C'est une histoire de subsides et de chats - enfin, surtout de subsides

©Aude Vanlathem

C’est malheureux, mais il a bien fallu rentrer de vacances. Et on imagine que vous avez dû faire de même, ou que cela vous pend au nez – on se console comme on peut.

Alors, histoire de rester vaguement dans le thème, on s’en va vous conter une anecdote de vacances. Crépuscule doré du sud, petit verre de rosé local et moustiques qui tentent de venir gâcher le tout. On discute avec un ami entrepreneur. Peu importe au final son domaine d’activité; mettons qu’il tienne un bar à chats – désolé, on n’a guère trouvé mieux.

Voilà un petit bout de temps qu’il a ouvert le premier établissement félin de sa ville quand, tout à coup, un ministre s’en mêle. Wallon, le ministre, mais cela ne change rien. Doté d’un portefeuille n’ayant rien en commun, ni avec les bars, ni avec les chats, ni même avec quelque chose de gentiment vague comme la Cohésion sociale – l’Aéronautique, tenez, pourquoi pas.

Donc le ministre wallon de l’Aéronautique a décidé que c’était bien, les bars à chats, et qu’il faudrait qu’il s’en ouvre d’autres, en Wallonie. Après tout, pourquoi pas. Subsides à la clé.

Evidemment, le copain en question soumet son dossier. Et, même s’il avoue ne pas avoir saisi tout de la subtilité des critères œuvrant à la sélection, il décroche la (petite) timbale. Voilà son temple du ronronnement subsidié, tout comme une série d’autres – dont bon nombre sont encore à l’état de projet. Alors ces porteurs de projet viennent le trouver, histoire de discuter avec lui et de voir comment il gère la boutique. Il leur explique notamment que pour gérer l’administration, un quart temps suffit amplement.

Voilà le marché biaisé et bloqué pour trois ans, avec à terme une série de projets qui mettront la clé sous le paillasson lorsque l’aide publique se tarira.

Et puis, sans transition, il saute à la conclusion: voilà le marché des bars à chats biaisé et bloqué pour trois ans, avec à terme une série de projets qui mettront la clef sous le paillasson lorsque l’aide publique se tarira. Pourquoi?

Parce que les nouveaux bars, ayant les moyens, ont engagé un plein-temps pour la gestion – une charge qu’il sera difficile d’assumer sans la béquille publique. Parce que, par la magie de l’intervention publique, les clients des bars sélectionnés voient leur abonnement aux minous à moitié payé par la Région. Ce qui place évidemment ceux qui ne sont pas soutenus par le ministre dans une position difficile: comment conserver sa clientèle alors que le voisin est 50% moins cher? "Et puis, dans ces conditions, durant trois ans, plus personne ne se lancera dans ce secteur."

Tel est le résultat de l’illumination du ministre de l’Aéronautique. Dont l’intention n’était pas mauvaise, même si on se demande si, au final, cette intervention n’a pas généré davantage d’effets pervers que de bienfaits. Mais qu’importe, le ministre pourra, dans son bilan électoral, se vanter d’avoir donné un fameux coup de pouce au secteur des bars à chats.

On laisse la conclusion à notre ami – après tout, c’est son histoire. Ce serait pas mal si le monde politique aidait les entrepreneurs à se lancer, en leur facilitant la vie administrative et en s’attaquant aux barrières à l’embauche. Et si la fiscalité ponctionnait un tantinet moins à la source, au lieu de redistribuer des aides par après, au petit bonheur la chance, sans évaluation sérieuse et vision à long terme.

Nous, on a approuvé de la tête, tendu une main vers le rosé et, de l’autre, écrasé un moustique.

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