chronique

Charles Michel, sauveur du climat

Journaliste

Notre Premier ministre a-t-il eu une épiphanie au-dessus de l'Atlantique? Le libéral a pris un accent curieusement écolo depuis son atterrissage à New York.

Et voilà, cela tombe encore sur Charles Michel. Ou sur le MR. On vous voit venir. Alors on débute par ce petit préambule. Bien sûr, que cela tombe encore sur Charles Michel. Parce qu’avec le pouvoir, vient la critique du pouvoir. On se permet donc de penser que le discours d’un Premier ministre à la tribune de l’assemblée générale des Nations Unies pèse un tantinet plus lourd que les habituelles récriminations de l’opposition à la Chambre – symboliquement, en tout cas.

Réjouissons-nous. Charles Michel a connu une sorte de "visitation verte".

Charles Michel, donc. À vrai dire, les propos du Premier avaient de quoi plaire. Ne fût-ce que pour leur engagement écologique. "La prospérité doit être durable. Elle ne peut plus être fondée sur une exploitation frénétique et égoïste de nos ressources naturelles si précieuses. Océans, biodiversité, qualité de l’air, santé… sont des biens précieux qu’il faut chérir et respecter." Et il est encore question de responsabilité partagée et de comportements à adapter.

Une dose de lucidité environnementale à l’heure où, pour une ou un scientifique, la seule manière d’attirer l’attention sur le climat semble être l’immolation par le feu ou une spectaculaire défenestration – les 36 "cartes blanches" et "appels" précédents n’ayant été accueillis que d’un indolent haussement de sourcil.

Espérons que la conversion écologiste de Charles Michel dure au moins jusqu’à son retour en Belgique. ©BELGA

On se réjouit donc de voir un Premier métamorphosé, converti à la cause écologiste. Jusqu’à présent, ce n’était pas gagné, pourtant. On a encore en tête sa prestation à peine passable dans le "Wilfried" de cet été – nos confrères l’avaient attiré sur le terrain "vert" où il ne s’aventure d’habitude guère. On caricature, mais à peine: son plus haut fait d’armes était d’avoir lancé le "Make our planet great again" avant son copain Macron. Et de se féliciter de s’être mollement penché sur le dossier du RER, d’avoir semé quelques éoliennes en mer. Pour le reste, l’innovation et la science allaient nous tirer de ce mauvais pas, sans que l’on doive envisager de mesures drastiques. OK pour le développement durable, mais surtout pour le développement – "jobs, jobs, jobs", vous vous souvenez?

Quant à son gouvernement, on ne peut pas dire qu’il brille sur la question écologique – comme tant d’autres, on ne dit pas le contraire. Infoutu d’accoucher d’une feuille de route énergétique, s’employant à raboter ses engagements internationaux et effrayé à l’idée d’énoncer le moindre objectif climatique ambitieux en compagnie du Luxembourg et des Pays-Bas.

Mais réjouissons-nous. Tout ça, c’est du passé. Charles Michel a connu une sorte de "visitation verte". Et Michel II, si tel est le verdict des urnes en 2019, se penchera enfin sur le côté durable, mis de côté cinq ans durant. "Planet, planet, planet" sera son nouveau mantra. Ca tombe bien, il est moins une.

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