Pierre-Olivier Beckers veut créer 5.000 emplois

Pour Pierre-Olivier Beckers, le monde des affaires connaît une crise de crédibilité. ©Dieter Telemans

Pierre-Olivier Beckers a pris une participation "importante"dans Funds For Good (FFG), qui verse 50% de son profit annuel et 10% de son chiffre d’affaires trimestriel sous forme de prêts d’honneur sans intérêt à des candidats entrepreneurs: des gens qui peinent à trouver un emploi, des chômeurs qui ont envie de s’en sortir en créant leur propre affaire.

Lorsqu’il quitta Delhaize fin 2013 ans, Pierre-Olivier Beckers, l’ancien patron du distributeur avait indiqué vouloir faire trois choses dans sa nouvelle vie: s’engager davantage auprès du mouvement olympique, siéger dans quelques conseils d’administration et soutenir l’entrepreneuriat.

Il a tenu parole, en investissant, dans quelques start-ups. Notamment en prenant une participation "importante"dans Funds For Good (FFG), une société créée par Marc Verhaeren, Patrick Somerhausen et Nicolas Crochet, un trio passé par des multinationales comme Procter & Gamble, McKinsey, Unilever ou Wells Fargo. Devant une salle comble au Cercle du Lac, ils ont présenté leur stratégie.

Il faut redonner du sens aux placements sans pour autant nuire à leur rendement.

Funds For Good est un gestionnaire de fonds. Il possède 120 millions d’euros d’actifs sous gestion, répartis dans quatre fonds offrant un rendement annuel de 4 à 10% nets. "FFG a pour objectif, comme toute entreprise, de maximiser son profit en proposant des produits de placement, indique Patrick Somerhausen, nous gagnons notre vie en touchant une rémunération sur les frais de gestion. On fait donc du chiffre d’affaires et du profit." Jusque là rien de bien spécial. "La différence, c’est que nous partageons ce profit. Cet argent est donné à une autre entité, philanthropique celle-là, affiliée à la Fondation Roi Baudouin: Funds For Good Philantropy."

L’idée des fondateurs de FFG s’appuie sur plusieurs constats. D’abord, la hausse de l’exclusion sociale née de restructurations comme chez Caterpillar, ING ou Axa. Il y a ensuite, la montée des extrémismes: au déficit de qualification s’ajoute, pour de nombreux demandeurs d’emploi, le fait de ne pas être né au bon endroit ou de ne pas avoir la bonne couleur de peau. Enfin, la crise financière a entraîné chez nombre de responsables une quête de sens: "La finance est de plus en plus déconnectée avec l’économie réelle, relève Patrick Somerhausen; en discutant avec les uns et les autres, on s’est rendu compte qu’il fallait redonner du sens à ces placements. Mais à une condition: ne pas nuire à leur rentabilité car si les épargnants veulent des placements éthiques ils n’ont pas envie de perdre de l’argent!"

Des prêts d’honneur

Concrètement FFG verse 50% de son profit annuel et 10% de son chiffre d’affaires trimestriel sous forme de prêts d’honneur sans intérêt à des candidats entrepreneurs: des gens qui peinent à trouver un emploi, des chômeurs qui ont envie de s’en sortir en créant leur propre affaire.

Lier succès économique et social

C’est un peu à un exercice d’auto-introspection auquel s’est livré Pierre-Olivier Beckers pour expliquer son implication dans Funds For Good. "L’économie de marché a exagéré, constate l’ex-patron de Delhaize, qui fut un des patrons les mieux payés du pays: après le politicien, le CEO est l’homme le plus détesté au monde. Pour améliorer leur image, les entreprises ont adopté, mais avec le couteau dans le dos, des codes de gouvernance, mais ce n’est pas une réponse suffisante à ce qu’elles ont fait pendant des années: maximiser les profits à court terme." Et d’embrayer: "Il faut redonner au mot performance une notion, plus éthique, plus juste. Il est urgent de restaurer la crédibilité de l’entreprise auprès du grand public; c’est une question de survie. Voilà pourquoi il faut recoller le succès économique au succès social, il n’y a pas d’autre solution. Derrière la maximisation du profit il faut une autre raison d’être: le partage. La performance ne doit plus être un but en soi, mais un levier pour atteindre des objectifs sociétaux." Et de conclure par ceci: "À force de ne rien donner on finit par tout perdre."

"Leur problème, c’est que la plupart du temps, ils n’ont pas de fonds propres et voient leur dossier refusé par les banquiers. En leur accordant ces prêts, nous leur procurons un levier pour convaincre les organismes prêteurs avec qui nous collaborons", poursuit Patrick Somerhausen. Les bénéficiaires ont deux à trois ans pour rembourser, ce qui revient vers notre "tirelire" et permet d’aider à leur tour d’autres candidats. Un cercle vertueux. Depuis septembre, les premiers remboursements commencent à arriver.

Chaque prêt se fait en collaboration avec un organisme de micro-crédit comme MicroStart ou Brusoc car Funds For Good n’a pas d’accréditation pour accorder directement des prêts. Les dossiers arrivent donc sur sa table par leur intermédiaire. "À ce jour, nous avons prêté quelque 200.000 euros, pour une moyenne de 3.500 euros par projet, ce qui nous a permis de soutenir 70 entrepreneurs dans des secteurs aussi divers que la restauration, la menuiserie, l’artisanat, le textile ou la logistique", indique Marc Verhaeren, un des cofondateurs. Un tiers des montants récoltés par ces entrepreneurs l’ont été par FFG, 2/3 par le micro-crédit. L’ambition est de porter ce nombre à 100 dès cette année et à terme à… 5.000! Quand? "D’ici cinq à dix ans voire plus, mais nous sommes convaincus que nous pouvons y arriver", dit Patrick Somerhausen.

Quant à la viabilité des entreprises soutenues Marc Verhaeren tire un bilan positif: "60 à 65% des mini-entreprises créées sont un succès, 20 à 25% de ceux qui ont tenté l’aventure se sont réorientés et ont pu trouver un emploi grâce à la confiance en soi retrouvée. Seuls 10 à 15% n’ont pu se réorienter."

Le système repose bien évidemment sur la bonne volonté. "Nous consacrons 25% de notre temps à encadrer les entrepreneurs", explique Patrick Somerhausen. Funds For Good peut aussi compter sur des partenaires extérieurs. L’agence de pub The Manifest les aide à titre gratuit dans leur marketing et, cette année, la Loterie Nationale détachera des membres de son personnel pour coacher les candidats. Même les financés de la première heure mettent la main à la pâte comme Émilie Smet. Cette graphiste de formation fut une des premières à bénéficier de l’aide de Funds For Good lorsqu’elle voulut, voici trois ans, ouvrir un restaurant bio à Bruxelles. Aujourd’hui elle aide bénévolement les néo-entrepreneurs dans la gestion de leur identité visuelle, leur stratégie marketing, et internet. Un renvoi d’ascenseur en quelque sorte.

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