"Si vous aviez vu mon projet il y a 30 ans!"

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C’est important d’avoir un écosystème entrepreneurial pour aider les jeunes entrepreneurs à y croire et à réussir. Telle est la devise développée dans cette chronique par Pierre de Muelenaere, fondateur et ancien président d'IRIS.

Je donne régulièrement des conférences sur l’entreprenariat, basées sur mon livre The IRIS Book. Quand j’en viens à retracer l’histoire d’IRIS, société que j’ai créée en 1987 et dirigée pendant 33 ans, je prends souvent mon temps pour commenter le slide qui illustre l’évolution du chiffre d’affaires. C’est un moment où je m’amuse à observer les réactions des personnes dans le public.

Que montre-t-il? Eh bien, que lors de sa première année d’existence officielle comme société (c’est-à-dire après déjà plusieurs années de préparation du projet), IRIS a réalisé un chiffre d’affaires de 50.000 euros! Et il montre que, pendant les années suivantes, nos revenus ne représentaient pas grand-chose en regard de l’investissement initial d’1,5 million euros. Avec une équipe initiale de 10 chercheurs, les fondateurs et investisseurs avaient certainement pris ensemble un fameux risque!

Les réactions dans l’auditoire à ce moment? Eh bien, pour certaines personnes qui connaissent et suivent le parcours d’IRIS depuis de nombreuses années, c’est le choc de découvrir que cette société qui compte aujourd’hui 600 collaborateurs, avec un chiffre d’affaires de plus de 100 millions d’euros et une solide rentabilité a un jour été un "petit machin vraiment très risqué".

D’autres, qui ont leur propre expérience des start-ups en tant qu’entrepreneur ou manager, sont parfois encore plus surpris. Sur la base de leur expérience, ils ne peuvent pas s’empêcher de penser qu’ils auraient fait beaucoup mieux à ma place. (Ce n’est d’ailleurs peut-être pas faux.)

Enfin, les investisseurs sont généralement très perturbés et ont toutes les peines du monde à comprendre comment une société de grand renom comme Ackermans & van Haaren a pu "s’amuser" à investir dans un projet comme IRIS. Dans leurs yeux, je peux lire que je ne les aurais pas convaincus. Que dire alors si j’ajoute qu’IRIS, qui avait pour objectif de développer des solutions de numérisation de documents papier, s’est lancée en plein "hype" (terme anglais utilisé pour désigner un pilonnage médiatique) du "bureau sans papier"?

À l’époque, il y avait même en Belgique une start-up bien connue, créée par les frères Daniel et Roland Borrey, qui développait une telle solution. Oui, la Belgique était à la pointe et, grâce à Correlative Systems, bientôt, il n’y aurait plus, selon eux, dans nos bureaux, de documents papier.

Plus rien à numériser (pas une feuille), plus besoin de faire de l’OCR (Optical Character Recognition, la technologie de base développée par IRIS). "Monsieur De Muelenaere, vous êtes bien gentil, mais un peu jeune. Vous ne vous rendez pas compte, mais vous venez beaucoup trop tard avec votre idée."

À ceux qui me disent souvent qu’aujourd’hui, il y a quand même peu de projets comme IRIS, je voudrais simplement répondre: "Si vous aviez vu mon projet il y a 30 ans!"

Et pourtant, l’équipe y a cru. Contre vents et marées et dans un contexte où pas grand monde en Belgique ne croyait à ce projet. Et cela a marché!

Quel est le lien entre cette histoire et le dossier Silicon Belgium que l’Echo clôture ce week-end? Eh bien, c’est qu’il faut parfois y croire, même quand il n’y a aucune raison d’y croire! Et que c’est important d’avoir un écosystème entrepreneurial pour aider les jeunes entrepreneurs à y croire et à réussir. La Belgique a besoin d’entrepreneurs capables de rêver le futur.

À ceux qui me disent souvent "qu’aujourd’hui, il y a quand même peu de projets comme IRIS", je voudrais simplement répondre: "Si vous aviez vu mon projet il y a 30 ans!"

Par Pierre de Muelenaere, Past-President & CEO, IRIS Group. www.iris-book.com


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