chronique

Le CDI n'aurait-il plus la cote?

La chronique de Fabienne Bister, administrateur délégué de la moutarderie Bister L'Impériale.

Le marché de l’emploi devient-il fou? Voici mes interrogations au terme de trois expériences perturbantes, vécues ces derniers mois. Certaines sociétés d’intérim envoient volontairement du "mauvais" personnel dans les entreprises qui recrutent. Les jeunes refusent de plus en plus souvent les CDI, voire les CDD: étrange phénomène qui m’interpelle. Une grande partie des gens convoqués pour une sélection, après envoi de leur CV, ne se présentent tout simplement pas, ou ne répondent même pas au mail de l’employeur chez qui ils ont postulé!

Commençons par l’intérim: expérience vécue dans mon usine française, mais qui pourrait bien arriver en Belgique rapidement. Une responsable d’agence nous explique qu’elle choisit les moins bons éléments dont elle dispose pour nous les envoyer car… nous recrutons! Donc, si nous formons, puis embauchons une de ses excellentes recrues, elle la perd et ne peut plus l’envoyer en intérim dans d’autres sociétés. Notre volonté de créer de l’emploi nous prive donc des meilleurs intérimaires!

Autre aspect pernicieux de l’intérim en France: vu que tous les avantages sont intégrés dans le salaire horaire (congés payés, prime de fin d’année, etc.), de nombreux jeunes refusent des contrats de travail (CDD ou CDI) car ils ne voient que le court terme et leur salaire net en fin de semaine. Il est un peu plus élevé que celui d’un contrat fixe, qui amènera lesdits avantages plus tard, avec une forme de sécurité d’emploi. L’intérim est préféré aux contrats d’emploi par les travailleurs!

Mieux encore: je viens de vivre une expérience de recrutement dérangeante en Belgique! En réponse à des annonces expliquant que nous recrutons une assistante de direction capable de traiter des appels téléphoniques en anglais et néerlandais, nous recevons près de cent curriculum vitae: cela semble prometteur.

Ca l’est déjà moins quand on trie lesdits CV: quel intérêt de postuler pour un tel emploi si on est pilote d’hélicoptère? Pourquoi répondre en précisant qu’on ne connaît ni l’anglais, ni le néerlandais si c’est une condition de l’offre? Pire, prétendre qu’on s’en sort dans ces langues alors que c’est manifestement faux dès le premier mini-test?

Bref, nous sélectionnons les 13 CV qui semblent adéquats et notre consultant propose à ces candidates (les CV masculins ne tenaient pas la route) de participer à une matinée de sélection en nos locaux. Six ne répondent pas à son mail: il doit les contacter par téléphone. Sept acceptent, dont deux se débinent la veille par mail, et une ne se présente tout simplement pas. Nous voici avec quatre candidates qui ont déjà toutes un job. On se rend compte qu’elles "testent" une envie d’ailleurs, une lassitude par rapport à leur emploi actuel, mais ne sont pas vraiment prêtes à changer, ou n’ont pas les compétences annoncées en langues.

Nous voici obligés de faire paraître à nouveau l’annonce et d’organiser un deuxième samedi de sélection, où sept personnes se présenteront sur les huit qui s’étaient engagées à venir. La huitième ne s’excuse pas, ni par mail, ni par téléphone.

J’avoue être perplexe face à ces comportements: pourquoi postuler et ne pas venir à l’entretien d’embauche? Juste pour justifier vis-à-vis de l’Onem qu’on fait semblant de chercher un boulot mais qu’en réalité, on veut rester au chômage? Comment peut-on être assez peu professionnel pour ne pas se présenter au rendez-vous, sans même s’excuser? Surtout en sachant que le consultant recrute pour de nombreuses autres sociétés, et qu’il gardera cela dans ses fichiers sur les candidats.

Ces trois phénomènes vécus sur le marché de l’emploi m’interpellent vraiment.

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