Back to the 90's!

©Aude Vanlathem

Les premières auditions sur la sortie de l'IVG du code pénal sont prévues le 23 mai. Une trentaine d'experts vont défiler. Parmi ceux-ci, l'Opus Dei.

On n’est pas expert en physique, mais on a cette intuition. S’arc-bouter et freiner des quatre fers pour empêcher un train en marche d’avancer, cela ne risque pas de l’arrêter, tout au plus de retarder son arrivée en gare. Le tout, en se râpant les semelles.

Prenez la sortie de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) du code pénal. Le débat aurait pu débuter, mais la majorité suédoise a préféré l’incorporer à la réforme globale du Code pénal. Sur papier, cela ressemble à du bon sens. En pratique, on ne peut s’empêcher de se montrer circonspect et d’y voir une ingénieuse façon de repousser l’échéance, sachant que ce dossier pique aux yeux du CD&V et n’enchante guère la N-VA.

Quoi qu’il en soit, la machine est lancée; les premières auditions sont prévues le 23 mai. Une trentaine d’experts vont défiler. Beaucoup d’hommes, beaucoup de néerlandophones, a-t-on lu. Jusqu’ici, rien de très étonnant. L’Opus Dei sera de la partie, a-t-on aussi lu. On s’apprêtait à bondir, pourfendre et asséner. Sauf que, comme souvent, les faits sont un brin plus complexes: l’Opus Dei n’a pas été convié, mais bien un médecin de la KUL, sur le dos duquel a été collée cette étiquette.

À vrai dire, on n’a pas été voir plus loin. C’est son droit le plus strict, à ce médecin, de croire ce que bon lui semble. Il faudra toutefois veiller à savoir qui prendra la parole à la Chambre: le scientifique ou le croyant? Histoire de dissiper le doute et d’éviter de rejouer le scénario moisi du débat sur la transaction pénale élargie, où il était apparu qu’un expert portait en dessous de son costume de professeur d’université des sous-vêtements d’avocat payé par le secteur diamantaire. Secteur qui attendait l’avènement de cette disposition judiciaire. Bref, l’expert était également lobbyiste. ça fait tache.

En attendant, en voyant le menu de ces auditions, on ne peut s’empêcher de penser qu’un drôle de fumet s’en dégage. Comme si le débat portait encore sur l’opportunité d’autoriser, ou non, l’IVG. Or cette pièce-là s’est jouée il y a 28 ans et a débouché sur la dépénalisation partielle – il n’est question aujourd’hui "que" de mettre le cadre législatif au goût du jour.

Et ça, vu la liste des invités, cela ne semble pas une évidence pour tous. On y trouve ainsi des associations liées à l’adoption. Quitte à se planter, la ficelle paraît grosse: au lieu d’avorter, ne serait-il pas préférable qu’une femme mène sa grossesse à terme et donne à l’adoption cet enfant dont elle ne veut pas, faisant la joie d’autres couples en mal de parentalité?

Bien tenté, mais IVG et adoption, ce n’est pas le même débat. La comparaison est boiteuse, mais tentons-la: lorsqu’il était question de raboter les grandes vacances au profit d’autres périodes de l’année scolaire, on a entendu l’horeca tonner. Perdu: ce n’est pas parce qu’un secteur risque d’être concerné par l’application d’une norme que sa participation à l’élaboration de ladite norme est légitime. Le rythme scolaire n’est pas du ressort de l’horeca, l’évidence devrait sauter aux yeux.

Enfin. On savait déjà que les grandes avancées éthiques en Belgique nécessitaient de mettre de côté les partis avec un "C" dedans. Faudra-t-il à présent fourrer les nationalistes flamands dans le même sac? Au moins, l’IVG aura réussi à accorder N-VA et CD&V, à couteaux tirés sur tout le reste. Et ça, il fallait le faire.

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