chronique

Discours amoureux d'un entrepreneur

Ayoub Assabban

"Il y a une semaine, j’ai reçu un mail d’une personne qui m’était inconnue." Voici la chronique d'Ayoub Assabban, cofondateur de Benjago.

Il y a une semaine, j’ai reçu un mail d’une personne qui m’était inconnue. Elle m’y a fait part de sa volonté de se lancer dans un projet entrepreneurial. Mais par où commencer? Et si ce n’était pas la bonne idée? J’ai d’abord joué la modestie. Mais j’ai une sensibilité singulière pour les êtres tourmentés, et j’ai donc accepté de la rencontrer. L’entrevue a été compliquée pour l’entrepreneur que je suis, au vu de son expérience limitée dans le domaine. Impossible d’utiliser des concepts techniques. À défaut, des allégories amoureuses me sont venues à l’esprit.

Surprenant. On n'imagine pas les similitudes entre l’entrepreneuriat et l’amour – et à la facilité avec laquelle elles m’aidaient à lui transmettre des messages parfois complexes et ce, de manière claire et compréhensible. Après tout, qui n’a jamais gambadé dans le champ amoureux? Difficile d’en dire autant en matière de business. Pourtant, face à l’être aimé, nos comportements sont bien différents pour ne pas dire étranges; ils le sont tout autant lorsqu’il s’agit d’aborder un projet de start-up.

Face à l’être aimé, nos comportements sont bien différents pour ne pas dire étranges; ils le sont tout autant lorsqu’il s’agit d’aborder un projet de start-up.

J’ai débuté mon propos en lui parlant de ces personnes manquant cruellement de confiance en elles. Au point qu’elles désireront l’objet aimé sans jamais oser franchir le cap, submergées de doutes. Ensuite, j’évoque ces personnes terriblement maladroites. Leurs mésaventures font souvent l’objet de railleries, mais sans que quiconque ne sache ni comment ni pourquoi, la chance cavalcade parfois dans leurs contrées. À ce moment, j’ai aperçu sur le visage de mon interlocutrice le début d’un sourire.

J’ai donc poursuivi sans attendre, en évoquant ces "optimistes" et leurs fâcheuses tendances à s’attacher à n’importe quel signe pouvant leur suggérer un amour passionnel. Si certains leur reconnaîtront une persévérance presque sisyphéenne, d’autres les qualifieront de naïfs damnés à une obstination absurde.

Je n’oublie pas ces âmes ô combien sensibles qui s’adonnent à autant de liaisons amoureuses qu’il y a d’accointance possible. Fussent-elles taxées d’esprits fragiles, elles prétendront à un appétit sans fin. Pourquoi diable s’attacher au premier objet qui nous prend, et pour lui, renoncer au monde?

À l’inverse, il y a ces éternels insatisfaits. Le moindre défaut trouvé chez "l’autre" sera prétexte à l’inaction. Ils brandiront l’étendard des perfectionnistes, mais oserions-nous leur rappeler qu’à l’impossible nul n’est tenu?

Puis, je n’ai pas résisté à lui présenter ceux qui ne jurent que par les préliminaires. Cloîtré dans un garage, aucun projet abouti ne verra jamais le jour, se contentant ainsi à une partie de plaisir inachevée entre acolytes. Faire l’amour n’est-il déjà pas l’annonce de la fin d’un si beau moment charnel?

J’ai presque failli oublier ces mélancoliques qui ne se remettront jamais de leurs précédentes histoires. Regrettant ce qui n’est plus, ils agonisent dans une fascination douloureuse du passé. Ils s’éreinteront de leur chagrin dans l’atonie de leur jour. Enfin, aux confins de ce monde, il y a les méthodiques – à ne pas confondre avec les manipulateurs. Si tous deux ont le mérite de vouloir arriver à leurs fins, feindre la vérité est un jeu inévitablement perdant.

J’ai conclu notre échange avec des pratiques plus ou moins recommandables. C’est là qu’elle a compris, et très vite, les limites de mes conseils. Ce qui marche pour les uns peut être fatal pour d’autres. Tout comme en amour, chacun aura sa manière de vivre ses (més) aventures entrepreneuriales. Faut-il encore oser se lancer.

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