chronique

On espère que cette année, le MR se fera des copains

Benoît Mathieu

C'est le blues de la rentrée pour le MR. Après quatre ans de suédoise, les libéraux se sentent houspillés par leurs camarades francophones. Peut-être trouveront-ils un peu de réconfort auprès du cdH?

C’est vrai. A la base, cette semaine, on avait prévu de vous parler de Theo Francken. Et de sa masculinité si fragile qu’il suffit, pour l’ébranler, d’un petit bout de tissu, de l’évocation de l’existence de lingerie masculine. Le monde ne tourne-t-il plus rond?, se demandait le week-end dernier notre secrétaire d’Etat, qui avait sans doute bouclé son sac à dos de bonhomme afin de partir au fond des bois dévorer des steaks crus, la peau enduite de saindoux.

C’est amusant. Nous, c’est en suivant la communication de Theo Francken qu’on s’est déjà demandé où allait le monde. Mais bon, tel n’est pas le sujet du jour. On ne peut se consacrer toutes les semaines à Theo Francken – vous allez finir par croire que l’on a développé une fixette.

Alors on va causer du MR.

Si les urnes et la tectonique électorale belge débouchent sur une prolongation de la coalition suédoise, on espère que le MR réussira à entraîner un partenaire francophone avec lui.

Il ne s’agit plus ici de messages subliminaux, mais d’enseignes lumineuses géantes: en 2019, les libéraux ne s’en cachent guère, ils souhaitent reconduire les majorités actuelles. Le cdH en Wallonie, la N-VA au fédéral. Une forme d’évidence: qui s’en irait clamer son malheur en ménage, au sein de coalitions portées et revendiquées, à deux pas des élections? L’argumentation libérale est limpide: jamais programme réformateur n’a pu à ce point être mis en œuvre. Le MR nage donc dans le bonheur.

On s’en voudrait de douter de la félicité programmatique du parti. Seulement, on sait également que ce n’est pas le seul sentiment qui le traverse. "On est comme assiégés", nous a déjà confié une personnalité libérale. Seuls contre tous, côté francophone. Houspillés de toutes parts. Faisant front contre les fourbes assauts de la bien-pensance gauchisante.

Une mentalité d’assiégé qui a poussé le MR à débusquer dans toute critique la patte de cet ennemi malfaisant, pour mieux la balayer, sitôt délégitimée. En n’hésitant pas à s’en prendre à des économistes, des universitaires ou des journalistes, pas assez compétents ou objectifs pour comprendre et décoder l’activité gouvernementale.

C’est pourquoi on formule ce souhait. Foncièrement sincère. Si les urnes et la tectonique électorale belge débouchent sur une prolongation de la coalition suédoise, on espère que le MR réussira à entraîner un partenaire francophone avec lui, afin de briser cet isolement qui lui est néfaste. On pense au cdH, évidemment, a priori le seul compatible; sans doute vaut-il mieux que le MR n’aille pas trifouiller à sa droite, pour y trouver un PP déjà paranoïaque et complotiste. MR et cdH: ces deux-là ne filent-ils pas de délicieuses amours wallonnes?

Qu’importe, à vrai dire, si les humanistes ont déjà grommelé qu’on ne les y prendrait jamais, eux, à froucheler avec les nationalistes flamands. Une parole comme celle-là se reprend aisément. Qu’ils demandent à Charles Michel, tiens.

Et puis, ce ne serait pas là le premier renoncement de la bande à Benoît Lutgen. Prenez le Ceta. D’imbuvable, cet accord commercial n’a-t-il pas connu une sorte de transmutation spontanée, devenant subitement miraculeux pour le commerce wallon, et ce juste afin de ne pas causer de trop dérangeantes aigreurs d’estomac à l’attelage Borsus, premier du nom?

Tout cela pour dire que cela ferait un bien fou au MR de s’aérer un brin les écoutilles. De faire entrer un peu d’air frais, afin de dissiper l’atmosphère un tantinet viciée résultant de cette plongée en solitaire – imaginez ce fumet de fennec avarié se dégageant d’un sous-marin bondé remontant de mission au long cours. Le cdH, plus efficace qu’un coup de Febreze.

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