Mark Rutte veut protéger Unilever contre "les vautours et les hyènes"

©ANP

Après avoir joué un rôle prépondérant dans l’échec des noces PostNL-bpost et du corps pour bloquer une vente d’Akzo Nobel aux Américains de PPG, l’État néerlandais s’attaque au dossier Unilever. Mark Rutte et son gouvernement espèrent empêcher le géant alimentaire de devenir à 100% britannique en dépit du Brexit.

"Des vautours et des hyènes", selon les mots du ministre des Finances néerlandais Jeroen Dijsselbloem pour qualifier ces hordes de prédateurs. PostNL visé voici quelques mois par bpost, Unilever et Akzo Nobel aujourd’hui aux prises avec des menaces d’OPA hostiles en provenance des États-Unis… Au nom de la défense des intérêts du pays, La Haye monte au créneau face à ces raids à répétition pilonnant les fleurons du tissu industriel du royaume.

Mobilisé à tous les niveaux bien qu’il soit démissionnaire, le gouvernement néerlandais va faire pression de tout son poids pour inverser le cours des événements qui guettent les deux multinationales. Comme ils l’ont déjà fait savoir, le Premier ministre Mark Rutte et le ministre de l’Économie Henk Kamp ont prévu de rencontrer au plus vite le directeur général d’Unilever.

"Unilever est une entreprise cruciale pour l’économie de notre pays."
Jeroen Dijsselbloem
ministre des finances

Akzo Nobel, Unilever…

Le temps presse en effet vu la stratégie "de la terre brûlée" qu’Unilever et Akzo Nobel semblent prêts à enclencher pour repousser leurs assaillants américains. Le géant des produits de grande consommation envisage ainsi de renoncer à sa double structure anglo-néerlandaise. La menace est de taille: le siège emblématique historique de Rotterdam pourrait purement disparaître.

Le siège d'Unilever à Rotterdam. ©AFP

Depuis 1929, année de la fusion entre le néerlandais Margarine Unie et le britannique Lever, Unilever compte deux sièges sociaux (Londres et Rotterdam) mais aussi deux conseils d’administration. "Unilever a ses racines aux Pays-Bas", a récemment rappelé Henk Kamp, dont la force de dissuasion avait fait renoncer bpost à son rachat de PostNL

"Unilever est une entreprise cruciale pour l’économie de notre pays", s’est aussi inquiété Jeroen Dijsselbloem, le ministre des Finances. "Osez résister aux actionnaires opportunistes. Osez vous opposer à ceux qui veulent renoncer aux perspectives à long terme avec ce type d’acquisitions agressives", a-t-il réagi, combatif, à l’annonce des avances de Kraft Heinz sur Unilever.

De son côté, Akzo Nobel peut compter sur une détermination politique de même teneur. Visé par son concurrent américain PPG, le néerlandais, numéro un européen des peintures, a déjà rejeté deux OPA hostile de sa part. "Cette OPA va à l’encontre des intérêts des Pays-Bas", s’est d’emblée indigné le ministre de l’Économie. De manière singulière, les gouverneurs de quatre provinces des Pays-Bas ont même exprimé leur hostilité à ce rachat d’Akzo Nobel, faisant craindre, selon eux, la disparition de milliers d’emplois.

Enjeu de taille

Mises bout à bout, ces prises de position attestent d’un volontarisme politique hors du commun. Mais l’enjeu est de taille. Si le rempart de la pression politique ne repousse pas l’activisme des actionnaires américains, Unilever et Akzo Nobel devront recourir à l’arme ultime. Fameux bouclier anti-OPA prévu dans leurs statuts, une fondation interne nommée ad hoc et dotée d’actions préférentielles peut procurer un répit à Unilever et Akzo Nobel pour résister aux manœuvres hostiles. Mais là encore, le temps presse car une telle "pilule empoisonnée" doit rester "temporaire", selon la loi néerlandaise.

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