chronique

C'est beau, la géométrie (C'est variable)

Benoît Mathieu

Avant de brandir pin’s et drapeaux catalans, on serait curieux de voir la N-VA respecter la démocratie locale en son propre pays.

Ainsi donc, le pas du tout rigide Mariano Rajoy serait très très fâché sur Charles Michel au sujet de ses déclarations sur la crise catalane. Pourtant, notre Premier ministre n’a jamais fait que condamner les violences policières et lancer un appel à la désescalade et au dialogue. On a déjà vu plus incendiaire, comme déclaration.

Au lieu de se braquer et de faire du boudin, l’ombrageux Galicien ferait mieux de s’inspirer des méthodes belges. En ce joli pays, les indépendantistes, on les flanque au gouvernement fédéral, où ils finissent par prendre leurs aises et se sentir comme chez eux.

On a beau le savoir, on ne s’y habitue pas. Et on se demande dans quel cerveau racrapoté ce genre d’idées a pu naître.

Puisque l’on parle de nos nationalistes. Ils étaient presque mignons, ces Messieurs Dames de la N-VA, à l’heure où (une partie de) la Catalogne bravait les matraques pour aller taquiner les urnes. Et que je te décore la Chambre à coups de drapeaux catalans. Et que je t’arbore un badge aux couleurs catalanes. Tout ça histoire de défendre un référendum jugé anticonstitutionnel, le droit des peuples à l’autodétermination et le respect de la démocratie locale.

On leur dit, ou pas?

Avant de brandir pin’s et drapeaux, on serait curieux de voir la N-VA respecter la démocratie locale en son propre pays. Un référendum, quitte à se fâcher avec la Constitution? Mais chiche! Qu’on la pose une bonne fois pour toutes, cette fameuse question. Qui donc veut réellement d’une Flandre indépendante? Et quitte à interroger les citoyens, on pourrait aussi tourner autour de Bruxelles, en demandant à ces braves gens ce qu’ils préfèrent: rester arrimés à la Flandre ou rejoindre Bruxelles? Tant qu’à faire.

Le respect de la démocratie locale. Elle est bien bonne, celle-là. A l’heure où la Flandre vient, une fois de plus, de se faire taper sur les doigts – pas bien fort, certes, puisqu’il est relativement aisé de s’asseoir sur un rapport – par le Conseil de l’Europe. Motif? On vous le donne en mille: non-respect de la démocratie locale. Parce qu’un ministre a le pouvoir de ne pas nommer un élu qui envoie des petits papiers dans la langue de ses administrés. Pas en suomi, hein, mais en français, l’une des trois langues nationales, jusqu’à preuve du contraire. Parce que dans une assemblée législative locale, il n’est permis de l’ouvrir qu’en néerlandais. On a beau le savoir, on ne s’y habitue pas. Et on se demande dans quel cerveau racrapoté ce genre d’idées a pu naître.

Au passage, on pourrait en profiter pour se pencher sur la convention-cadre pour la protection des minorités nationales. Que la Belgique a signée. Sauf qu’après, elle a vite dû se mettre en position latérale de sécurité et n’a guère trouvé les moyens de la ratifier.

Enfin, on suggérera aux nationalistes flamands de lever un tantinet les yeux de leur nombril. On a toujours été fasciné par la capacité de gens visiblement sensibles à la notion d’identité à rayer celle des autres, tout en choyant la leur. Est-il si incompréhensible qu’en Belgique, il y ait des gens qui ne se sentent ni Flamands, ni Wallons? Mais plutôt Bruxellois?

C’est ça qui est beau, avec la géométrie. Elle peut être variable.

Notez qu’en termes de démocratie locale, il y en a un autre qui est tenu de prendre des leçons express: Benoît Lutgen, le sanglier solitaire, prié de ne plus tout décider tout seul au cdH, après sa tentative bancale de se débarrasser du PS. Cela va déboucher sur une rencontre, une "mise à plat", un rapport au bureau, le tout couronné par un congrès. Tchu, ça dépote.

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