Philippe Baret (UCL): "L'Afsca se cache derrière ses contrôles"

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Depuis ce week-end, l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) est la cible des critiques. Dès lors, la question se pose: remplit-elle son rôle en matière de sécurité alimentaire? Pour Philippe Baret, professeur à la faculté des bio ingénieurs de l’UCL, elle pourrait faire nettement mieux.

L’Afsca a été créée il y a 18 ans, à la suite du scandale de la dioxine. "Sa mission était de ramener la confiance des consommateurs. Mais l’Afsca est entrée dans une logique réglementaire, procédurière au lieu d’une logique de bon sens", explique Philippe Baret, professeur à la faculté des bio ingénieurs de l’UCL . Il prend pour preuve la ligne de défense choisie par l’Afsca dans l’affaire des œufs contaminés. Elle a d’abord choisi de ne pas communiquer sur le dossier parce qu’une enquête judiciaire était en cours. "L’Afsca a voulu se couvrir plutôt que d’alerter l’opinion publique et le politique. On peut se demander quelle est sa ligne rouge pour tirer la sonnette d’alarme."

"L’Afsca devrait anticiper les crises plutôt que de tenter de les gérer."
Philippe Baret
UCL

L’expert ne comprend pas cette "stratégie" de communication. Il estime que l’Afsca ne joue pas correctement son rôle. "L’Afsca se cache derrière ses contrôles et ses analyses. Mais elle devrait anticiper les crises plutôt que de tenter de les gérer. Elle devrait décortiquer les filières de la chaîne alimentaire, examiner les relations entre les acteurs pour repérer les problèmes, vérifier chaque maillon de la chaîne. Tous les derniers scandales ont montré que c’est là que le bât blesse." Pour lui, l’Afsca devrait prendre exemple sur les pompiers. "Ils n’interviennent pas seulement en cas d’incendie. Ils font tout un travail de prévention, par exemple en vérifiant que la construction des nouveaux bâtiments est conforme aux normes anti-incendie. L’Afsca devrait faire aussi prendre les devants pour éviter de nouvelles crises. Mais c’est plus facile de faire un contrôle chez un petit agriculteur que de décortiquer tout un système qui va du fabricant d’un insecticide en Hollande, en passant par l’exploitant de volaille en Roumanie jusqu’à l’industrie qui fabrique des gâteaux en France", illustre-t-il.

L’Afsca a-t-elle les moyens de mener de telles enquêtes? N’est-ce pas une mission qui doit être menée au niveau européen? "Qu’on arrête de toujours renvoyer la responsabilité vers l’Europe. L’Afsca a aussi la responsabilité d’informer l’Europe. Ici, il apparaît que l’information n’a été transmise que tardivement. C’est incroyable. Les bureaux de l’Afsca sont situés à 10 minutes à pied de la Commission européenne. La Belgique est le pays le mieux placé pour collaborer avec les instances européennes." Pour lui, l’Europe n’est pas le remède à tout car elle ramène une couche de "procédurite". "Il faudrait un changement de mentalités."

La Belgique peut initier la réflexion pour aller vers un système plus transparent. Mais le plat pays est confronté à des réalités différentes. "En Flandre, on retrouve des industries agroalimentaires axées sur la transformation de biens alors qu’en Wallonie, l’approche se porte davantage sur des petites exploitations issues de la filière bio. L’Afsca ne fait pas toujours bien la balance entre les deux. Elle va avoir tendance à venir contrôler un petit producteur et à faire confiance a priori aux acteurs historiques de l’agro-industrie." Deux poids, deux mesures. Or, les risques sanitaires sont indéniablement plus grands lorsque des gros volumes sont traités.

La boîte à cigares

Mais il n’en va pas que de la responsabilité de l’Afsca. L’expert pointe une autre faille: la fiscalité belge. "Les agriculteurs bénéficient d’un régime d’imposition forfaitaire. Ils ne sont pas obligés de tenir une comptabilité, ce qui rend toute traçabilité difficile. On appelle cela le phénomène de la boîte à cigare. Les acteurs se paient de main à la main. Les transactions sont floues. Si la Belgique veut un système plus transparent, elle devrait obliger les agriculteurs à tenir une comptabilité comme tout indépendant."

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