chronique

Le blues du Businessman

Fabienne Bister

"J’aurais voulu être un.e artiste…" Ou pas, mais entreprendre comporte toujours une partie de show. Pour convaincre les actionnaires, banquiers, clients et collaborateurs qu’on a un super projet, qu’on va y arriver. La chronique de Fabienne Bister, directrice de la moutarderie Bister L'Impériale.

"T’as du succès dans tes affaires", et tu dois donner cette image en permanence, pour assurer et rassurer. "T’as ton bureau en haut d’une tour" ou au rez-de-chaussée dans un zoning industriel, mais y entrer reste un instant privilégié pour certains, même si tu es un.e boss sympa. Tu es donc quand même toujours seul.e, très seul.e à certains moments. "Tu vois la ville à l’envers" et c’est un bien car le cerveau du chef d’entreprise DOIT être un peu bizarre, penser autrement pour faire la différence, aujourd’hui et demain.

"Tu contrôles ton univers": hélas non! Sinon, aucun client ne te quitterait. Sinon,  ton carnet de commandes se remplirait tout seul. Sinon, tes comptes en banque ne connaîtraient jamais de niveau bas. Et tu ne frôlerais à aucun moment le gouffre du burn-out. Commandes, trésorerie et surmenage sont les trois plus grands maux parmi les mille et une sources de stress de l’entrepreneur.

Souvent emplie de vrais moments de bonheur, ta vie n’a rien d’un long fleuve tranquille, et le surmenage te guette au moins autant que tes collaborateurs. Le poids du monde pèse parfois sur les épaules d’Atlas: or, c’est bien connu, le patron de PME n’a pas le temps d’être malade.

Ce n’est pas facile car un patron qui ne va pas bien inquiète illico tout le monde, collaborateurs et banquiers en premier. Pourtant, tous les entrepreneurs sans exception ont leurs coups de blues.

Sorte de croisement entre un Marsupilami toujours bondissant et un lapin à piles éternellement rechargeables, "T’es (parfois) pas heureux mais t’en as l’air" car tu DOIS bien aller, tout gérer, y compris ta santé. Sans t’absenter. Ou alors juste le minimum syndical laissé au patron qui a trop le nez dans le guidon. Juste de quoi rebondir à nouveau. Hop hop hop, remonte sur le pont!

Alors parfois, souvent ou rarement, tu as le blues du businessman. Ou de la businesswoman. Tu rêves de tout envoyer au diable, ou à tes concurrents. De te rouler en boule dans un coin de ton canapé sans plus parler à personne, ni répondre au téléphone. D’oublier le mot de passe de ta messagerie professionnelle. De dormir une semaine d’affilée, 20 heures sur 24 comme un chat.

ça nous arrive à tous. Il faut te donner le temps de t’isoler. Surtout si tu ne l’as vraiment pas, ce temps. Ce n’est pas facile car un patron qui ne va pas bien inquiète illico tout le monde, collaborateurs et banquiers en premier! Pourtant, tous les entrepreneurs sans exception ont leurs coups de blues, leurs moments de déprime ou carrément de dépression. C’est humain. Car la charge mentale est énorme, et s’accumule en strates au fil des ans.

La santé du boss est souvent liée à celle de son entreprise. C’est une difficulté supplémentaire pour prendre du recul quand (on pense que) ça va mal. Dégager le temps de "faire le chat" quand le bateau souffre dans la tempête est un défi, encore un. Mais veiller sur toi-même, sur ton équilibre physique, nerveux et mental, est indispensable à une saine gestion. Après ce break salutaire, tu pourras faire mentir la chanson.

Car t’auras retrouvé le sens de l’humour et le sens des affaires. T’auras réussi et t’en seras fier. Tu feras à nouveau ce que t’aurais voulu faire. Tu redeviendras un artiste pour pouvoir faire ton numéro. Tu pourras crier qui tu es, réinventer ta vie, tous les jours changer de peau… Et pouvoir dire pourquoi t’existes.

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