ministre socialiste Pedro Sanchez.

Vers des élections en avril?

Jeudi 7 février, celui-ci s’est rendu à Strasbourg pour défendre le système judiciaire espagnol devant le Conseil de l’Europe et la Cour européenne des droits de l’homme, organe que les séparatistes entendent saisir en cas de condamnation.

Le président catalan Quim Torra arrivant au tribunal. ©EPA

Après avoir essayé d’amadouer les indépendantistes, Pedro Sanchez, qui ne dispose que d’une toute petite minorité au parlement (84 députés sur 350), a annoncé il y a quelques jours qu’il jetait l’éponge. Il n’a pas réussi à convaincre les séparatistes catalans de soutenir son budget en échange de restaurer le dialogue avec Barcelone.

Fragilisé, le gouvernement envisagerait, selon la presse ibérique, de convoquer des élections anticipées en avril. Le procès ne contribuera en rien à calmer les esprits.

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