interview

Onkelinx:"Le PS va rebondir"

©France Dubois

Le PS a-t-il vraiment des raisons de faire la fête pour le 1er mai? Laurette Onkelinx revient sur les difficultés de son parti, touché au coeur par le scandale Publifin

Elle est comme ça, Laurette Onkelinx. Le contexte n’est pas à la fête pour les socialistes, avec du Publifin dans le fond de l’air, un PTB à la parade ou un Benoît Hamon haché menu chez nos voisins? Vous n’entamerez pas sa détermination. La patronne du parti à Bruxelles l’annonce: la porte des affaires commence (enfin) à se fermer; le PS part à la "reconquête des cœurs".

Ce lundi, c’est le 1er mai. Au vu du contexte et des sondages, le PS a-t-il vraiment des raisons de faire la fête?
Le 1er mai, c’est la fête des travailleurs. Quelle que soit la situation politique, il est normal de célébrer cela. Mon message, en ce qui concerne le PS, est celui-ci: au revoir la déprime, bonjour le printemps. Le PS part à la reconquête des cœurs.

Le contexte Publifin ne vous aide pas.
Le parti s’est enfin mis en marche afin de mettre un terme aux pratiques de certains qui ont nui aux militants, aux mandataires et au PS. La commission de vigilance du parti a prononcé des exclusions; le gouvernement wallon vient de prendre des mesures fortes; la commission d’enquête Publifin va mettre de l’ordre; et le PS tient un congrès axé sur la gouvernance et l’éthique le 3 juin. Avant l’été, tout ce débat sera derrière nous. Après, nous pourrons mettre en valeur notre programme, nos valeurs.

Il y a plus de dix ans, Elio Di Rupo déclarait la chasse aux parvenus. Et on y est toujours. Le PS n’a-t-il pas mis trop longtemps à réagir?
Non. Comme dans tous les partis, il y a eu des débats sur l’éthique. Ce que l’on voit, c’est qu’il existe des bulles où certains se cachaient, passaient en dessous du radar et travaillaient avec des pratiques qui ne sont pas acceptables. C’est le problème, avec l’éthique. À mesure que le temps passe, la question s’estompe pour certains, qui se font absorber par le pouvoir et l’argent. Mais cela ne colle pas avec les valeurs du PS!

Avec le temps, comme vous dites, le parti devait bien être au courant?
Quelques-uns ont sans doute laissé faire. Mais croyez-vous une seule seconde que, si j’avais su, je n’aurais pas hurlé?

Quand même, le PS n’a-t-il pas tardé à prendre la mesure du scandale Publifin? En n’optant pas immédiatement pour une commission d’enquête? Ou en laissant le temps à Stéphane Moreau de lui claquer la porte au nez avant de l’exclure?
Avec une commission spéciale, il était possible d’effectuer le même travail. Mais au vu de l’attitude de certains, d’André Gilles déclarant qu’il était là de par son bon vouloir, il a fallu la transformer en commission d’enquête. Quand à Stéphane Moreau, c’est une mauvaise pièce de théâtre. La commission de vigilance a très bien fait de l’exclure à vie. Tout comme le gouvernement wallon a très bien fait d’imposer de nouvelles règles.

Que dites-vous aux militants, qui auraient le droit d’être désemparés?
Ma réponse, c’est ce que nous sommes là. Ce n’est pas parce que certains ont failli qu’il faut faire des amalgames. Nos militants se battent pour la justice sociale et fiscale. Tout comme l’immense majorité de nos mandataires qui consacrent leur vie à ce projet. C’est normal que ces affaires aient engendré de la colère. Il faut la reconnaître, mais surtout en tirer les conséquences. Ce que nous sommes en train de faire. J’en suis persuadée: après avoir remis les choses au point, claqué la porte sur ces pratiques, nous allons remonter. Rebondir. Je crois en l’effet tremplin.

Elio Di Rupo est-il le mieux placé pour bondir sur ce tremplin? Son image n’est-elle pas trop associée à la limitation des allocations d’insertion et aux affaires? Le PS n’a-t-il pas besoin de nouveaux visages, qui n’ont rien à voir avec cela?
Il faut les deux. Je ne compare pas les deux hommes, mais regardez ce qui s’est passé avec Mitterrand. En 1969, on le dit lessivé et, en 1981, la force tranquille est élue. C’est aussi une question de moments. Qu’il faille de nouveaux visages, c’est une évidence. Mais tout cela doit se construire sur la base d’un nouveau programme, de quelques grandes idées, d’un projet réellement différent. La société change; les réponses du PS doivent évoluer elles aussi.

Quelles sont ces idées fortes?
Notre rapport à l’écologie doit être beaucoup plus fort. Le PS doit offrir une réponse spécifique, qui tienne également compte de la capacité financière de la population. De l’écosocialisme. Alors que ce gouvernement ne fait rien, ou presque, pour viser les revenus du capital et continue à s’en prendre aux travailleurs, il est nécessaire de se positionner par rapport au capitalisme financier et de lutter en faveur d’une justice fiscale et sociale. Il y a, aussi, une réponse à apporter au repli identitaire. Là, il y a une proposition que j’aime particulièrement: un service civil facultatif de 6 à 12 mois, pour les jeunes de 18 à 25 ans. Que constate-t-on, notamment par le biais de la commission attentats? Que se développe un radicalisme de quartier. Des jeunes ne quittent plus leur quartier, ne connaissent plus les autres, ne s’impliquent plus du tout dans la société. Un service civil permettrait de les connecter à la réalité des autres et à s’engager dans un projet. Ce qui serait valorisable sur un curriculum vitae. Acquérir compétence et expérience constitue une porte d’entrée dans le monde du travail.

Autre point fort: la réduction du temps de travail.
La révolution numérique va certes créer des emplois, mais en détruira nettement plus. Même à Davos, ils le reconnaissent. Il faut une réponse à cela aussi et celle du gouvernement n’en est pas une. Voilà pourquoi nous défendons la semaine de 4 jours. La diminution du temps de travail doit s’intégrer dans un projet de société.

Réaliste?
Toutes les entreprises qui se sont engagées dans cette voie voient la productivité augmenter et les charges liées aux maladies et au stress reculer. J’ai été la dernière ministre à diminuer le temps de travail de façon collective, de 39 h à 38 h. Certains ont grogné, mais dans la grande distribution, ils étaient déjà aux 35 h via la concertation sociale! Il y a beaucoup d’opposition de principe. Mais oui, c’est possible! On vit mieux qu’au siècle passé et on travaille moins. Il faut arrêter de raconter n’importe quoi.

Et Elio Di Rupo est la bonne personne pour porter ce projet?
Je vous l’ai dit: il fait le ménage au PS. Et il sera l’homme de la situation s’il réussit son congrès des idées.

Le PTB pète la forme. Vous pourriez un jour vous associez avec lui?
Le PTB est un vieux parti, qui n’a pas changé mais s’est trouvé un tribun. Il s’appuie sur la peur et la colère des gens, tout en leur racontant n’importe quoi. Je pourrais aussi le faire en prenant un accent liégeois, j’ai les origines qu’il faut , mais je m’y refuse. Cela dit, si le PTB n’est pas un ami politique, ce n’est pas non plus un ennemi. ça, ce serait plutôt la droite.

Une cohabitation n’est pas exclue, donc.
Si, puisque le PTB refuse de prendre ses responsabilités et de participer.

L’avenir de la social-démocratie en Europe ne vous inquiète pas? Elle encaisse de solides coups et enchaîne les revers...
Sûrement pas! D’ailleurs, pour le 1er mai, j’ai invité une ministre portugaise. Le Portugal est en train d’effectuer la démonstration inverse. Un gouvernement minoritaire qui mène une politique anti-austérité, diminue le temps de travail et reste dans les clous européens de la trajectoire budgétaire. Le tout en obtenant des chiffres intéressants en termes d’emploi et de croissance.

Ne serait-ce pas là une exception?
Non. Il existe des moments. Des passes difficiles. Puis l’on se reprend. Comme au PS, qui traverse une période troublée par les affaires, se fait logiquement sanctionner mais va rebondir!

Changeons de pays. L’exemple français n’est pas encourageant. Benoît Hamon s’est fait hacher menu.
La situation est différente. Son parti était désuni; il se déchirait depuis des années, avec des frondeurs. Ici, le PS, malgré les difficultés, reste uni. Et puis, Benoît Hamon a commis des erreurs. Vis-à-vis de Mélenchon, en signant un pacte de non-agression, signifiant au final: "Toi et moi, on est pareils". Drôle de message. Vis-à-vis de Macron, qu’il a cogné plus que Le Pen. Je pense que Benoît Hamon a plus livré bataille pour gagner le cœur de son parti.

Que pensez-vous de la position "ni-ni" affichée par certains partis belges?
C’est incroyable. N-VA et PTB soutiennent la possibilité de voir l’extrême droite au commandement de la France. Cela montre à quel point ils se nourrissent de la colère et du chaos. Les démocrates doivent se positionner. Et en Belgique, je trouve que la démocratie s’affaisse. Le sondage réalisé sur Facebook par Theo Francken me révulse à un point que vous ne pouvez imaginer.

Que pensez-vous du vote belge concernant l’entrée de l’Arabie saoudite au sein de la commission de la condition de la femme, à l’ONU?
Ca! (Elle tape du poing sur la table.) C’est insupportable! Cette histoire n’est pas finie et revient mardi à la Chambre. S’il s’avère que le ministre des Affaires étrangères a menti, il devra partir.

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