chronique

Ralentir, est-ce un peu mourir?

ex-CEO Moutarderie Bister L’Impériale

Au lieu de travailler vite et de courir en tous sens, tentons de faire mieux et nous verrons que lenteur rime souvent avec performance.

Mais qu’est-ce qui nous fait tant courir? D’où nous vient cette idée que nous devons toujours aller plus vite, plus haut, à flux tendu, en subissant l’urgence jusqu’à l’obsession? Depuis la fin du confinement, qui avait mis une partie du monde en mode "pause", nous sommes nombreux à avoir mal vécu le retour à la vitesse, à la pollution, au bruit, à la concurrence hargneuse et à la course effrénée. Une course? Après quoi?

Qu’est-ce qui nous fait peur dans la lenteur? Pourrait-elle s’avérer une voie meilleure que la vitesse, y compris dans la gestion? Examinons cela sans précipitation!

Au lieu de travailler vite et de courir en tous sens, tentons de faire mieux et nous verrons que lenteur rime souvent avec performance. Le télétravail a permis, dans certaines conditions, de fournir d’incroyables prestations. Les visioconférences, en nous épargnant les kilomètres de transport, voire d’embouteillages, ont préservé notre énergie inutilement gaspillée dans les déplacements. Quelle ponctualité lors de ces réunions, où chacun devait attendre son tour pour parler, ce qui rendait la formule aussi agréable qu’efficace.

Le confinement nous a mis face à nous-mêmes à certains moments, au ralenti, à la recherche de sens à donner à notre vie professionnelle ou personnelle. Cette déconnexion, tout comme celle qui consiste à couper les portables et les mails à 18 h (si, si, c’est possible!), a libéré notre créativité. Dans l’entreprise aussi, les coupures, ces fameuses mises au vert, sont synonymes de récupération des forces, de libération du cerveau droit plus créatif et intuitif. Un beau moment lent de réflexion pour une meilleure progression du business.

Une douce croissance renforce souvent la résistance, bien plus sûrement qu’une succession de gros investissements risqués.

Ralentir, c’est renforcer son immunité, son bien-être, sa résistance au stress. Il en va de même pour l’entreprise: un développement raisonnable peut être plus amplement autofinancé, réduisant la dépendance vis-à-vis du monde bancaire. Une douce croissance renforce souvent la résistance, bien plus sûrement qu’une succession de gros investissements risqués.

Et si on cessait de perdre notre vie à la gagner?

Dans cette crise, la bonne gestion a été récompensée: les sociétés au bilan équilibré, dotées de fonds propres solides, ont été bien aidées par leurs banquiers. Celles qui étaient lancées dans une folle fuite en avant ont montré plus de fragilités face à ce choc inattendu, ce cygne noir qui frappe à l’improviste. Sur le plan privé, un bas de laine, même modeste (certains recommandent 3 mois de salaire net), a permis de traverser ces moments d’incertitudes plus paisiblement qu’un train de vie où les dépenses sont régulièrement incontrôlées.

Les médias nous pressent de "relancer" l’économie, de consommer à fond pour sauver des emplois? Et si on cessait de perdre notre vie à la gagner, juste pour acheter des biens de consommation inutiles, à bas prix, venant de loin? En échange, on pourrait payer le juste prix pour ce qui nous convient vraiment, permettant à des circuits plus proches de produire à des coûts raisonnables, sans détruire trop vite les ressources renouvelables de la planète. Payer un peu plus cher pour permettre un juste salaire, c’est amplement justifié et peut-être suffisant pour relancer l’économie.

Ralentir permet de réfléchir, de freiner notre pédalage éperdu du hamster dans sa roue, sans pour autant en tomber. Ralentir, c’est chercher le sens de la vie, c’est lutter contre la boulimie de travail, guérir de ses peurs cachées, accepter de ne pas tout maîtriser ou de ne pas être en tête de la course. Ralentir, ce n’est pas mourir, même un peu. C’est au contraire vivre pleinement chaque moment. Et si nous prenions le temps de ralentir, de savourer la vie, y compris au travail?

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