chronique

Evidemment, si maintenant il faut faire ce que l'on dit…

Benoît Mathieu

La chronique de Benoît Mathieu.

Le processus décisionnel en Belgique est absolument fascinant à observer. Enfin, pas tant la façon dont la décision est prise, mais plutôt l’art "circonvulatoire" qui s’ensuit et consiste bien souvent à tout faire pour ne guère appliquer ladite décision, ou mal, ou le plus tard possible en traînant les pieds tant que faire se peut. De la procrastination, en pire et en plus vicieux.

Prenez la loi du 22 mai 2014. Que dit-elle? Elle confie au Bureau du plan la délicate mission de coller des chiffres sur les programmes brandis par les partis politiques à l’approche de la grande braderie des idées que sont les élections. Combien cela va-t-il coûter? Rapporter? Quel impact sur l’économie, l’emploi, voire le financement de la Sécu?

Une joyeuse idée. Qui empêchera que certains ne racontent n’importe quoi. Soit parce que le Plan mettra en évidence que cela ne tient pas la route, soit parce que les partis se montreront plus minutieux à l’heure d’élaborer leurs plans de bataille.

Cela n’a l’air de rien, mais c’est crucial. Parce que le n’importe quoi a le vent en poupe. Mieux que ça, il bondit et virevolte d’aise. On l’a vu l’an passé aux Etats-Unis ou dans le débat autour du Brexit: parfois, et de plus en plus souvent, c’est celui qui lâche la plus invraisemblable énormité qui l’emporte. La tendance est lourde, désolante et inquiétante. Bref, vous l’aurez compris, l’idée d’objectiver les programmes est bonne.

Le hic, c’est que la loi a été torchée dans une certaine précipitation. Et ne trace que les grandes lignes. Faut-il limiter la liste des priorités devant être étudiées par le Plan? Ouvrir le jeu à toutes les formations politiques, ou bien uniquement à celles disposant d’un élu dans un Parlement – et lequel, de Parlement? Le débat est ouvert depuis plus d’un an et a plutôt tendance à tourner en rond. À vrai dire, on sent bien que les partis, chargés de trancher via un groupe de travail à la Chambre, ne sont pas plus chauds que cela. Parce qu’il va falloir financer le tout, sur leurs deniers sans doute. Que si on limite l’exercice aux principaux partis, rien n’empêchera les plus petits de se montrer un tantinet loufoques. Qu’ils vont devoir eux-mêmes revoir leur façon de pondre leur programme, et s’y mettre plus tôt. Puis rendre des comptes et se justifier. Bref, cela coince.

Et le Plan a tiré l’alarme. Soit on réduit la portée de la loi, soit il doit engager une petite armée et il faut hausser sa dotation de 50%. À ce rythme-là, rien ne sera prêt pour 2019 et ce sera une belle occasion de manquée. Ce n’est pourtant pas le temps qui manquait pour mettre cela en œuvre. Juste la bonne volonté.

Oh, notez que la Belgique a déjà fait nettement pire, au rayon application boiteuse. En 2003, notre pays votait sa première loi de sortie du nucléaire. Presque quinze ans plus tard, on ne sait toujours pas comment faire.

On souhaite patience et résilience au commissaire au Plan. Il lui faudra bien ça.

N’allez pas croire non plus qu’il n’y a que dans le secteur public que les idées mettent des millénaires à percoler. On a quelques jolis exemples dans le privé également. Au hasard, KBC. Qui a annoncé une petite révolution en ce jeudi 9 novembre. Ayant "pleinement pris conscience" des risques liés au changement climatique, à la pollution et l’exploitation des matières premières, la banque flamande a décidé d’écarter les combustibles fossiles de son offre d’investissements durables. Autrement dit, cela signifie que jusqu’au crépuscule de l’an de grâce 2017, KBC considérait charbon, pétrole et gaz comme "durables". Tchu, à ce rythme-là, c’est pas gagné, pour le climat. Et, au passage, on demanderait bien à voir la liste des secteurs "durables", made in KBC. Parce que là, on a comme un doute.

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