Madrid suspend le gouvernement catalan

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"Ni l'autonomie catalane ni la gouvernance autonome ne sont suspendues", affirme Mariano Rajoy qui a activé l'article 155 de la Constitution. Il s'agit seulement de destituer "les personnes qui ont placé ce gouvernement hors la loi". Carles Puigdemont devrait s'exprimer vers 21 heures.

Sans surprise, le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a annoncé que le gouvernement avait été contraint d'activer l'article 155 de la constitution. Cette décision lance le processus qui mène à la suspension de l'autonomie de la Catalogne. Objectif: faire échouer le souhait de certains de voir la région se déclarer indépendante.

"Ni l'autonomie catalane ni la gouvernance autonome ne sont suspendues", affirme-t-il. Il s'agit seulement de destituer "les personnes qui ont placé ce gouvernement hors la loi."

Mariano Rajoy affirme aussi s'inquiéter pour l'économie catalane. Il ajoute qu'elle pourrait reculer de 30% en cas d'indépendance.

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Un conseil des ministres extraordinaire avait été convoqué samedi matin afin de lancer le processus de mise sous tutelle du gouvernement catalan. Mariano Rajoy avait d'ores et déjà reçu le soutien clair du roi d'Espagne, Felipe VI, pour qui "la Catalogne est et restera une composante essentielle" de l'Espagne. Il avait obtenu également le soutien de l'opposition pour mettre la Catalogne sous tutelle.

Quelles sont les mesures décidées?

-> Les prérogatives catalanes de l'administration sont transférées au gouvernement central
-> Les prérogatives du Parlement de Catalogne seront encadrées
-> L’exécutif madrilène souhaite la tenue d'élections régionales dans un délai de maximum six mois.
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> Le gouvernement régional catalan sera suspendu de ses fonctions. Le président de la Généralité de Catalogne, Carles Puigdemont, son vice-président et les autres conseillers de l'exécutif régional seront ainsi destitués.

Ces mesures ont été longuement négociées avec le Parti socialiste (PSOE), la principale force d'opposition, et ses alliés centristes de Ciudadanos.

Et maintenant?

Il appartient désormais au Sénat d'approuver ou non la mise en oeuvre de ces mesures d'exception. Un vote est prévu vendredi prochain 27 octobre à la chambre haute du Parlement.

Que se passera-t-il si le Sénat approuve les mesures?

-> le parlement catalan continuera d'exercer ses fonctions jusqu'à sa dissolution
-> le parlement catalan ne pourra pas élire un nouveau président du gouvernement en remplacement de Carles Puigdemont
-> le parlement ne pourra pas voter de nouvelles lois contraires à la constitution et au statut de cette région autonome

Mariano Rajoy dispose de la majorité absolue au sénat, mais il s'est toutefois assuré de l'appui du parti socialiste et des centristes de Ciudadanos.

Dans l'immédiat, le président du gouvernement catalan, Carles Puigdemont, tiendra une conférence de presse ce soir à 21 heures. Il avait menacé de convoquer le parlement régional pour proclamer l'indépendance si le gouvernement déclenchait l'article 155. Le parquet se prépare à le poursuivre pour "rébellion" s'il passe à l'acte, a déclaré à l'AFP un de ses porte-paroles. Ce crime est passible de 30 ans de prison.

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Manifestation à Barcelone

Par ailleurs, l'ambiance est particulièrement tendue en Catalogne! Dans l'après-midi, M. Puigdemont a pris la tête d'une grande manifestation, convoquée à l'origine pour réclamer la libération de deux leaders indépendantistes emprisonnés pour sédition. Des dizaines de milliers de personnes sont depuis descendues dans les rues criant "liberté" et "indépendance".

Attaque informatique 

La page web de la cour constitutionnelle espagnole a bloquée samedi par une attaque informatique à la suite de menaces du groupe activitiste Anonymous, alors que Madrid s'apprêtait à prendre le contrôle de la Catalogne qui menace de faire sécession."Le site n'est pas accessible à cause d'un afflux d'utilisateurs trop important" a indiqué un porte-parole du tribunal à la suite de menaces du groupe activitiste Anonymous.

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Les hackers peuvent mettre un site hors d'accès en organisant des connexions multiples et en saturant ainsi son trafic. Le Département de sécurité nationale, la centrale de renseignements espagnole, avait fait savoir vendredi que "le groupe d'hacktivistes Anonymous annonçait, via des comptes, une campagne d'attaques massives sous les slogans #OpCatalunya et #FreeCatalunya", orthographe catalane de Catalogne.

Le gouvernement espagnol a été victime d'une série d'attaques informatives ces dernières semaines.Cette dernière attaque a eu lieu peu avant que le Premier ministre espagnol n'annonce la mise en place de l'article 155, un article de la Constitution jamais utilisé encore, afin de reprendre le contrôle de la Catalogne au bord de la sécession.

Qu'est-ce que cet article 155?

L'article 155 de la Constitution espagnole est inscrit dans le titre VIII du texte, qui porte sur l'organisation territoriale de l'Etat.

Il prévoit que:

"1. Si une Communauté autonome ne remplit pas les obligations que la Constitution ou d'autres lois lui imposent ou si elle agit de façon à porter gravement atteinte à l'intérêt général de l'Espagne, le gouvernement, après avoir préalablement mis en demeure le président de la Communauté autonome et si cette mise en demeure n'aboutit pas, pourra, avec l'approbation de la majorité absolue du Sénat, prendre les mesures nécessaires pour la contraindre à respecter ces obligations ou pour protéger l'intérêt général mentionné.

"2. Pour mener à bien les mesures prévues au paragraphe précédent, le gouvernement pourra donner des instructions à toutes les autorités des Communautés autonomes."

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