analyse

A savoir avant de choisir une école secondaire

©Photo News

À partir de lundi, les parents vont devoir déposer leur formulaire d’inscription dans l’école secondaire de leur premier choix. Comment ne pas se tromper?

"Tu sais déjà quelle école tu vas mettre en premier choix pour Guillaume?" "Tu as combien comme indice?" "Tu crois qu’on arrivera à avoir une place?" Il n’y a qu’à faire un tour à la sortie des écoles primaires pour voir les grappes de parents fébriles converser sur le choix de l’école secondaire pour leur enfant.

Depuis qu’il a fait son apparition en 2007, le décret régulant les inscriptions en 1ère secondaire a changé la manière de raisonner des parents. Aujourd’hui, les familles se lancent des mois à l’avance dans de savants calculs d’indice, élaborant des stratégies pour obtenir la place dans l’école qui gardera leur préférence, se tournant vers telle école plutôt que celle à laquelle rêve leur gamin parce qu’elle est complète chaque année (et donc jugée meilleure que les autres), ou vers telle autre "parce qu’on est sûr que là, on aura une place".

"L’amitié, c’est un argument facile pour l’enfant, mais malgré tout important."
dominique lafontaine
professeur à l’ULg

Téléguidé par les impératifs du décret, le choix des parents n’est plus aussi libre. Et plus nécessairement éclairé. Vincent Dupriez, professeur en sciences de l’éducation à l’UCL , tempère le stress ambiant. "Les écoles overbookées, qui poussent les familles à élaborer des stratégies et à longuement réfléchir leur choix, c’est surtout le fait de la Région bruxelloise et du Brabant wallon. Ailleurs, on continue à faire ‘comme avant’ en termes de choix". Alors, si on se rappelait les "bonnes" questions à se poser?

1. Comment se faire une idée des écoles?

Les canaux d’informations pour se renseigner sur les écoles secondaires de sa région sont nombreux: sites internet, brochures, soirées d’information, journées portes ouvertes. Autant d’initiatives dans lesquelles les directeurs et enseignants se coiffent (malgré eux) d’une casquette de "commercial" pour attirer le chaland. Ces initiatives, utiles pour comprendre comment l’école est organisée, à quoi ressemblent ses infrastructures, quelles options elle offre, ne donnent pas toujours une idée précise de sa "réputation". Or, "l’un des critères les plus importants pour les parents reste ‘qui va fréquenter mon enfant’, dit Vincent Dupriez. Et détrompez-vous, pas que dans les milieux aisés. J’ai connu le cas d’une maman d’origine marocaine qui allait voir à la sortie des écoles comment les enfants étaient habillés et se comportaient". Pour le chercheur, le meilleur baromètre pour se faire une idée de l’école future de son enfant reste donc le bouche-à-oreille et l’expérience des autres parents.

2. Le choix du réseau (libre, catholique, officiel) est-il important?

Une étude réalisée par l’Ufapec en 2012 a montré que le choix du réseau n’était pas fondamental pour les parents. Ils privilégiaient plutôt l’école elle-même et son projet pédagogique, plutôt que son appartenance confessionnelle. Ce que confirme Vincent Dupriez: "Ce n’est plus du tout le premier critère de choix des parents. Ce sera la fréquentation de l’école, et son projet pédagogique avant tout", dit-il. Dominique Lafontaine, qui préside le département Éducation à l’ULg, avertit pourtant: cette question du réseau n’est pas à négliger, juge-t-elle. "Il vaut mieux savoir à quoi s’attendre. Certains parents oublient parfois les implications que peut avoir le choix du réseau, et s’étonneront qu’on ne donne pas de cours de morale laïque dans l’école du réseau libre catholique qu’ils ont choisie…"

3. Les projets pédagogiques sont-ils facile à appréhender?

Pour Dominique Lafontaine, les écoles ne se démarquent pas énormément en termes de projet pédagogique, déjà parce qu’elles sont toutes tenues par un cadre général fixant les référentiels (ce qui doit être enseigné en classe). Selon la spécialiste, il vaut parfois même mieux prendre en compte les aspects pratiques comme la longueur du trajet que devra faire l’enfant pour se rendre à l’école. "Faire faire une heure et demie de route à son enfant pour viser l’école que l’on pense meilleure, est-ce vraiment bénéfique pour lui?" s’interroge-t-elle, suivie par Vincent Dupriez.

