chronique

Le nécessaire goût du changement

CEO Moutarderie Bister L’Impériale

Chronique de Fabienne Bister, CEO Moutarderie Bister L'Impériale.

Incertitude: tel semble être le mot-clé du moment dans les milieux économiques et financiers. Une incertitude face aux nombreux changements rapides en cours, qui peut générer la peur, cette mauvaise conseillère.

Que faire face à ces nouvelles données non maîtrisées comme le Brexit, l’évolution climatique rapide, le peu d’effet des taux bas sur une croissance économique qui semblait la norme, les scandales divers de type Nethys, ou encore cette avalanche de burn-out qui touche notamment les passionnés d’excellence?

Quel rapport entre le Brexit et le burn-out? La peur du changement dans une situation qui ne convient plus. Depuis de nombreuses années, la Grande-Bretagne n’adhère à l’Europe que du bout des ongles, en exigeant sans cesse des exceptions pour elle: c’est un signe évident du malaise qui sévit des deux côtés de la Manche. La seule réaction forte a été de demander aux Britanniques s’ils voulaient revenir à la situation ex ante, qui s’avère en fait encore plus inquiétante. Tout au long de ce processus, c’est la peur du changement qui a régné en maître dans les deux camps, et généré des blocages alors que chacun pensait bien faire. C’est le même processus dans le burn-out où une personne perfectionniste et attachée à son entreprise donne le maximum sans que cela produise les effets voulus.

Le temps est venu pour une large remise en question des "on a toujours fait comme cela (et ça fonctionnait)". Pourquoi cela ne va-t-il plus? Pourquoi le questionnement au sujet de systèmes devenus obsolètes impacte-t-il négativement des individus alors qu’il est une opportunité fabuleuse de mise à niveau, d’un updating accompagné d’un upgrading des dons, compétences et réalisations de chacun?

Face à tout changement, mêlé d’incertitude, il y a deux réactions possibles: une négative, la peur liée à la résistance face à la perte d’équilibre qu’implique toute transformation, ou une positive, le goût de retrouver une vision, une cause, un nouvel objectif enthousiasmant. Ce choix en faveur du négatif ou du positif est vrai au niveau personnel, mais aussi au sein d’un groupe, d’une entreprise ou institution, voire d’une société tout entière: nombre de partis politiques construisent leur programme sur un méli-mélo d’études marketing à propos des attentes supposées des citoyens au lieu de proposer un but, une évolution positive et fédératrice qui rassembleraient les électeurs autour de l’espoir d’un monde meilleur.

Alors on change? Tout changement induit une appréhension: on va perdre le monde connu au profit d’un univers inconnu sans repères, dont on n’a qu’une image imprécise et floue. Il faut faire le deuil du temps d’avant, tout en doutant de la réussite du plan de demain. La recherche des résistances permettra de réagir de façon appropriée à la perte d’équilibre induite par ce changement, pour y apporter la ou les bonnes réponses.

Cela implique de créer de la confiance à deux niveaux. Confiance en la "machine", le système, l’équipe, le projet fort qui va permettre ce passage vers un changement réussi. Et confiance en chaque individu, en sa capacité à s’adapter et à retrouver un autre équilibre face aux nouveaux défis qui l’attendent, même s’ils sont enthousiasmants.

J’adore la nouvelle chaîne de télévision britannique "garantie sans Brexit": voilà l’exemple type de l’opportunité qui n’aurait pas pu exister sans ce changement!

Reprenons l’exemple du Brexit: un changement était nécessaire et chacun le ressentait à travers un malaise diffus au niveau des décisions européennes. Pour l’ensemble du système, c’est positif qu’il se passe "quelque chose", même si on ne sait trop quoi. Chaque individu connaît mal ce qui pourrait arriver, et lit donc une presse qui se complaît souvent dans le "Good news is no news", nous alertant majoritairement sur les dangers. Mais il existe un tas d’opportunités: pour les entreprises du continent qui subissent la concurrence de produits britanniques, pour les agences en douane, transitaires et autres activités de stockage près des ports, pour l’horeca à la gare du Midi où les temps d’attente vont s’allonger, pour l’immobilier à Bruxelles, Luxembourg, Francfort ou Paris qui va accueillir des sociétés devant rester européennes. J’adore la nouvelle chaîne de télévision britannique "garantie sans Brexit": voilà l’exemple type de l’opportunité qui n’aurait pas pu exister sans ce changement! Avec une touche d’humour british en prime.

Lors d’un récent débat à l’UWE (Union Wallonne des Entreprises), les cinq chefs d’entreprises qui ont parlé des secrets de leur réussite les ont résumés par les mots suivants: entourez-vous; osez; voyagez; rêvez; soyez ouvert. Voilà des notions très éloignées de l’immobilisme!

Les clés du succès lors d’un changement sont d’être "pour" et pas "contre", d’avoir une vision optimiste du nouveau but à atteindre et d’insuffler l’espoir, cette valeur universelle qui dit que demain peut être meilleur qu’aujourd’hui.

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