interview

"Caterpillar fait du formalisme juridique"

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Les syndicats de Caterpillar demandent aux politiques une loi permettant d'associer les salariés des sous-traitants d'entreprises en restructuration aux négociations. Jean-Claude Marcourt, ministre wallon de l'Economie, qui rencontrait mercredi les dirigeants américains de Caterpillar, l'affirme: c'est une à piste à creuser.

Comment s’est passée la réunion avec les dirigeants américains de Caterpillar?

Nous leur avons rappelé que nous ne comprenons pas la justification économique de leur décision et que nous soutenons les travailleurs dans toute la procédure de demande d’explication.Nous avons insisté sur leurs obligations, tant à l’égard des travailleurs de Caterpillar-Gosselies que ceux des sous-traitants.

Que vous ont-ils répondu?
Les réponses ont été très formelles. Ils nous ont dit être disponibles pour écouter et nous ont indiqué qu’ils subissaient une réduction de leur chiffre d’affaires durant les 4 dernières années.

Que pensez-vous d’une loi Caterpillar demandée par les syndicats?
C’est une piste à creuser. La loi Renault est insuffisante. Elle a des effets pervers car elle ne prend pas en compte la réalité économique de manière globale. On ne peut pas continuer avec, d’un côté des entreprises riches qui ont les moyens de financer des plans sociaux, et de l’autre, certaines qui sont plus fragiles et qui n’y parviennent pas.

Le dossier Caterpillar ne vous offre-t-il pas l’opportunité de ressortir votre défunt décret sur l’expropriation d’entreprise en cas de fermeture de site?
On pourrait réactiver cette piste, mais il faut le faire quand ça présente un intérêt. Je ne veux pas donner de faux espoirs aux travailleurs de Caterpillar et leur faire croire que le décret réglerait tout. Il ne permettra pas de faire tourner une entreprise comme Gosselies. Le site de Caterpillar à Gosselies fait partie d’un maillon d’une chaîne d’intégration dont nous ne disposons pas de tous les éléments. Quand la Région a réalisé l’opération de portage de FN Herstal, c’est parce que le propriétaire de l’époque (GIAT Industries, NDLR) voulait s’en débarrasser, mais il y avait aussi un service commercial, un service achat, bref nous avions la maîtrise de la chaîne.

Faut-il attendre un autre drame social pour la réactiver ou le faire maintenant pour anticiper d’autres mauvaises nouvelles?
C’est vrai que nous avons la possibilité de remettre ce décret expropriation sur la table et j’ai pris bonne note du fait que des partis politiques (MR, cdH, etc.), qui étaient opposés à cette capacité que nous pourrions avoir de prendre possession d’outils industriels, partagent désormais cette vision. Contrairement à ce que certains pensent, c’est un dispositif qui existe aux Pays-Bas et aux Etats-Unis. D’ailleurs, le président Barack Obama n’a pas hésité à s’en servir. La grande question est de pouvoir l’intégrer dans les règles des aides d’État. Le dossier Caterpillar ne se présente pas de la même manière que celui d’ArcelorMittal. Il faut examiner la situation au fait des réalités. Une chose est certaine, c’est notre détermination face à Caterpillar; nous ferons tout pour sauver le maximum d’emplois sur le site.

Peut-on imaginer un site comme UDIL (groupement d’employeurs pour la formation et la mise au travail des licenciés, NDLR) mis en place à Liège après la fermeture des outils d’ArcelorMittal?
La situation est dans la première phase de la loi Renault, mais il est clair que nous répondrons aux demandes des syndicats. Notre volonté à Paul (Magnette, le ministre-Président wallon, NDLR) et moi est d’être en phase avec les représentants des travailleurs. Il y a des éléments de convergence et de divergence avec la situation d’ArcelorMittal.

Pensez-vous que les politiques compliquent les négociations en invoquant la réquisition du site?
En termes de violence et de comportement, ce ne sont pas les politiques qui ont posé des actes excessifs. La violence avec laquelle le groupe Caterpillar a traité les travailleurs après leur avoir demandé de faire des efforts est à dénoncer. Les travailleurs nous ont demandé de garder un sang-froid et c’est ce que nous allons faire et les accompagner dans le débat. Nous allons regarder les armes dont nous disposons pour faire en sorte que les travailleurs ne pâtissent pas de la décision du groupe Caterpillar qui, pour nous, est inadéquate.

Que pensez-vous de l’attitude des dirigeants américains de Caterpillar qui refusent de venir s’exprimer à la Chambre?
Comme beaucoup de groupes américains, ils font du formalisme juridique. Mais je pense que c’est dans leur intérêt de venir expliquer le bien-fondé de leur décision à la population par l’intermédiaire des députés.

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