interview

Bernard Gilliot, FEB "Il ne faut pas que le gouvernement de Charles Michel s'endorme"

©Photo News

Interview | Bernard Gilliot, président de la FEB.

Bernard Gilliot a pris hier ses fonctions à la présidence de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), reprenant le flambeau de Michèle Sioen. Ce Brabançon, vice-président chez Tractebel, n’est pas un pro de la concertation sociale. Sur ce terrain, il a tout à apprendre. Mais apprendre, c’est justement son point fort. Durant son mandat, l’homme promet de porter le fer sur quatre grands axes: la mobilité, le plan d’investissement du fédéral, la digitalisation de l’économie, le libre-échange et l’énergie.

Vous endosser le costume de président de la FEB. Cela signifie quoi pour vous?
Il y a d’abord la présidence du Groupe des Dix. Ensemble, avec, les partenaires sociaux, j’espère arriver à ce que Michèle Sioen a réussi. Elle a fait boucler le premier accord interprofessionnel depuis 2008. C’est excessivement important, car cet accord stabilise la Belgique.

CV express

Bernard Gilliot est né le 10 janvier 1955. Il vit dans le Brabant wallon, il est marié et a trois enfants.

Gradué en ingénieur en électricité à l’Ecam en 1980. En 1993, il termine un graduat en management à l’UCL.

En 1980, il entre comme ingénieur chez Tractebel Engineering à Bruxelles.

De 1997 à 2002, il part avec sa famille en Asie, à Bangkok. Il est en charge du développement de Tractebel sur le territoire d’Asie du Sud-est.

En 2012, Bernard Gilliot devient vice-président de Tractebel Engineering. Puis en 2016, il prend le poste de chief officer.

Je ne pense pas que ma présidence sera extra-simple, mais le chemin est fait avec cet accord. Et les partenaires sociaux ont associé à cet accord les grands défis qui me passionnent justement: la mobilité, le digital, l’énergie et l’emploi des jeunes. Je sais que je dois rester au-dessus de la mêlée, mais je vais faire en sorte que cela s’implémente dans la loyauté de ce qui a été convenu. Cette paix sociale va attirer les investisseurs, créer de l’emploi.

Face aux partenaires sociaux du G10, vous êtes totalement novice…
En effet, je ne les connais pas, je les rencontre la semaine prochaine.

Comment qualifieriez-vous les syndicats? Partenaires, freins, empêcheurs de tourner en rond?
C’est difficile, j’ai peu travaillé avec eux. Mais ils sont parvenus à un accord, et sans tourner en rond. Ce n’est pas un hasard, tout le monde a pris ses responsabilités.

Les syndicats sont de vrais partenaires?
Oui, j’aime ce terme de partenaire. C’est vrai que les syndicats ont leurs propres revendications, et nous les nôtres, parfois antagonistes. Et ce n’est pas toujours simple…

 

Présider la FEB, ce n’est pas uniquement présider le G10…
Oui, mais le G10 est essentiel pour créer un bon climat social, c’est très important, pour les investisseurs, et pour l’emploi. Aujourd’hui, on entend des industriels qui avaient délocalisé leur production parler de la relocaliser en Belgique. Et cela, couplé au climat social apaisé, c’est très positif. Mais à côté de ça, la FEB doit être le fer de lance sur d’autres sujets, la mobilité, la digitalisation, face aux différents acteurs, le Fédéral, les Régions.

Sur le Fédéral justement, quelle cote donneriez-vous au gouvernement Michel?
C’est une question difficile (sourire). Ce que j’observe, c’est que ce gouvernement avait un plan d’action, et qu’il a l’air de s’y tenir. Il y a encore l’impôt des sociétés à réformer. Je suis favorable à ce que cela se fasse au plus vite, mais je comprends aussi que le Premier ministre prenne le temps, c’est très complexe. Il ne faut pas qu’on se rende compte, après avoir négocié, que certaines multinationales ne seraient pas satisfaites. Je suis donc prudent.

"Avec le digital, on pourra se concentrer sur l’innovation et tout le monde y gagnera."
bernard gilliot
président de la FEB

Il faut donc bouger dans ce dossier, sans créer de l’instabilité pour autant…
Oui. Les entreprises voient que les niches fiscales disparaissent les unes après les autres, et que leurs impôts ne font qu’augmenter. Si cela continue, on va se retrouver en compétition avec nos voisins juste de l’autre côté de la frontière. Il faut qu’on bouge.

Il faut un taux unique abaissé, et supprimer toutes les niches?
Il faut simplifier, pas nécessairement tout supprimer tout d’un coup. Le gouvernement peut compter sur nous. Mais il y a urgence. Il y a une relance économique, il serait dommage de la rater.

Quel défaut pointeriez-vous dans ce gouvernement?
Joker.

Personne n’est parfait…
On ne peut pas dire qu’ils n’avancent pas, ils ont encore voté la loi salariale la semaine dernière. Mais il ne faudrait pas qu’ils s’endorment. Ce n’est pas le caractère des gens présents dans ce gouvernement, mais j’espère vraiment qu’ils vont continuer à avancer et réformer nos structures.

