chronique

Cher Charles, cher Olivier, faites-le au nom de Jean

Benoît Mathieu

Le programme de chiffrage, par le Bureau du plan, des promesses électorales des partis a réveillé en nous une requête adressée aux libéraux. À Charles et Olivier, à leur tête. Au nom de Jean, qui est quelque part leur maître, à tous.

À la base, histoire de bien démarrer 2019, on comptait causer climat. Revenir sur la manière magistrale avec laquelle il s’est imposé dans la campagne électorale. Et, surtout, se pencher sur la réaction de la classe politique belge, déchirée essentiellement entre récupération, raillerie, indignité, incompréhension et mépris envers ces élèves qui ont fini par voir un peu plus loin que le bout de son nez, à elle.

Et puis est intervenu ce réjouissant programme de chiffrage, par le Bureau du plan, des promesses électorales des partis. Qui a réveillé en nous une requête qui avait fini par s’assoupir, avec le temps. Alors la voilà. Elle est adressée aux libéraux. À Charles et Olivier, à leur tête. Au nom de Jean, qui est quelque part leur maître, à tous.

Il arrive que sortent des publications où le directeur dudit centre, ou l’un de ses contributeurs, disperse et gaspille son talent, le noyant dans la mauvaise foi, la charge partisane, les arguments boiteux, voire les sophismes.

Jean, qui mérite parfois mieux que les productions du centre d’étude qui porte son nom et s’habille de son visage. Alors certes, en 2013, le parti l’a doté, ce centre, d’un comité scientifique, sorte de conseil des sages fort d’une quarantaine de cautions extérieures, professeurs, hommes d’affaires ou experts.

Une excellente décision. Qui ne percole malheureusement pas à tous les coups. Car à vrai dire, il arrive que sortent des publications où le directeur dudit centre, ou l’un de ses contributeurs, disperse et gaspille son talent, le noyant dans la mauvaise foi, la charge partisane, les arguments boiteux, voire les sophismes – on a arrêté de les compter.

Entendons-nous. L’idée n’est pas de ressortir cette vieille scie et de chanter les louanges de l’IEV, la machine à penser et calculer du PS. Dont la redoutable efficacité n’est toutefois plus à prouver. Puisque l’on parlait du chiffrage électoral dans lequel vient de se lancer le Plan: à ce petit jeu, le Parti socialiste est le seul à avoir eu le cran d’accompagner ses priorités d’estimations budgétaires – c’est dire à quel point il les juge crédibles.

Mais il n’y a pas que l’IEV en ce bas monde. On se souvient du bras de fer wallon autour du Ceta, qui a partiellement animé le cru 2016. Et de la cruelle comparaison qu’il a générée. Il ne s’agit pas ici de prétendre savoir qui avait tort ou raison, plutôt de se pencher sur les fondements et la construction de la position affichée à l’époque par les partis. On a eu sous les yeux les argumentaires développés par le Cepess, le centre d’étude du cdH, et celui du Centre Jean Gol (vous aviez deviné, hein?).

On espère puissamment que le MR poursuivra dans la même direction que celle amorcée en 2013. Et dopera réellement son centre d’étude, démultipliant par là la force de frappe et de proposition des libéraux.

D’un côté, une étude forte d’une soixantaine de pages, abordant les nombreuses facettes de la problématique, étayée, documentée, bref solide et complète. De l’autre, une dizaine de pages, ressemblant à s’y méprendre à la "dissertation" d’un écolier sur le thème "le commerce, c’est bon pour les entreprises". Rien d’indigne, donc, mais un argumentaire parcellaire et presque naïf, par moment proche de la croyance magique.

Si on dit tout cela, au risque de heurter, c’est parce que l’on espère puissamment que le MR poursuivra dans la même direction que celle amorcée en 2013. Et dopera réellement son centre d’étude, démultipliant par là la force de frappe et de proposition des libéraux.

Et ne nous faites pas dire ce que l’on n’a pas dit. On peut très bien être doté du meilleur centre d’étude et, parfois, raconter n’importe quoi.

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