chronique

J'écris le discours de mon enterrement

Administrateur délégué de la Moutarderie Bister L'Impériale.

Quand on est plongé quotidiennement dans son travail et ses projets, il est parfois bon de prendre du recul sur ce que l'on cherche dans sa vie, et ce que l'on veut laisser après sa mort.

J’écris le discours de mon enterrement. Aucun désespoir dans cette démarche, bien au contraire! Il s’agit d’un des nombreux exercices proposés par mon coach du moment, pour faire un bilan de vie, et aiguiller mon avenir vers ce qui pourrait me manquer.

Cet exercice, je le suggère à tous les entrepreneurs. Nous sommes par nature ultra impliqués. Mais admettons qu’il me reste quelques années à vivre. Que vais-je faire?

Chaque année, je m’offre des moments de recul, un éloignement du boulot quotidien me permettant de réfléchir autrement. Cela peut être une formation à la créativité, un séminaire sur "comment vendre autrement", un gros point sur la stratégie des entreprises que je gère… En 2018, c’est un coaching individuel sous forme de réflexion sur ce que je suis, ce que j’ai fait et ce que je voudrais encore vivre et réaliser.

Pour m’obliger à sortir de mon mode de pensée habituel, mon coach m’a donc suggéré d’écrire l’oraison de mes funérailles. Challenge s’il en est. Penser à sa mort est un aiguillon intéressant: ça déclenche bien sûr des émotions, mais aussi une valse-hésitation entre les louanges que je voudrais m’adresser pour certaines réalisations et la modestie apprise par mon éducation.

Je laisse courir ma plume, je dors une nuit et puis je relis: j’ai commencé par mes défauts, en les contrebalançant par des qualités. J’ai nettement plus écrit sur ce que je suis (ou pense être) que sur ce que j’ai fait, et cela me surprend un peu.

L’exercice est passionnant car il montre ce que je crois avoir apporté aux autres, et au monde en général, l’éventuelle trace que je laisserai (ou pas), et j’y parle plus d’amour, d’amitié et de bonheur que de succès professionnels ou sociétaux. Interpellant!

Le but du jeu est évidemment de passer à la phase suivante: "Coup de bol, je ne suis pas morte hier soir! Admettons qu’il me reste quelques années à vivre. Que vais-je en faire?" Demain sera donc bien le premier jour du reste de ma vie. Comment l’orienter pour être fière de moi lors du vrai bilan final?

Actuellement, beaucoup de "canaris" témoignent des dangers que courent les humains sur leur planète. C’est au tour de chacun de faire sa "part du colibri".

C’est un exercice que je suggère à tout entrepreneur. Nous sommes par nature ultra impliqués dans nos aventures professionnelles, souvent très proches affectivement des sociétés que nous avons créées ou reprises. Le boulot, c’est une énorme partie de la vie de chaque chef d’entreprise et tous les moyens positifs de prendre du recul sont bienvenus.

Une autre formule m’attend dans les prochains jours: il s’agit d’une lettre ouverte à mes arrière-petits-enfants. Dans un langage très simple, adapté à des enfants, je vais tenter d’expliquer ce que je fais pour eux aujourd’hui. J’avoue que je cale un peu sur cet exercice, à l’heure où les médias nous assomment chaque jour de culpabilité et/ou responsabilité dans le changement climatique, la mauvaise gestion des déchets, les effets nocifs de la consommation de viande, voire les erreurs commises en agriculture.

Je me sens mal à l’aise face à cette situation, mais bien peu de chose face à cette catastrophe potentielle. (Je déteste qu’on me reproche implicitement des problèmes dont je ne suis pas directement responsable.) Par contre, je me sens bien dans l’action positive, comme de nombreux entrepreneurs. Donc, je pourrais agir, du moins à mon petit niveau, pour faire évoluer positivement le monde autour de moi.

Le temps est venu de transformer les canaris en colibris. Dans les mines de charbon, les canaris servaient à prévenir les mineurs d’un début d’intoxication aux gaz dangereux. Actuellement, beaucoup de "canaris" témoignent des dangers que courent les humains sur leur planète. C’est au tour de chacun de faire sa "part du colibri". Vous vous souvenez de ce petit colibri qui, face au gigantesque incendie ravageant sa forêt, va courageusement chercher de l’eau dans son bec à la rivière et revient la jeter sur les flammes. Les autres animaux se moquent de lui, mais il répond que lui, en tous cas, aura fait sa part du travail pour arrêter ce désastre. J’ai encore envie de rendre le monde plus beau autour de moi. Et vous?

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