reportage

Caterpillar, et après?

C'est fini. Caterpillar Gosselies n'existe plus. Ce mercredi 31 mai, les 910 travailleurs qui étaient encore employés sur le site carolo reçoivent leur C4. Ne restent qu'une centaine d'ouvriers chargés de démanteler l'outil. Comment ces hommes et ces femmes vivent-ils ces durs moments? Comment envisagent-ils l'avenir? Témoignage.

"J’ai exigé de travailler le matin pour me préparer à un rythme normal"

Après 17 ans de carrière chez Caterpillar , Ludovic Cambier tourne la page de l’industrie. Il fait partie de ceux qui ont rapidement retrouvé du travail. Mais il gagnera deux fois moins.

Son père Gérard et son oncle Jacques avaient déjà fait les frais de la restructuration de 2013 (1.400 emplois supprimés), après respectivement 36 et 35 ans de maison.

Ludovic Cambier, à droite sur la photo, a retrouvé du travail. ©Kristof Vadino

Le 2 septembre 2016, quand a été annoncée la fermeture de l’usine de Gosselies, cet électricien de formation, en charge de travaux de maintenance sur le site, venait d’entamer ses vacances. "Je m’attendais à une nouvelle vague de licenciements semblable à celle de 2013, mais pas à une fermeture de l’usine, d’autant que de gros investissements y avaient été réalisés", dit-il.

Inutile de dire que ces vacances auront laissé un goût amer à cet ouvrier de 36 ans et à son épouse. "Les échanges de SMS avec les collègues se sont multipliés, la facture de téléphone a explosé. Nous n’avons pas vraiment profité de nos vacances. Heureusement, notre petite fille de 3 ans et demi était là pour nous changer les idées".

La procédure Renault qui a suivi a été difficile à vivre. "On est en permanence dans le flou, et on sait que cela va durer. Il y a des hauts et des bas, du stress, de l’énervement, des engueulades. Mais il y a aussi toujours eu une grande solidarité dans l’usine".

Déçu des politiques

La restructuration de 2013, qui avait laissé 1.400 salariés sur le carreau, revient régulièrement dans la conversation. "Elle avait déjà causé un grand choc. On nous avait dit qu’il fallait passer par là pour assurer la survie du site. On y a cru, mais au bout du compte on se retrouve quand même dans le mur", lance Ludovic Cambier.

Il se dit déçu du monde politique, à qui il reproche son manque de proactivité après la restructuration de 2013. "Mais je suis content du rachat du site pour l’euro symbolique par la Région wallonne, même si c’est peut-être en partie au détriment de notre plan social. Cela donne encore l’espoir de voir renaître une activité industrielle ici."

L’espoir est encore à ce stade bien hypothétique, mais s’il se concrétise, ce sera sans lui. Ludovic Cambier fait partie de ceux qui ont eu la chance de retrouver rapidement du travail. Depuis le 2 mai, il est responsable de la maintenance dans une unité de l’HELHA (Haute Ecole Libre du Hainaut) à Montignies-sur-Sambre.

S’il se félicite de l’accueil reçu, Ludovic ne manque pas de souligner que ce nouvel emploi implique un sacrifice financier. "Je gagnerai 50% de moins que chez Caterpillar", dit Ludovic. Qui a tenu à y prester jusqu’au bout pour pouvoir bénéficier du plan social. Celui-ci lui rapporte en effet un préavis légal de 124.000 euros brut et 80.000 euros brut en extra-légal. "Les gens pensent qu’avec ça je pourrai me prélasser au soleil, mais cela ne fait que couvrir la perte de revenus de mon nouvel emploi sur une période de 10 ans".

Nouvelle vie

Ludovic se dit néanmoins satisfait. "En quittant Caterpillar, il y a deux choses que je voulais: arrêter le travail de nuit et quitter le monde industriel, ses impératifs de production, de timing."

L’électricien entame une nouvelle vie. Professionnellement, il n’a connu jusqu’ici que Caterpillar. "L’HELHA sera mon deuxième emploi. Sorti de l’école, j’ai postulé chez Caterpillar et j’ai été engagé. Et quand je quitte l’usine, je postule à l’école et j’y reviens. La boucle est bouclée", dit-il en riant.

"J’avais choisi de travailler de nuit. Quand on est jeune, c’est super. On n’a pas de charge de famille, on peut sortir le week-end sans ressentir la fatigue. Avec la vie familiale, ça devient plus compliqué."

Ludovic dit avoir passé dix belles premières années sur le site de Gosselies. "J’étais jeune, je ne travaillais qu’avec des jeunes, une bande de joyeux lurons. On bossait en s’amusant". Mais avec le temps, le travail de nuit commence à peser. On dort moins bien, on se réveille souvent.

Pour se préparer à sa nouvelle vie, Ludovic a d’ailleurs exigé que ses deux dernières semaines de travail chez Caterpillar se fassent en pause du matin, histoire de se refamiliariser avec un rythme normal avant d’arriver à l’école. "Mais il m’arrive encore de me réveiller vers 1h du matin parce que j’ai faim."

Sur mobile? Cliquez ici pour consulter la ligne du temps de Caterpillar Belgium SA.

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