Bannir les tablettes à bord? Incohérent

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Les autorités US et britanniques ont pris des mesures qui obligent les passagers de certaines compagnies à enregistrer leur matériel électronique en soute. L’Association du transport aérien international dénonce des mesures discriminatoires sans certitude de garantir davantage la sécurité.

L’info avait d’abord fuité avec un tweet de Royal Jordanian le 20 mars, puis a été confirmée le lendemain par les autorités américaines de l’aviation civile. Depuis le 25 mars, les passagers empruntant neuf compagnies d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient à destination des Etats-Unis n’ont plus le droit d’emporter en cabine des objets électroniques plus grands qu’un smartphone. Ils doivent les faire enregistrer en soute.

Les compagnies concernées sont Saudi Arabian (au départ de Riyad et Jeddah), Royal Jordanian (Amman), EgyptAir (Le Caire), Emirates (Dubaï), Etihad (Abu Dhabi), Turkish (Istanbul), Kuwait (Kuwait Airport), Royal Air Maroc (Casablanca) et Qatar Airways (Doha). Cette mesure n’a pas été délimitée dans le temps, mais on considère généralement qu’elle s’étendra jusqu’à la fin de la saison d’été (fin octobre).

La soute plus sûre?

Depuis, le Royaume-Uni a embrayé avec la même mesure, à quelques détails importants près. D’abord, ce sont les vols à destination du Royaume-Uni et en provenance de six pays (et non d’aéroports) qui sont pointés. En l’occurrence, l’Egypte, la Jordanie, le Liban, l’Arabie Saoudite, la Tunisie et la Turquie. Ne sont en revanche pas compris le Qatar et les Emirats Arabes Unis. Ensuite, la mesure s’applique à tous les transporteurs sur les routes des pays concernés et donc aussi à British Airways ou easyJet qui dessert le Maroc, l’Egypte et la Turquie.

Londres dit avoir été en relation étroite avec les services secrets américains avec lesquels les données ont été partagées. Il existerait un risque d’introduction d’explosifs dans des matériels électroniques. Fort bien, mais alors pourquoi les mesures diffèrent-elles? C’est la 1ère incohérence et il y en a beaucoup d’autres.

La deuxième: pourquoi une différence de traitement des compagnies du Golfe? Parce que British Airways a Qatar Airways pour actionnaire au sein du groupe IAG? Et (ou) parce que le lobby des compagnies américaines contre ces transporteurs est plus vif que jamais?

La 3e: si les pays occidentaux s’échangent des données en matière de terrorisme, pourquoi le Canada, la France et l’Allemagne n’ont-ils pas réagi dans le même sens?

Enfin, voilà donc que certaines compagnies doivent obliger leurs passagers à enregistrer en soute leurs tablettes, caméras, lecteurs DVD, jeux électroniques ou ordinateurs.

Mais ne disait-on pas le contraire précédemment? Précisément que, pour éviter des risques d’incendies (notamment à cause des fameuses batteries lithium-ion), il fallait que tout matériel électronique soit emporté en cabine car un début d’incendie serait plus rapidement détectable et, le cas échéant, éteint. Cette interdiction-là est encore d’application dans bien des compagnies; Air Canada, par exemple.

Tout ceci montre à l’évidence qu’une fois de plus, on (Américains et Britanniques) a agi un peu dans la précipitation et que les responsables de la sûreté aérienne se ridiculisent autant que lorsqu’ils confisquent bouteilles d’eau et cure-ongles. Les voyageurs comprennent qu’il faut prendre des mesures contre le terrorisme. Ils nagent aujourd’hui dans une totale incompréhension. Où est la logique?

La mesure américaine a surpris dans le Golfe, en particulier dans les Emirats où Dubaï et Abu Dhabi ont une excellente réputation en matière de sûreté.

À telle enseigne qu’Abu Dhabi a même été le premier aéroport de la région à obtenir la certification des autorités américaines pour réaliser sur place les formalités d’immigration aux Etats-Unis. Une formule qui permet aux passagers d’atterrir aux Etats-Unis en zone domestique.

Concurrence déloyale

Plus généralement, les spécialistes s’inquiètent de distorsions de concurrence. Qui serait prêt à laisser sa tablette ou son ordinateur en soute, où les bagages sont maltraités et où pertes et vols arrivent? C’est comme si on mettait ses bijoux les plus précieux en soute. Certains ont même été jusqu’à soupçonner les Etats-Unis de vouloir contrer indirectement les compagnies du Moyen-Orient qui ont massivement investi dans la wifi à bord des cabines.

Pour l’Association du transport aérien international Iata et son président Alexandre de Juniac, ces mesures ne sont "pas viables à long terme et même interpellantes à court terme: n’y a-t-il pas moyen de contrôler les appareils électroniques de manière performante avant l’embarquement en cabine?".

humour: les bons conseils de Royal Jordanian

La plupart des compagnies du Moyen-Orient ont réagi à la mesure américaine en proposant à leur clientèle d’affaires le prêt d’ordinateurs en cas de besoin. Sur les vols à destination des Etats-Unis de Qatar Airways, ils pourront télécharger leurs données juste avant l’embarquement et leurs ordinateurs auront droit à des soins attentifs. On retiendra surtout l’humour de Royal Jordanian qui a lancé une campagne sur le territoire US, avec les 12 choses à faire au cours d’un vol de 12 heures, si on a été privé de son ordinateur:

1. Lisez un livre.

2. Mangez un petit snack.

3. Dites bonjour à votre voisin.

4. Méditez.

5. Passez une heure à décider ce que vous regarderez.

6. Appréciez le miracle du vol.

7. Engagez un dialogue primitif de l’époque pré-internet.

8. Conquérez du territoire sur votre accoudoir.

9. Faites comme si votre table amovible était un clavier.

10. Songez au sens de la vie.

11. Achetez un maximum au duty free à bord.

12. Pensez aux raisons pour lesquelles vous êtes privé de votre ordinateur.

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