interview

Alain Wirtz, CEO de Zetes: "Panasonic nous a garanti que nous pourrions rester autonome"

©Dries Luyten

Depuis quelques jours, Zetes est japonaise. L’autorité de contrôle belge vient de donner son accord à Panasonic pour racheter le fleuron bruxellois (1.200 salariés) qui fabrique nos cartes d’identité, Kids-ID et passeports, et qui produisait notre ancienne carte SIS.

Ce ne sont pas les activités biométriques qui ont séduit les Japonais, mais la technologie d’identification des biens. Zetes – pour laquelle Panasonic a déboursé près de 300 millions d’euros – produit des étiquettes, des puces électroniques et des solutions de chaînes de distribution, ce qui lui a permis de bien se positionner en Europe dans le secteur de la logistique, les services postaux et les services de distribution.

Suite à ces succès, Zetes a été repérée par le géant technologique japonais il y a deux ans. "Nous n’étions pas au courant, explique Alain Wirtz qui s’est rendu l’an dernier au Japon à quatre reprises. Les Japonais privilégient le travail d’équipe. La vérification des comptes (due diligence) a par exemple été réalisée par 80 personnes.

zetes
  • Spécialiste de l’identification de biens et personnes. Réalise les puces qui équipent notamment passeports et cartes d’identité.
  • Zetes a engendré en 2016 un bénéfice de 11 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 253 millions d’euros.
  • Basée à Evere, Zetes emploie 1.200 salariés.
  • Le rachat par Panasonic va faire entrer l’entreprise dans une nouvelle dimension. L’offre japonaise (54,50 euros/action) valorise Zetes autour des 300 millions d’euros.

Ils veulent absolument éviter de prendre une mauvaise décision, et prennent leur temps avant de trancher. Les entreprises occidentales se lancent plus facilement parce qu’elles sont satisfaites si neuf décisions sur dix sont bonnes."

Zetes est la énième entreprise technologique belge à passer dans des mains étrangères. Alain Wirtz ne contourne pas la question: "Ce ne fut pas une décision facile. La société d’investissement Cobepa et moi-même (les deux actionnaires principaux, NDLR) n’avions pas l’intention de vendre. Nous nous sommes demandé à plusieurs reprises s’il ne valait pas mieux que Zetes reste indépendante."

Pourquoi n’a-t-il pas été possible de rester indépendant?

Une entreprise cotée se doit d’afficher des résultats en hausse, trimestre après trimestre, ce qui n’est pas compatible avec les investissements de plusieurs millions d’euros qui sont nécessaires si vous voulez vous développer aux Etats-Unis ou en Asie. Nos clients européens sont devenus des entreprises mondiales. C’est aussi notre objectif. Ces investissements auraient pesé sur les résultats, avec comme conséquence que Zetes aurait dû arrêter de payer un dividende pendant deux ou trois exercices. Il nous aurait fallu trois ans pour recruter une centaine de personnes aux Etats-Unis, et le résultat n’aurait été visible qu’un ou deux ans plus tard. De telles perspectives sont plutôt mal vues par les investisseurs. Avec Panasonic, nous pourrons nous développer plus rapidement. D’ici un an, Zetes devrait disposer d’une équipe de 200 personnes supplémentaires aux Etats-Unis et au Japon. C’est l’objectif.

CV Express

Alain Wirtz a 54 ans.

Il est marié, 2 enfants.

Il est ingénieur en électronique, diplômé de l’Université de Mons.

Il crée Zetes en 1984. Son premier grand client est Colruyt pour lequel il développe une solution code-barres pour remplacer les cartes à points.

Combien de temps resterez-vous encore aux commandes?

Nous verrons. Panasonic nous a garanti que nous pourrions continuer à nous développer de manière autonome. Peu de choses vont changer. Même logo, même management. C’est positif que Panasonic ne soit pas actif dans notre secteur. Cela nous donne aussi une garantie d’emploi. Si malgré tout, cela tourne mal, j’en tirerai mes conclusions et j’irai voir ailleurs.

L’heure de faire de la voile ou de jouer au golf n’est donc pas encore venue…

ça aussi, nous verrons bien (rires). J’ai promis à Panasonic que nous aurions de bons résultats, mais je ne me suis pas engagé sur la manière d’y arriver. Honnêtement, c’est un projet auquel je crois, sinon je n’aurais pas vendu mes actions (23,7% du capital, NDLR). Cette vente était la meilleure décision pour l’entreprise. Les projets des entreprises japonaises sont toujours axés sur le long terme. Ce n’est pas différent chez Panasonic, qui a décidé qu’il voulait se développer rapidement dans le domaine de la logistique. Cela ouvre de très belles opportunités à nos équipes. Cette reprise est aussi particulièrement intéressante du point de vue technologique. Panasonic investit chaque année plus de 3,5 milliards d’euros en recherche et développement. Leurs nombreux brevets pourraient nous aider à améliorer nos logiciels.

Les phrases clés

"Avec Panasonic, Zetes pourra se développer plus rapidement, aux Etats-Unis et au Japon".

"Le fait que Panasonic ne soit pas actif dans notre secteur nous donne une garantie d’emploi."

"La robotisation, c’est le next big things. C’est notre activité qui affiche la plus forte croissance."

"Je vais réinvestir une partie de mes 35 millions. Beaucoup d’entreprises belges hésitent à s’internationaliser et je peux les aider."

Que pensez-vous de la vague actuelle d’automatisation et de robotisation?

C’est sans aucun doute un secteur qui se développe rapidement. Les Japonais y sont très forts. Le vieillissement de la population les pousse à utiliser des robots dans le secteur des soins, bien plus que pour augmenter la rentabilité. Zetes est également active dans ce domaine. Nous avons un département – après deux acquisitions en Belgique et en Espagne il y a huit ans – spécialisé en robots qui collent des étiquettes sur toutes sortes de produits, des médicaments aux produits alimentaires, en passant par les produits de luxe. Le principal objectif n’est pas d’augmenter la productivité, mais plutôt d’éviter les erreurs. Les robots se trompent moins souvent que les humains. C’est l’activité qui affiche la plus forte croissance cette année, soit plus de 20%. Elle génère 30 millions d’euros sur les 200 millions de chiffre d’affaires dans le secteur des biens. C’est le "next big thing" pour Zetes. De plus en plus d’entreprises commencent à utiliser des robots.

Que comptez-vous faire des 35 millions d’euros que vous avez perçus de la vente de Zetes?

Je compte en investir une partie en actifs non risqués. Une autre partie le sera dans des activités risquées, car je suis, et reste, un entrepreneur. Je vois beaucoup d’entreprises belges qui hésitent à se lancer à l’international, alors qu’elles disposent des produits pour franchir le pas. Avec mes connaissances en internationalisation de produits, je pourrais les aider. Ne me demandez pas de citer des noms d’entreprises, car je n’ai encore aucune idée précise.

©Thomas De Boever

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