chronique

"Bienvenue en France"

Journaliste

J’espère que vous ne venez pas de manger copieusement car je vais vous servir un sujet tarte à la crème: la cérémonie d’ouverture.

L’inénarrable, l’incomparable, l’irrécupérable cérémonie qu’on nous colle sur le râble à chaque fois. Et à chaque fois, on veut nous faire croire que c’est une grande fête, un rassemblement, un hymne à toutes les joies qui vont suivre. Tsss tsss tsss, faut pas nous prendre pour des Ribéry, la cérémonie d’ouverture a la même vocation que l’Eurovision: catalyser les persiflages des langues de vipères qu’on adore être pour mieux les canaliser.

La cérémonie d’ouverture est un punching-ball et pendant qu’on tape dessus, on ne tape pas sur l’organisation, le prix du billet (tiens, ça me rappelle que je n’en ai pas), le nom de la mascotte. Vu le contexte de grèves, d’inondations, d’enjeux sécuritaires, la France a pris soin d’offrir deux punching-cérémonies. Sage, très sage précaution de l’Hexagone où le sport national n’est pas le football mais le déblatérage (néologisme qui sera introduit dans la prochaine édition du Petit Ribéry).

Faut pas nous prendre pour des Ribéry.

Il y a donc eu deux cérémonies d’ouverture, celle pour les prolos jeudi, celle pour les aristos vendredi. Jeudi, c’était marée humaine au pied de la Tour Eiffel, concert gratuit du DJ David Guetta, brochette de vieilles et jeunes gloires de la chanson, quasi toutes dézinguées en temps réel par la Twittosphère. Vendredi, le public était bien rangé sur ses sièges, son billet d’entrée en poche (tiens, ça me rappelle que je n’en ai pas), dans un Stade de France transformé en jardin à la française, avec danseuses de french cancan, Maîtrise de Radio France, Garde républicaine et Patrouille de France pour "une fête qui se veut fun" sans "tomber dans le cliché", dixit le chef fêtes de l’Euro 2016.

C’est c’la, oui, répondrait une ordure (de père Noël, en 1982 soit un petit peu après l’ère du french cancan). Le french cancan, mais où sont-ils allés pêcher ça? C’est quand même des filles qui soulèvent leur jupe pour célébrer des gars qui nous gratifient, avec la régularité d’élèves appliqués, d’affaires de sextape et autres Zahia…

J’étais déjà bien incrédule, mais j’ai failli m’étouffer avec ma boulette sauce archiduc quand j’ai lu le thème de la fête fun: "Bienvenue en France". Ils n’ont peur de rien les chefs fiesta, dites. Bienvenue à vous, le 1,5 million de touristes étrangers attendus avec toute votre monnaie dans vos poches et votre joyeuse ivresse pour vous en délester, bienvenue en France, ce pays qui polémique sur les origines – pas assez gauloises – de ses Bleus, et qui se distingue dans son accueil, disons, euh, spartiate des réfugiés.

Oui, oui, je sais, ce "bienvenue" fait référence aux attentats, il veut dire "venez, venez, n’ayez pas peur, on est un beau pays plein de traditions, avec un biceps GIGN et un biceps RAID pour envoyer valser les méchants, venez, venez, n’ayez pas peur, nous on n’a pas peur, on l’a maintenu notre Euro de foot parce que sur notre fronton il y a écrit Liberté (et deux autres mots, mais de là où on est, on n’arrive pas bien à les lire).

Bon, je ne vais pas m’attarder sur le sujet car on n’est pas là pour refaire le monde, juste pour refaire les matchs. Tiens, ça me rappelle que je n’ai pas de billet pour voir jouer les Diables. Je n’ai jamais vu un match de foot en vrai, même pas amateur. Quand j’ai dit ça à Rédac’ chef, j’ai vu un éclair de sidération dans son regard: même lui n’imaginait pas avoir sélectionné pareille ignare.

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