Au risque de se faire quelques ennemis au sein de 19 communes

©Aude Vanlathem

Combien de temps va-t-on encore patauger dans la lasagne institutionnelle bruxelloise? Faite d’une Région et de dix-neuf communes...

D’humeur plutôt féroce, on avait envie de vous parler ici du PS bruxellois, de sa conception de la gouvernance publique somme toute très chrétienne – on multiplie les ASBL comme les pains – et de son incapacité maladive à reconnaître ses errements, préférant mouiller tout qui a un jour participé au système à de plates excuses pour en être le grand maître, de ce système. Sauf que notre vénéré rédacteur en chef s’est emparé du sujet pour son édito de la semaine.

Qu’importe. On va quand même causer de Bruxelles. Et puisque la chasse aux cadavres semble ouverte et que la demande d’ouvrir tous les placards bruxellois se fait de plus en plus insistante, on aimerait bien en pointer un en particulier, histoire qu’on le vide une fois pour toutes.

Combien de temps va-t-on encore patauger dans cette lasagne institutionnelle bruxelloise? Faite d’une Région et de dix-neuf communes. Et on vous passe les bidules Cocof, Cocom et Cocon. Tout ça pour 161 petits kilomètres carrés.

Vient un moment où il est nécessaire d’arrêter de raconter n’importe quoi. Et de se cacher derrière l’argument de ces affreux Flamands qui veulent phagocyter Bruxelles. Telle qu’elle est conçue, la mécanique bruxelloise ne peut fonctionner correctement. Et laisse – un temps, puisque l’on s’habitue à tout – bouche bée ceux qui viennent de débarquer.

Qui n’a pas vu circuler cette photo d’une rue à moitié déneigée, où l’on voit les traces de l’action publique faire demi-tour, pour cause de frontière communale? Sur Twitter, on a croisé récemment un (tout frais) Bruxellois d’adoption s’étonner de la saleté de sa rue. Interpeller la Ville de Bruxelles. Se voir répondre que la voirie dépendait plutôt de la belle commune d’Ixelles. Mais qu’il pouvait tout de même contacter Bruxelles-Propreté, qui est un organisme para-régional.

À Bruxelles, on a même réussi à inventer le demi-site propre pour tram. Et même le demi-site propre en zigzag – officiellement, on dit alternance – bénéficiant au gré de ses courbes une fois au tram allant dans ce sens-là, une fois à celui allant dans la direction opposée. Tout ça pour ne pas sacrifier trop de places de parking, auquel cas une commune aurait pu bloquer le dossier. C’est imbécile. Comme s’il existait des demi-embouteillages. Ou qu’un tram pouvait n’être qu’à moitié englué dans la congestion automobile.

Dans leur dernier "City Mobility Index" dédié à Bruxelles et rédigé en janvier, les consultants de Deloitte notent, en substance, que l’imbroglio institutionnel bruxellois d’où n’émerge, au final, aucune autorité centralisée empêche le développement d’une vision cohérente, et donc efficace, de la mobilité. Reprochez ce que vous voulez à Deloitte, mais il semble difficile d’y voir un méchant parti flamand ayant pris en grippe la capitale.

Comprenons-nous. On ne plaide pas forcément en faveur de la suppression des communes – si Uccle a envie de permettre à ses administrés de se marier le dimanche dans un parc et que cela déplaît à Forest, pourquoi pas. Mais il faut cesser de se moquer du monde. Les questions d’urbanisme, de mobilité, de stationnement ou de propreté – on en oublie peut-être – ne peuvent plus se trouver, ne fût-ce que partiellement, aux mains des communes et doivent remonter à l’échelon régional. Prétendre le contraire revient à faire passer ses petites prérogatives avant l’intérêt commun et l’efficacité publique.

On ne dit pas non plus que tout est parfait, à la Région. Là aussi, il y a cette histoire de placards à inspecter de fond en comble. Mais ça, c’est une autre histoire.

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