Trois scénarios pour la Catalogne

Le président catalan destitué par Madrid, l'indépendantiste Carles Puigdemont a lancé mardi soir depuis la Belgique un dernier appel au vote pour sa liste afin de montrer avec "dignité" au gouvernement qu'il appartient au peuple catalan de décider qui le dirige. ©AFP

Les Catalans décideront jeudi si les séparatistes doivent revenir au pouvoir, dont ils ont été chassés après la mise sous tutelle de la région par Madrid, ou au contraire s'il faut ouvrir la porte à une majorité différente. À quelques heures des élections, le scrutin s’annonce des plus serrés. Le camp des indépendantistes, donné vainqueur, affiche ses divisions.

L’un fait campagne depuis sa geôle madrilène, l’autre en Belgique à plus de mille kilomètres de son ancien bureau présidentiel. Oriol Junqueras, président de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), et Carles Puigdemont, chef de file de Junt per Cartalunya ("Ensemble pour la Catalogne"), sont les têtes d’affiche du scrutin le plus surréaliste de l’année, qui se déroule jeudi en Catalogne.

Les deux leaders politiques sont poursuivis par la Justice espagnole pour avoir fait voter le 27 octobre dernier l’indépendance de la Catalogne suite à un référendum déclaré illégal par la Cour Constitutionnelle espagnole. Junqueras, l’ancien vice-président de l’exécutif catalan, est resté dans son pays pour affronter la Justice, Puigdemont, le président destitué, a préféré l’exil.

Quelles élections?

Les Catalans doivent élire 135 députés. Les candidats sont répartis en sept listes. Le principal enjeu est le maintien au pouvoir des séparatistes. Lors des élections de 2015, la coalition de Junt Per Si et du parti d’extrême gauche CUP avait obtenu 47,8% des voix et une majorité de 72 sièges au Parlement.

©REUTERS

En deux ans, l’exécutif catalan a mis en œuvre un agenda indépendantiste aboutissant à un référendum "illégal", une déclaration d’indépendance non-suivie d’effets, la mise sous tutelle de la région par Madrid et la destitution de son gouvernement.

Le taux de participation s’annonce élevé, un sondage du Centre de recherches sociologiques (CIS) le donnant à 84,6% contre 68,6% en 2015. Le CIS donne les partis séparatistes gagnants, mais la lutte est serrée. Ils recueilleraient ensemble de 66 à 67 sièges (44,4%), tandis que les unionistes en obtiendraient de 59 à 60 (44,3%). D’autres sondages prédisent une victoire plus forte des indépendantistes, jusqu’à 69 sièges.

Le camp indépendantiste se présente divisé, en témoigne la pique lancée lundi par Junqueras depuis la prison d’Estrema. "Je ne me cache pas et j’assume ce que je fais", a-t-il rétorqué à l’exil de Puigdemont en Belgique. Ce dernier a répliqué qu’il se trouvait "dans la même situation" que Junqueras en prison. "Nous ne nous cachons pas et nous faisons face", a-t-il dit.

La formation du prochain exécutif prendra du temps. Plusieurs scénarios sont envisageables à la sortie des urnes.

Petit rappel

Le 27 octobre, après la déclaration d'indépendance votée au Parlement régional, le gouvernement de Mariano Rajoy avait destitué l'ensemble de l'exécutif catalan, dont le mandat aurait en principe dû se prolonger jusqu'en 2019. Il a dissous le Parlement catalan et convoqué de nouvelles élections pour ce jeudi.

Trois scénarios

→ Le premier scénario est celui d’une victoire de L’ERC d’Oriol Junqueras, qui se trouve en tête des sondages. Ce résultat renforcerait la lutte indépendantiste, sans déboucher sur une nouvelle déclaration unilatérale. Contrairement à 2015, l’ERC ne fait plus cause commune avec le PDeCAT de Puigdemont au sein de Junt per Si.

Junqueras devrait tendre la main à Madrid pour aller vers des négociations. Il a d’ailleurs pris ses distances par rapport à la sécession unilatérale, laissant entendre que des négociations avec le gouvernement espagnol étaient possibles. Reste à savoir si la Justice espagnole le maintiendra en prison.

→ Le deuxième scénario est celui d’une victoire de Ciudadanos. Les libéraux, deuxièmes dans les sondages, hostiles à l’indépendance, inverseraient le processus en cours. Sa présidente, Ines Arrimadas, a promis d’entamer un dialogue avec Madrid.

→ Troisième hypothèse, Carles Puigdemont et sa liste Junt per Catalunya remportent les élections. L’ancien président mène une campagne active depuis la Belgique. Mais ce sera plus difficile pour lui de reprendre la présidence. Il a promis que s’il y parvenait, il nouerait un dialogue avec l’UE. Mais la Commission européenne a rappelé hier son credo opposé à l’indépendance de la Catalogne.

D’autres partis pourraient jouer un rôle déterminant, comme l’alliance entre Catalunya en comum de la maire de Barcelone Ada Colau et le parti de gauche radicale Podemos (En Comu Podem).

Le Parti populaire de Mariano Rajoy, au plus bas dans les sondages en Catalogne, fera office défigurant.

Puigdemont a notamment expliqué que si les Catalans acceptaient la destitution imposée par Madrid, les prochains chefs de l'exécutif régional seraient à la merci de décisions similaires du gouvernement central. ©AFP

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