C'est vrai, puisqu'on vous le dit!

©Aude Vanlathem

Ce qui différencie le plus Wallons et Flamands, c’est l’offre politique qu’ils ont à disposition. Deux démocraties, qu’ils disaient? À voir.

C’est la puissance de ces petites phrases, simples et efficaces, que l’on répète à l’envi, façon mantra. À force d’être serinées, elles flottent en permanence dans l’atmosphère, imprègnent nos cortex et finissent par devenir vraies, peu importe qu’elles l’aient été à la base ou non. Sorte de prophétie autoréalisatrice.

Il y a celle-ci, qui ressort chaque fois que les urnes ont parlé en Belgique. C’est immanquable: "La Flandre a voté à droite et la Wallonie, à gauche." Et Bruxelles, on s’en fiche, mais ça, c’est une autre histoire. Voilà qui est même devenu l’un des arguments de la N-VA pour brandir le confédéralisme parce que, décidément, ces deux-là sont irréconciliables.

Il n’est pas question ici de nier l’évidence: le nord du pays vote plus à droite que le sud. Au Parlement wallon, la droite pourrait souffrir d’un léger sentiment de solitude, le MR ne pesant qu’un gros quart des sièges, tous les autres étant occupés par la gauche ou le centre. En Flandre, à eux deux, N-VA et Open Vld pèsent plus lourd: 40% des places, et même 60% si on rajoute le Vlaams Belang dans la balance.

La Flandre a voté à droite et la Wallonie, à gauche. La Belgique n’est pas une, mais deux démocraties. Est-ce si vrai que cela?

Emballé, c’est pesé? Pas si vite. Parce que le gouvernement fédéral sortant, dont il est difficile de dire qu’il a mené une politique de gauchiste effréné, est sorti laminé du scrutin fédéral. À la Chambre, la coalition suédoise a laissé 22 sièges dans la bataille, perdant sa majorité. Du côté flamand, le tribut à payer se chiffre à 16 sièges pour la N-VA, le CD&V et l’Open Vld. Il est donc permis de penser que cette action de droite a été sanctionnée par l’électeur flamand. Oui mais le Vlaams Belang. On ne dit pas extrême droite pour rien. Ce n’est pas faux. Identité, immigration et autres: cap sur la droite de la droite, et après ça, encore un petit coup de barre à droite. Mais se pencher sur le programme socio-économique du Belang est instructif: ôter le vilain vernis de préférence nationale, et vous obtiendrez quelque chose qui n’est pas sans accointance avec un certain populisme de gauche. Autrement dit, la réalité est plus nuancée que le résumé que certains se plaisent à servir.

Allez, une autre, un rien plus vicieuse. La Belgique n’est pas une, mais deux démocraties. Flandre et Wallonie – et Bruxelles, pfuuut, évaporée. Une fois encore, l’affirmation n’est pas dénuée de (solides) fondements. La Belgique est faite de deux cultures – tellement plus que cela, en fait – relativement imperméables. Médias, musique, télévision: deux mondes séparés. Mais qui, fondamentalement, ne pensent pas autrement, comme vient de le rappeler cette semaine un groupe de chercheurs. Que dit leur étude? Que sur l’axe gauche-droite, Flamands et Wallons ne se situent pas à des kilomètres les uns des autres. Et qu’ils se retrouvent sur un paquet de sujets, le Wallon n’étant pas clairement plus à gauche que le Flamand sur les questions socioéconomiques – peut-être davantage sur le chapitre socioculturel, du fait de la plus grande attention portée au nord à l’immigration et à l’identité. En fait, ce qui différencie le plus les deux, c’est l’offre politique qu’ils ont à disposition. Deux démocraties, qu’ils disaient? À voir.

On serait à ce sujet curieux de voir l’effet qu’aurait l’introduction d’une circonscription fédérale – pour qu’enfin, les hommes politiques flamands aient des comptes à rendre au sud, et inversement. Ainsi que le rapprochement des familles politiques qui se sont déchirées sur la frontière linguistique. Mais bon, ce n’est sans doute pas pour demain.

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