chronique

Conseiller communal, ce job ingrat

Journaliste

Promis à une fonction ingrate, éclipsés par le tintamarre des ténors de la politique, les futurs conseillers communaux méritent bien une discrète éloge.

C’est peut-être bête à dire, mais on qualifierait bien la semaine écoulée de typiquement belge. Jugez plutôt.

Une fois encore, le béton de nos pétaudières nucléaires a fait état de son éclatante santé, sans que l’on sache réellement qui a failli en quoi et qui, au final, fera quoi et quand.

Puisque l’on parle de décrépitude. Alléluia! Le conservatoire de Bruxelles a effectué son entrée fracassante dans la liste des bâtiments dont on se dit qu’il serait peut-être temps de les rénover – on parle de travaux en 2023. Après tout, cela ne fait jamais que depuis les années 80 qu’il se déglingue. La rumeur veut que le Palais de justice se soit ému de l’annonce.

Alors, quand on voit l’énergie déployée par les aspirants de tous bords pour en être, on ne peut s’empêcher de trouver ça un peu beau quand même. Sans ironie aucune.

Sur le front politique, c’est évidemment la campagne. Période bénie, où la décence prend encore plus cher que d’habitude. Aussi, alors que les plus crottés et culottés des Publifinards refaisaient surface, a-t-il été jugé bon au sein de certains partis de tomber à bras raccourcis sur Ecolo, pour une belle bourde électorale commise en terres liégeoises. Ah! Indignes et sacrilèges écologistes, dont toute la duplicité éclatait enfin à la face du monde ébahi! Il n’empêche, en quittant la Chambre, Muriel Gerkens, qui était tête de liste aux provinciales alors que son statut de députée le lui interdisait, a pris ses responsabilités et réparé fissa la légèreté écologiste. On aimerait que toutes les défaillances politiques soient réglées aussi promptement.

Allez, dira-t-on. C’est la dernière ligne droite. Et vu l’ambiance dans certaines communes, il est sans doute temps que les festivités s’achèvent. Notez que l’on a failli s’inquiéter, en cette fin de semaine. Quelques jours sans échos de luttes sanguinaires provenant de Mons. Du moins sur les internets – on n’est guère allé vérifier sur place. Trois hypothèses, dès lors. 1. Peut-être ont-ils appris à s’entre-tuer en sourdine. 2. Les belligérants sont au bord de l’épuisement. 3. On leur a coupé le wifi. Faites votre choix.

Pendant ce temps-là, le MR bruxellois découvrait soudainement – "Whaaaaaaaat?!?", s’est-il naïvement écrié – que le nationalisme de la N-VA pouvait être à sens unique. Et que, pour affirmer son identité flamande, l’animal n’hésite pas à nier en bloc celle de l’autre. Bruxelloise, ici, en l’occurrence.

Bon. On grince, on grince, il n’empêche que l’on a quand même une confession à vous faire. Tous ces candidats qui se démènent méritent, trouve-t-on, un zeste d’admiration. Parce que, au juste, pour quoi se battent la plupart d’entre eux? Ni trône mayoral, ni écharpe scabinale. Non, un simple job de conseiller communal. Soit le plouc de base dans le grand Stratego politique.

Certes, on n’a jamais été conseiller communal. Par contre, en notre jeune temps professionnel, on a assisté à une belle flopée de conseils communaux. Il paraît que c’est formateur, et on veut bien le croire. Assommant, aussi, aurait-on envie d’ajouter.

De ce que l’on a vu, c’est ingrat, comme job, conseiller communal. Surtout si l’on a le malheur d’exercer dans une commune cornaquée par un despote éclairé, tout-puissant et omniscient – et, il y en a.

Et d’autant plus si l’on siège dans la majorité. Parce que, depuis l’opposition, il y a encore moyen de s’amuser un peu. En titillant la majorité, en bousculant ses certitudes, en inspectant ses comptes, en décortiquant ses arrangements, en levant un lièvre s’il vient à en passer.

D’expérience, il y a toujours l’un ou l’autre conseiller pour sortir du lot. Flamboyant, goguenard ou plus prosaïquement hargneux. Qui, par amour, conviction ou défi, vous anime tout le bazar.

Mais conseiller de la majorité, franchement, ça n’a pas l’air folichon. Faut le vouloir.

Alors, quand on voit l’énergie déployée par les aspirants de tous bords pour en être, on ne peut s’empêcher de trouver ça un peu beau quand même. Sans ironie aucune.

Il y en a qui vont de leur composition personnelle et poussent la chansonnette. Qui pondent des rimes douteuses à la tonne. Produisent d’invraisemblables montages faits de licornes et d’arcs-en-ciel.

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S’adonnent à la danse des canards en costume – de quoi, au juste?, disons de croisement entre un dinosaure et un Bisounours –, sous l’œil implacable d’une caméra. Taillent une bavette avec une abeille. Font la tournée des quartiers en porte-à-porte, au risque d’être accueillis comme des malpropres.

Chapeau bas.

(Et continuez à produire des vidéos gênantes, c’est parfait.)

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