©Dieter Telemans

Parlons un peu de vous. Vous êtes ingénieur de formation. Pourquoi avoir fait ce choix de carrière?
J’ai toujours aimé apprendre et comprendre, et j’ai toujours eu de l’intérêt pour le fait de concevoir, créer quelque chose, d’être innovant. Je me bats d’ailleurs au niveau des ingénieurs conseils pour qu’on démystifie ces études d’ingénieurs, on en manque, il devrait y en avoir beaucoup plus en Belgique. Il faut donner envie aux jeunes de comprendre et d’apprendre, et cela se fait très tôt. Personnellement, j’ai eu beaucoup de chance d’avoir des profs qui m’ont motivé. Aujourd’hui ce n’est plus toujours le cas, ou en tout cas les professeurs motivent pour d’autres secteurs, et un peu moins pour les sciences.

L’innovation, ça manque en Belgique?
En Wallonie il y a des plateformes d’innovation, mais il faut accélérer le mouvement. Avec le niveau d’éducation que l’on a et les forces de travail qui sont excellentes, on est les mieux placés pour faire de notre pays un centre du digital par exemple.

Cela fait partie du travail que vous allez mener à la FEB?
Je voudrais qu’avec d’autres interlocuteurs, on accélère ce mouvement. En concertation. Je suis d’ailleurs étonné mais heureux que ce thème de la digitalisation ait été repris dans les discussions de l’accord interprofessionnel. Il faut en parler, il y a des défis, quelque chose va se passer, qu’on le veuille ou non.

Que faudra-t-il faire pour aborder ce tournant digital?
Je vois les datas comme le nouveau pétrole économique. Il faut se mettre ensemble avec les partenaires sociaux, les universités, les centres technologiques et voir comment faire une feuille de route au niveau belge, en utilisant les fonds européens pour accélérer le mouvement.

LES PHRASES CLÉS

"C’est vrai que les syndicats ont leurs propres revendications, et nous les nôtres, parfois antagonistes. Et ce n’est pas toujours simple…"

"Les entreprises voient que les niches fiscales disparaissent les unes après les autres, et que leurs impôts ne font qu’augmenter".

"Je me bats d’ailleurs au niveau des ingénieurs conseils pour qu’on démystifie ces études d’ingénieur, on en manque."

Et les risques sur l’emploi, vous y pensez?
Oui, il y aura peut-être des conséquences. Mais les gens sont tous demandeurs de davantage de connectivité. Et avec le digital, on pourra se concentrer sur l’innovation, et tout le monde y gagnera. En termes de mobilité par exemple, c’est le digital qui pourra aussi nous aider à solutionner les problèmes, pour la gestion des places de parking par exemple, avec la localisation. Il faudra par contre s’assurer de la bonne protection des données personnelles.

Vous voulez aussi porter le dossier mobilité et vous préconisez un pacte d’investissement fédéral.
Il faut que tout le monde se mette ensemble pour arriver à une vision globale sur dix ou quinze ans, indépendamment des partis au pouvoir. Mais le défi est tellement important, voire critique pour le pays, que la FEB a le devoir d’aider à construire cette vision. Regardez le RER pour lequel on n’arrive pas à trouver un financement, c’est incroyable! Je voudrais donc que l’on puisse aussi trouver des solutions de financement pour ces infrastructures.

Une part devrait venir du privé?
Oui pourquoi pas. Si ce sont des contrats bien faits, tout le monde y gagnera et les entreprises elles-mêmes seront demandeuses. J’espère pouvoir les convaincre, cela créera de l’emploi. Et cela créera aussi des compétences que l’on pourra exporter. On serait gagnant sur tous les plans.

"Be international", c’est aussi un des slogans de la FEB. C’est ce message-là que vous comptez aussi porter, fort de votre expérience?
Oui, dans une économie ouverte comme la nôtre, on doit aider les PME à s’exporter. Je sais que le commerce extérieur est régionalisé, mais il faut travailler ensemble. Les PME n’ont pas les reins et les financements pour exporter, or la Belgique est adorée à l’extérieur, pour sa flexibilité, son sens du compromis. J’espère à cet égard que le pacte d’investissement du fédéral se fera. Il y a de l’argent qui dort en Belgique, il faut trouver le moyen de l’utiliser pour lancer des projets.

La politique de Trump, le Brexit, cela vous inquiète?
Oui. Pourquoi ne pas s’allier en direct avec le Japon, l’Inde? Je voudrais qu’on mette un groupe de travail en route à la FEB, si ce n’est pas déjà fait, pour voir comment réellement avancer, analyser les impacts, voir les actions qu’on peut entreprendre pour en tirer toutes les opportunités.

Il faut arrêter de trop focaliser sur les USA?
Il faut garder des bonnes relations avec les Etats-Unis. Mais il n’y a pas qu’eux, il faut voir comment on peut se repositionner avec d’autres pays, comme l’Inde, l’Indonésie, le Vietnam, qui sont des marchés énormes.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect