Baudouin van Male: "Être un business angel, cela ne s'improvise pas"

©Dieter Telemans

Baudouin van Male, 46 ans, s’est vu décerner le prix de "Business angel de l’année" attribué par les membres du réseau Be Angels.

Ce réseau, dirigé par Claire Munck, accompagne et investit dans des start-ups et de jeunes entreprises innovantes à Bruxelles et en Wallonie. La mission du réseau est de rapprocher, d’une part, des entrepreneurs à la recherche d’accompagnement et de moyens financiers et, d’autre part, des investisseurs privés, comme Baudouin van Male. Ce dernier est ce que l’on peut appeler "un passionné de la finance". Après un master à l’UCL en administration et gestion, il a rejoint la lettre d’investissement "L’Echo/L’Investisseur", avant de passer chez Axa Insurance Belgium où il a intégré l’équipe chargée de la gestion d’actifs, tout en participant aux débuts du programme de private equity. En 2009, il a fondé van Male Investment Consulting, qui conseille les fonds de pension en matière d’allocation d’actifs. C’est en 2012 que, parallèlement, il a rejoint le réseau Be Angels.

Comment êtes-vous devenu un business angel?

J’ai voulu contribuer à l’économie réelle en conseillant des start-ups. C’est passionnant de voir des jeunes, mais aussi des moins jeunes, qui croient dans leurs idées et qui montent un projet. Ils ont juste besoin d’un petit peu d’argent et d’un petit peu de conseils, tout en bénéficiant de l’existence d’un réseau. Car notre force, c’est le réseau. Souvent, en Belgique, l’entrepreneur se retrouve face à un seul business angel qui peut avoir la tentation de contrôler l’entreprise. Cela peut constituer un sérieux souci pour le créateur de la start-up. Pour notre part, nous ne cherchons pas à contrôler l’entreprise. Nous prenons simplement une participation minoritaire afin d’accompagner l’entrepreneur. Ce dernier reste le pilote de sa société. Et comme il y a davantage dans plusieurs têtes que dans une seule, nous pouvons, grâce au réseau, offrir plus de conseils à l’entrepreneur dans différents domaines.

Faut-il beaucoup d’argent pour entrer dans ce secteur?

Classiquement, on parle de 50.000 euros. Personnellement, je mets une petite somme au départ dans une start-up afin de pouvoir augmenter la mise par la suite quand l’entreprise a besoin de fonds. C’est faux de croire qu’il est nécessaire de disposer de beaucoup d’argent pour être un business angel. Ce qui est plus important, c’est d’avoir un bon esprit d’analyse et une bonne vision stratégique.

Je suppose que l’argent prêt à être investi ne manque pas en Belgique…

Effectivement, des gens qui sont prêts à mettre de l’argent dans une start-up, cela ne manque pas, surtout depuis l’introduction du Tax shelter PME, qui offre des déductions fiscales. En revanche, des gens qui savent comment sélectionner une start-up, comment l’accompagner, c’est plus compliqué.

Avez-vous connu des échecs dans vos investissements?
Bien entendu. D’ailleurs, dans cette activité, on doit être prêt à perdre de l’argent. Les gens qui investissent aujourd’hui dans le cadre du Tax shelter doivent savoir qu’il y a des risques. La réduction d’impôt qui peut aller jusqu’à 45% du montant investi – ce qui peut être considéré comme généreux – permet de compenser des pertes éventuelles.

Si vous deviez citer des entreprises dans lesquelles vous avez investi et dont vous appréciez l’activité?
Je peux citer Elysia, société liégeoise active dans les systèmes de contrôle de qualité dans les secteurs radiopharmaceutiques. C’est un leader dans son domaine. Ou encore Phasya, autre société liégeoise, qui développe des logiciels et systèmes de détection de la somnolence. C’est particulièrement utile dans le domaine des transports ou dans des activités de contrôle de centrales nucléaires.

Je suis particulièrement intéressé dans les activités liées à la santé. En tant que business angel, on n’investit pas uniquement pour l’argent. Je cherche des entreprises qui peuvent apporter une contribution positive pour la société dans son ensemble. De nombreux entrepreneurs veulent profiter de leurs connaissances et compétences dans certains domaines pour aider des créateurs. Il s’agit en quelque sorte pour eux de redonner une partie de ce qu’ils ont reçu.

Il y a un bel enthousiasme actuellement pour les start-ups. Certains parlent même d’une petite bulle spéculative en formation…
Je suis ravi de voir que cela bouge du côté des entrepreneurs. C’est particulièrement vrai chez les étudiants qui veulent monter leur start-up. Par rapport aux générations précédentes, le grand changement c’est que leurs parents sont aujourd’hui ouverts et prêts à les aider. Ils ne rêvent plus que leurs enfants rejoignent à tout prix une grande entreprise. Il faut laisser ces jeunes tenter leur chance. Aujourd’hui, ils se rendent compte que, grâce à une simple idée, le monde entier peut leur ouvrir les bras. Le marché belge reste petit et morcelé, c’est évidemment un désavantage. Mais, dans le même temps, c’est un excellent laboratoire. Si vous réussissez ici, vous êtes prêts à réussir ailleurs. Je pense que la bulle éventuelle, si elle existe, se situe plutôt du côté des investisseurs qui cherchent des placements plus rémunérateurs qu’un livret d’épargne. Si certains investisseurs novices devaient perdre beaucoup d’argent, ils risquent d’être dégoûtés à jamais et d’abandonner le secteur. Devenir business angel ne s’improvise pas. D’où l’importance de s’adjoindre les services d’un réseau.

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