chronique

Hazard et De Bruyne en blocus express. L'examen, c'est samedi

Journaliste

Le "hors-jeu" de Cécile Berthaud.

Ça fait deux jours maintenant que les Diables ont encaissé deux buts. Ont-ils encaissé leur défaite? Leur moral est-il toujours dans les chaussettes? Il est remonté dans le short, dans le maillot, dans le poing levé? Carotte, bâton, quelle tactique a donc choisi leur entraîneur pour les galvaniser? On ne sait rien. Les supporters sont les moins bien informés et c’est scandaleux, parce que le crowdfunding qui finance le match, c’est eux! Ils versent une somme sur la plateforme de l’UEFA ou de la Fédé et en échange, ils reçoivent un bout de gradin, un maillot ou une écharpe, mais des infos (on a dit des infos, pas des ragots) sur la santé du projet, pour ça, ils peuvent aller se brosser. Bon, le financement du football est un crampounet plus complexe, mais soit, la mauvaise foi n’a jamais tué personne, et encore moins un supporter.

Supporters, oui, protozoaires, non.

Cela dit, il ne faut pas être grand clerc pour imaginer ce qu’il est advenu des Diables. Remise de bulletin, remontage de bretelles et formations accélérées. Ils sont allés revoir leur copie. Et, en cette période d’examens et de Bac, ils ne font que rejoindre les rangs de la jeunesse besogneuse. En fait, vu leur âge, rien de plus normal. Ils ont d’abord eu le droit d’aller gambader sur le terrain mercredi pour se dégourdir les jambes. Sauf Kevin De Bruyne et Eden Hazard. Étrange? Non. On veut nous faire croire à des problèmes musculaires. Tttt ttt ttt, supporters, oui, protozoaires, non. Kevin et Eden, les deux piliers de l’équipe, ont eu des cours particuliers. Kevin qui n’avait "pas l’air heureux" (dixit les experts) a suivi un séminaire express de développement personnel: épanouissement, faire du négatif du positif, donner et savoir recevoir, sérénité. En trente minutes, il était updaté, comme on dit en bon français. Eden a eu, lui aussi, une demi-heure pour aller relire ses petites fiches de son MBA en leadership: engagement, incitation, exemplarité, gestion du changement, il s’est tout bien remis en tête. À vingt pompes la mauvaise réponse en chantant la Brabançonne, le précepteur n’était pas tendre.

Après le déjeuner, ils étaient réunis en classe entière pour un rattrapage collectif des modules "travail d’équipe" et "économie circulaire". Le premier module est sous-titré "Aucun de nous ne sait ce que nous savons tous ensemble". C’est une citation d’Euripide. C’est une façon compliquée de leur dire qu’il ne faut pas jouer perso. Le talent individuel, c’est indispensable. Mais si t’as pas dix gars autour de toi, vous faites pas grand-chose, ton talent et toi, sur le terrain. Le module d’économie circulaire est sous-titré "Passe, passe, passe, bon sang!". Car un système pérenne fait circuler la richesse de main en main – enfin, de pied en pied, en l’occurrence. Même les déchets sont récupérés et transformés en richesse. Faire tourner, passer, partager, c’est le but.

La difficulté, c’est d’articuler les deux modules. Car nos Diables sont une équipe de très, très riches en talent. C’est comme ces 1% qui détiennent quasi 50% de la richesse mondiale. Il faut apprendre à nos Diables, comme aux multimilliardaires, à redistribuer. Et ça, c’est pas gagné.

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