chronique

Avec Michel, il y a risque et risque

Avec le marathon législatif de fin d'année, on découvre ainsi que l’adage "tant qu’il n’y a pas d’accord sur tout, il n’y a d’accord sur rien" a ses limites.

Le job de député peut parfois paraître bien ingrat. Surtout en ce joli mois de décembre où la tradition impose, d’année en année, un absurde marathon législatif. Parce qu’en Belgique, c’est connu, on négocie mieux la nuit, le revolver du timing sur la tempe. Une sorte de procrastination élevée au rang d’art suprême.

Bref, le député de la majorité, bon soldat, est tenu de soutenir son gouvernement. Le député de l’opposition, lui, se doit de crier au scandale, tandis qu’il voit ses amendements dédaigneusement rejetés. Se plaindre des montagnes de texte à avaler à toute berzingue et siffler que l’on joue avec les pieds de la démocratie.

Ils ont leurs "trucs", les députés. Observez attentivement, nous a un jour confié un habitué des travées de la Chambre. Le jour où ils arrivent plus chargés de dossiers qu’à l’accoutumée ou se lèvent de manière véhémente en brandissant un document, vous pouvez parier qu’une caméra est présente pour capturer l’instant. Il y a du show, là-dedans.

Ils ont leurs trucs; ce qui n’empêche qu’ils ont parfois raison. Cette année, ils ont été particulièrement gâtés par Michel, qui voulait leur imposer un menu fiscal et social chargé: quelque 800 pages passablement techniques à ingurgiter en quelques dizaines d’heures. Dans le tas, un dossier pas encore ficelé (le coup des 500 euros par mois) que le gouvernement entendait faire voter avant de l’ouvrir à la concertation – c’est une tendance, chez Michel, ça. Et qui hérissait pas mal de monde. Bref, pas mûr.

Il est vrai que "complice de torture", ça fait un petit peu tache sur une carte de visite.

C’est sans doute le genre de petites victoires qui doit réchauffer le cœur d’un député de l’opposition. Michel a été contraint de revoir ses ambitions à la baisse et de reporter une partie du programme à 2018. Privilégiant sa priorité absolue, la réforme de l’impôt des sociétés, qu’il valait mieux boucler avant la fin 2017, sécurité juridique oblige. On ne prend pas (trop) de risques avec une réforme à plus de 5 milliards d’euros.

Il y a plusieurs enseignements à tirer de cette semi-reculade. On découvre ainsi que l’adage "tant qu’il n’y a pas d’accord sur tout, il n’y a d’accord sur rien" a ses limites. Puisque le trophée de la N-VA a été voté ce vendredi, tandis que ceux du CD&V et de l’Open Vld ont été placés au frigo. Alors qu’on nous avait longuement vendu ce triptyque comme indissociable. À terme, cette antienne de la politique belge risque d’être remplacée par ceci: "Et à la fin, c’est la N-VA qui obtient gain de cause".

On découvre encore que le gouvernement Michel est à même d’apprécier un risque et de modifier son comportement afin d’éviter de se manger le mur. On remise la taxe sur les comptes-titres et les 500 euros pour faire voter la réforme de l’Isoc en 2017, sans quoi celle-ci risquerait de se faire attaquer par des entreprises mécontentes.

Mais ça, ce n’est vrai que sur le terrain économique. Côté dignité et politique d’asile, c’est tout autre chose. On est loin d’être un expert en migrations. Ou en politique soudanaise. Mais il ne fallait pas être devin, en septembre dernier, pour prédire que faire appel aux services d’une dictature connue pour ses violations répétées des droits humains afin de pouvoir coller l’étiquette "Soudan" sur le front de personnes en situation irrégulière et les expédier au pays risquait de mal tourner. Évidemment, cela n’a pas raté. Il apparaît à présent que certains de ceux qui ont été renvoyés dans leur pays de cocagne ont été torturés. Mal pris, Michel a lancé une enquête.

Il est vrai que "complice de torture", ça fait un petit peu tache sur une carte de visite. Ce risque-là, il était gros comme une maison. Et il n’a pas fait dévier la majorité d’un iota. Si l’affaire ne cachait pas un océan de détresse humaine, on aurait presque envie de dire qu’elle l’a bien cherché et que c’est bien fait pour sa pomme.

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