chronique

Allô Charles? Ici Elio!

Benoît Mathieu

Mais au fond, tous ces gens au chevet d’un coquelicot wallon déjà fané, n’est-ce pas une forme d’acharnement botanique?

On l’a déjà dit et réécrit. En soi, le concept d’un gouvernement minoritaire n’a rien d’incongru – sauf à aller expliquer à la tripotée de pays européens qui le manient qu’ils n’ont rien compris à la démocratie. Notamment parce que pareil exécutif est tenu de dénicher une majorité, que ce soit pour s’installer ou pour engager des réformes majeures. Par ailleurs, voilà qui permet d’éviter des coalitions hétéroclites, de celles qui débouchent sur ce brouet à la "un peu de tout" qui peut avoir lassé, à la longue, l’électeur belge.

Mais voilà. Si la formule est intéressante, encore faut-il qu’elle soit jouable.

On a bien compris les tenants et aboutissants du show (sur) joué par le couple portugais PS-Ecolo: regardez, on a tout tenté pour éviter les affreux du MR. Quitte à fourguer au PTB le bâton pour se faire battre, lui qui n’a pas manqué de réécrire l’histoire à sa façon. "On s’est foutu de nous", a pu geindre le parti communiste qui n’avait, en fait, aucunement l’intention de grimper dans une majorité régionale.

On a compris, et on aimerait surtout pouvoir passer à autre chose. Société civile ou pas (on vous invite à lire à ce sujet l’édito du jour), le fait est que PS et Ecolo ne disposent pas d’une majorité au Parlement wallon. Et que cdH et PTB ont été suffisamment clairs: ils ne soutiendront pas un attelage PS-Ecolo minoritaire.

Vient un temps où l’arithmétique s’impose. En Wallonie, puisque le cdH est parti en randonnée vers on ne sait trop où, le MR est incontournable, et toute majorité devra marier PS et MR – qu’Ecolo se sente utile ou désiré dans cette violette ne change rien à cette donne de base: les négociations doivent à présent inclure les libéraux.

C’est pourquoi la volonté de démarrer l’élaboration d’une note politique de base écolo-socialiste relève du non-sens. Et après, quoi? PS et Ecolo vont-ils soumettre cette becquée prédigérée au MR, en attendant de lui qu’il en valide les orientations? Comme ça, sans moufter? Personnellement, si on nous fait un coup pareil, on rejette la totalité en bloc. Juste pour le principe. Et on exige de tout recommencer à zéro.

À un moment, il faut arrêter de se donner en spectacle et de perdre du temps. Il serait bienvenu qu’Elio et Jean-Marc quittent le déni dans lequel ils semblent se complaire et appellent Charles et Willy. Afin que les choses sérieuses puissent commencer.

Ah oui, au passage. On conseillerait bien au Parti socialiste de ne pas trop jouer avec les pieds des libéraux non plus. Sait-on jamais qu’ils doivent cohabiter à l’échelon fédéral.

Il y a de fortes chances, quand même.

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