chronique

Le bitcoin, un vrai parfum spéculatif

Rédacteur en chef-adjoint

La monnaie virtuelle a dépassé pour la première fois de son histoire les 2.000 dollars cette semaine avant de littéralement s’envoler à plus de 2.700 dollars, soit une progression de 170% depuis le début de l’année!

En 2013, un ancien gouverneur de la banque centrale des Pays-Bas avait confié que la spéculation sur le bitcoin était pire que la folie spéculative sur les tulipes en 1636… Et les Néerlandais en connaissent un bulbe en la matière. Alors que dire aujourd’hui? À l’époque, en 2013, le bitcoin avait dépassé pour la première fois les 1.000 dollars. Cette semaine, il a dépassé le seuil des 2.000 dollars, avant de littéralement s’envoler à plus de 2.700 dollars, soit une progression de 170% depuis le début de l’année.

Certains pensent que cette monnaie va perdre 50%. D’autres la voient au contraire à 6.000 dollars! De quoi se poser des questions.

Depuis sa noble création en 2009 en tant que monnaie alternative, le bitcoin apparaît comme un parfait terrain de jeu pour certains spéculateurs. Les Chinois sont devenus les rois en la matière. Mais c’est comme si la créature avait échappé à ses concepteurs (qui sont d’ailleurs toujours aussi mystérieux qu’à sa naissance).

Noble création, disions-nous. Oui, car le bitcoin s’est construit sur un principe de base plutôt respectable: combattre l’excès de création monétaire. Le montant en circulation de bitcoins, qui sont créés par un algorithme, est strictement limité. Ce montant ne pourra pas dépasser les 21 millions de bitcoins (contre 16,3 millions environ actuellement en circulation). Pour les défenseurs du bitcoin, la confiance dans la monnaie virtuelle est précisément liée à l’absence d’autorité humaine chargée de gérer la monnaie. Pas question d’actionner la planche à billets comme pourraient le faire des banquiers centraux.

Côtés sombres

Alors où est le problème? Le premier problème tient à la volatilité énorme. De vraies montagnes russes à faire pâlir d’envie le "Vampire" de Walibi. Après les 1.000 dollars de 2013, le bitcoin s’est littéralement effondré, tombant à 160 dollars au début 2015. Et après ce "bitkrach" est venue l’irrésistible ascension. À se demander si le bitcoin n’est tout simplement pas une sorte de pyramide à la Ponzi? Un processus où des investisseurs entrent dans le système, en espérant que l’effet de rareté de la monnaie et la force de la demande feront sans cesse grimper les cours. Jusqu’au moment où il s’agira de retomber les pieds sur terre…

Le deuxième élément qui pose problème est l’utilisation parfois très sulfureuse et controversée du bitcoin. Les auteurs de la cyberattaque d’ampleur mondiale de la mi-mai ont ainsi exigé que le paiement des rançons soit effectué en bitcoins. Ce qui a d’ailleurs fait bondir le cours de la monnaie virtuelle dans l’anticipation d’une demande accrue.

Enfin, le bitcoin a fait des émules. De nombreuses autres monnaies alternatives ont vu le jour. Et pour participer aux "initial coin offerings", qui permettent notamment d’émettre ces monnaies, il faut payer en… bitcoins. Bref, le système semble sans cesse s’auto-alimenter.

Révolution

Pourtant, le bitcoin n’a pas uniquement que des côtés sombres. La technologie derrière cette monnaie est liée à celle – plutôt révolutionnaire – du "blockchain". Cette chaîne de blocs est une sorte de grand livre digital qui permet d’automatiser les processus d’enregistrement de toutes sortes de transactions de manière sûre.

Et puis, le bitcoin convainc de plus en plus de sociétés. Une compagnie aérienne japonaise, Peach Aviation, a annoncé cette semaine qu’elle allait permettre d’effectuer ses réservations en bitcoins. La firme américaine de gestion Fidelity Investments va, elle, permettre à ses employés de payer en bitcoins leur déjeuner à la cantine.

Autant d’initiatives sympathiques. Mais quand des spécialistes du bitcoin avouent aujourd’hui que cette monnaie va perdre 50% de sa valeur et que d’autres l’envoient au contraire à 6.000 dollars, on est en droit de se poser des questions. Ceci n’est plus de l’investissement, mais de la spéculation pure.

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