Selon lui, peu d’écoles ont un projet éducatif facilement identifiable, fort et démarqué. Le spécialiste ne balaie pas pour autant l’importance du projet éducatif: "Savoir quelle est la conception éducative de l’école, quel type d’homme ou de femme elle veut former, ce qu’elle fait avec les élèves plus faibles, c’est important pour les parents", dit-il. Mais s’il y a de légères différences entre écoles sur ces points, il y en a aussi autant au sein même des écoles, entre les classes…

4. Cela a-t-il un sens de se ruer dans les écoles les plus courues?

Beaucoup de parents se concentrent sur la réputation de l’école visée, même si le projet éducatif ne conviendra pas à l’enfant. Un tort, disent les spécialistes de l’éducation. "École courue, bien fréquentée, ne rime pas toujours avec qualité", commente Vincent Dupriez. Aller dans une école proche de chez soi, où l’enfant ne sera pas perdu, où il aura des amis, reste pour lui la meilleure chose à faire.

©Nicolas Vadot

"Il faut parfois raison garder, enchaîne Dominique Lafontaine. On est parfois dans une spirale anxiogène, convaincu que de très rares écoles assureront la réussite de l’enfant. C’est mauvais, et pour l’enfant, et pour le système éducatif. N’importe quelle école peut garantir aujourd’hui le succès de l’enfant, estime la chercheuse, qui, au passage, se dit d’accord avec l’affirmation de son collègue Dupriez. "L’amitié, c’est un argument facile pour l’enfant, mais malgré tout important. Le séparer de son groupe d’amis n’est vraiment pas l’idéal…" Selon elle, mettre son enfant "de force" dans une école élitiste, exigeante, qui vise avant tout la performance, c’est oublier l’aspect motivationnel, et cela peut aussi être contre-productif. "Cela place les enfants plus faibles dans une posture difficile. Ils seront face à des élèves meilleurs qu’eux, et cette course à la performance va faire que leur image va se dégrader, avec le risque qu’ils perdent complètement confiance en eux et se retrouvent en échec." Le souci, c’est que l’enfant va alors plonger dans une spirale négative. "On va le changer d’école, mais il sera démotivé, et la motivation ne revient pas facilement…"

5. Faut-il choisir une école qui n’offre que l’enseignement général?

Vais-je mettre mon enfant dans une école qui propose l’enseignement général de bout en bout, ou une école qui offrira une filière technique et professionnelle dans le second degré? "Les options qualifiantes viennent donner une identité à l’école qui complique le choix des parents, remarque Vincent Dupriez. Même si le 1er degré reste commun, l’offre scolaire dans les degrés supérieurs va ‘colorer’ ce premier degré, car il va déjà établir une relation avec les 2e et 3e degré." Résultat, et on le voit dans la pyramide des écoles d’enseignement général, les parents continuent à privilégier les écoles générales, créant à certains endroits des embouteillages ou obligeant les écoles à élargir le nombre de classes au 1er degré. "Les cas d’enfants qui, dès 12 ans, savent exactement ce qu’ils veulent faire plus tard restent rares", confirme Dominique Lafontaine. D’où cette préférence pour l’enseignement général, quitte à changer d’école plus tard.

Les inscriptions, comment ça marche?

Ce lundi 6 mars, on entre dans la 3e étape (sur 5) de la procédure. Les parents doivent remettre (en mains propres) le formulaire dans l’école de leur 1er choix. Ils ont jusqu’au 24 mars pour le faire. Inutile de se précipiter, les écoles sont tenues d’accepter tous les formulaires qui leur seront remis. Le tri se fait après. Les indécis ont donc encore la possibilité d’affiner leur choix, certaines écoles secondaires n’ont d’ailleurs pas encore tenu leurs portes ouvertes…

Que va-t-il se passer après? L’école va encoder ce formulaire dans un programme informatique de l’administration. Après le 24 mars, l’école informe les familles de la situation: soit elle dispose de suffisamment de place et a pu inscrire tous ceux qui l’ont demandée en 1er choix. C’est le scénario idéal. Soit l’école a reçu plus de formulaires que de places disponibles. Sur base de l’indice de l’enfant, un classement est établi. 80% des places sont octroyées, suivant l’ordre utile du classement.

Fin avril, tous les élèves n’ayant pas eu leur 1er choix sont classés suivant leurs priorités. Parfois quand même dans l’école de premier choix (ils sont intégrés dans les 20% de place restantes), ou dans une des autres écoles indiquées sur le formulaire, suivant les préférences.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés