Xavier Niel ouvre son "anti-école" de codage à Bruxelles

©mfn

Une antenne de l’Ecole 42 parisienne s’installera dès février à Uccle. À terme, elle accueillera 450 étudiants atypiques, passionnés par le codage.

Une antenne franchisée de l’école 42, celle dont tout le monde parle à Paris et ailleurs et qui a été imaginée et financée par le tycoon entrepreneur français Xavier Niel, va ouvrir ses portes tout prochainement à Bruxelles. Les deux entrepreneurs à la base du projet, John Bogaerts (fondateur du cercle B19) et Ian Gallienne (administrateur-délégué de GBL) nous l’ont confirmé et nous ont dévoilé les détails de leur projet.

Il s’agira d’une franchise et non d’une copie conforme de la grande sœur parisienne, déjà consacrée meilleure école de codage du monde. Et le Groupe Bruxelles Lambert sera un des mécènes de l’antenne belge. "Parce nous croyons résolument au projet et à ceux qui le portent là et ici", insiste l’administrateur-délégué de GBL, que nous avons rencontré, avec John Bogaerts, dans ses bureaux bruxellois de la rue du Trône.

Ce dernier a noué des liens d’amitiés avec Ian Gallienne. Et quand il lui a parlé de son projet d’école uccloise, logée dans le château de Latour de Freins, rue Engeland, et calquée sur celle de Paris, il a trouvé l’idée formidable et en a parlé personnellement à Xavier Niel, qui a rapidement adhéré au projet de franchise bruxelloise de son "anti-école".

"À Paris, quand un étudiant distrait vient encore demander conseil, on lui répond ‘tu cherches’ en partant du principe qu’on ne retient vraiment bien que lorsqu’on trouve soi-même."
john bogaerts
fondateur du cercle b19

Un business plan serré

Les frais de fonctionnement de la partie du campus dans laquelle sera logée l’école 19 sont estimés à 600.000 euros par an. L’idée des initiateurs est de réunir très rapidement une douzaine de mécènes – dont six sociétés privées – qui s’engagent durant trois ans à verser 50.000 euros à l’ASBL créée pour l’occasion et qui n’aura évidemment aucun but lucratif. "Nous réunirons ces mécènes une fois par an pour leur détailler nos résultats et nos projets. Pour l’instant, nous en avons identifié la moitié, dont la Four Wings Foundation (famille Lhoist, NDLR)", précise John Bogaerts, particulièrement enthousiaste et impatient d’ouvrir les portes du campus aux premiers étudiants. Comme source de financement récurrente, il y aura également un "fee" de 500 euros par an versé par ces derniers.

Le budget d’installation global avoisine le million d’euros et comprend les achats de matériel et les aménagements divers (électricité, réseau, sécurité, etc.). Il servira notamment, outre la mise à niveau des infrastructures existantes, à amortir sur trois ans l’achat de 156 Mac, pour les 156 postes de travail prévus. Il y aura aussi le salaire du directeur. Et le loyer: une infime partie des 400.000 euros annuels négociés avec le CPAS de la Ville de Bruxelles pour l’occupation de l’ensemble des murs du château et pour les 9 hectares de terrain le bordant. L’école 19 n’occupera bien sûr qu’une petite partie – environ 500 m2 sur les 4.000 exploitables – aux côtés, notamment, de la Bogaerts International School (cursus en anglais de la maternelle à l’université), la Brussels School familiale (école de préparation au jury d’État), l’École de Commerce Istec-ECB et, à partir des vacances de Noël prochaines, une antenne du Ceran.

Le code, à chaque usage son langage

Compte à rebours entamé

Les concepteurs du nouveau campus bruxellois ont rapidement mis les bouchées doubles avec les pilotes de l’école parisienne qui ont porté l’idée de Xavier Niel, à savoir Nicolas Sadirac, Kwame Yamgnane et Florian Bucher. Une équipe parisienne encadrera d’ailleurs la direction bruxelloise durant les six premiers mois.

À terme, l’école 19 accueillera 450 étudiants de 18 à 30 ans. Pour les sélectionner, il faudra d’abord passer un petit test de logique (en ligne). Le cursus durera entre deux et cinq ans, certains étudiants étant rapidement engagés par des sociétés. L’apprentissage, sans professeur, se fera en anglais… et sur clavier qwerty.

John-Alexander Bogaert (à gauche) and Ian Gallienne sur le site du domaine de Latour de Freins a Uccle ©Dieter Telemans

Chaque session débutera par une immersion dans ce que les concepteurs appellent la ‘piscine’. "À Paris, quand un étudiant distrait vient encore demander conseil, on lui répond ‘tu cherches’ en partant du principe qu’on ne retient vraiment bien que lorsqu’on trouve soi-même", résume John Bogaerts, convaincu par la méthode. À Uccle, la piscine accueillera à trois reprises sur trois mois – entre février et mai prochain – 150 futurs étudiants, pour atteindre un quorum de départ de 450 candidats. L’ouverture du programme est planifiée après ces trois mois d’immersion, durant lesquels les 150 premiers participants seront sélectionnés pour lancer l’aventure bruxelloise. Rapidement, ils partiront en stage en entreprise, entreprise qu’ils devront choisir eux-mêmes. "On refera une autre piscine dès l’été, pour arriver, au terme de trois ans, au quorum de 450 étudiants sur le campus", détaille-t-il.

Le "bocal"

L’autre zone stratégique de la future école, c’est le poste de pilotage, alias le "bocal", qui est la zone pédagogique où on crée, on affine, on adapte le programme au jour le jour. Comme le rappelle l’initiateur belge du projet, le codage est une langue vivante toute jeune, qui évolue au jour le jour. Et la succursale bruxelloise sera directement reliée par le cloud, comme la lyonnaise, au cerveau ou "bocal" parisien, une fois l’infrastructure finalisée. Sans être une copie conforme du modèle parisien d’ailleurs: ce sera un bras de la même tête, avec le même programme évolutif, nourri par tous les bras. Le chiffre marquera symboliquement la différence: Paris, c’est 42, Lyon 101, Bruxelles 19. Comme le B19, en référence au cercle d’affaires qui, lui aussi, essaime un peu partout en Belgique. "Xavier Niel veut garder 42 pour lui seul, pour protéger l’ADN de son bébé; et je le comprends, même si le cahier de charges de la franchise est très précis", admet le futur franchisé.

"450 étudiants sur le campus d’ici trois ans"

Un duo se cache derrière l’arrivée de Xavier Niel à Bruxelles: Ian Gallienne et John-Alexander Bogaerts. Le premier, titulaire d’un MBA de l’Insead (Fontainebleau), est depuis 2012 l’administrateur délégué du Groupe Bruxelles Lambert (GBL). Le second a lancé en 2011 le cercle d’affaires B19 et est très présent dans la presse (Zoute People Group, Pan) et l’événementiel.

Comment est né le projet?
John-Alexander Bogaerts
: Mon père est mort il y a 10 ans et il a toujours donné gratuitement des cours durant sa vie active. Mes frères ont repris ce qu’il avait lancé. J’avais en tête de faire quelque chose en sa mémoire. J’ai entendu parler de Xavier Niel et de son concept d’école de codage gratuite, différente et pourvoyeuse d’emploi.

Ian Gallienne: Je connais Xavier Niel personnellement et je l’apprécie beaucoup. J’ai visité son école avec lui. J’ai trouvé le concept formidable. Tout y est innovant: pas de cours, pas de professeurs, pas d’horaires, pas de diplôme. John ne m’avait pas parlé d’emblée de son projet, mais juste de son envie de rencontrer Xavier. J’ai donc organisé un déjeuner et une visite en me disant bien que le courant passerait entre les deux entrepreneurs.

À quel moment cela s’est-il mis en place?
I.G.
: En mars 2017. À l’époque, Xavier Niel n’avait pas encore ouvert sa franchise lyonnaise et venait de s’installer en Californie, avec ses équipes. On a observé Lyon, où la Région qui finance et chapeaute tout. John, lui, a directement opté pour une école privée. J’ai ensuite laissé travailler John et les équipes de Xavier.

Comment s’est articulé le financement?
I.G.
: Les frais de fonctionnement sont estimés à 600.000 euros par an. L’idée est de réunir une douzaine de mécènes qui s’engagent durant trois ans à verser 50.000 euros à l’ASBL que nous avons créée. Nous réunirons ces mécènes une fois par an pour leur détailler nos résultats et nos projets.

Le tour de table a été facile?
I.G.
: Les candidats ne manquent pas. On devrait avoir bouclé d’ici un mois. Pour l’instant, nous en avons identifié la moitié, dont GBL et la Four Wings Foundation (famille Lhoist, NDLR). Nous souhaitons surtout avoir autour de la table des mécènes qui adhèrent vraiment à l’esprit du projet.

Vous semblez pressés de passer à l’acte…
J.-A.B.: Nous sommes dans un momentum idéal et avons mis les bouchées doubles avec les pilotes de l’école parisienne, qui ont porté l’idée de Xavier. Les gens attendent vraiment un projet de ce genre. Alors, pourquoi tergiverser davantage?

À quoi ressemblera l’Ecole 42 version uccloise?
J.-A.B.
: Tout est différent d’une autre école, dès l’entrée dans l’établissement, de l’ascenseur aménagé en boîte de nuit aux espaces de détente en passant par les salles de travail. Et ce n’est pas que de l’emballage; c’est un réel état d’esprit, même si on est là pour bosser. Ce sont les architectes du 42 qui pilotent les aménagements bruxellois. Le lieu central sera ce qu’on appelle la "piscine", où l’on jette tous les étudiants dans l’eau et où ils doivent apprendre à nager, soit seuls, soit en s’entraidant, dans une forme de "bizutage" intellectuel. Certains n’ont d’ailleurs jamais fait de codage de leur vie, et ce n’est pas grave.

I.G.: Les concepteurs veulent également que chaque école ait un peu son indépendance, sa spécificité. Qu’elle respecte l’esprit initial mais ne soit pas une copie conforme. Par exemple, quand j’ai découvert le cadre moins urbain et contemporain du château de Latour de Freyns, j’ai cru que l’équipe de Xavier n’allait pas adhérer à cette idée. Or, tout au contraire: ils ont aimé l’idée de campus, impensable dans les locaux parisiens.

Quand ouvrez-vous?
J.-A.B.
: L’objectif, c’est février 2018. Trois piscines se succéderont jusqu’en mai, chacune avec 150 étudiants, pour en retenir 150 en tout au terme de trois mois. On refera une autre piscine dès l’été, pour arriver, au terme de trois ans, au quorum de 450 étudiants sur le campus.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content