Courage, fuyons!

©Aude Vanlathem

Le CD&V, le cdH suivis par la gauche, la droite et les verts nous ont servi un festival de rétropédalage et de communication foireuse, la semaine dernière. Bref, on ne s'est pas ennuyé.

On a toujours eu un peu de mal à comprendre ceux qui se disent lassés de la politique made in Belgium. Parce qu’il n’y a pas à dire, on ne se moque pas de nous. Tout est mis en place afin que le divertissement soit garanti. Cette semaine, c’était festival de rétropédalage et de communication foireuse.

Là, le CD&V a marqué un grand coup, avec la fulgurante apparition d’Aaron Berger, cet ex-futur candidat juif ultra-orthodoxe, sur la liste menée par Kris Peeters en vue de la grande bataille d’Anvers.

On ne dit pas que ça s’est passé comme cela. Mais en tout cas, ça y ressemble furieusement. Kris Peeters, nouveau en ville, espère être bombardé faiseur de roi – pas évident quand personne ne vous attendait. Il y a, paraît-il, une importante communauté juive dans le fief de Bart De Wever? La bonne idée: allons y picorer afin de colorer la liste. Emballé, c’est pesé.

Sauf que le tout est géré par des membres du cabinet Peeters, visiblement sans véritable screening. Sinon, le fait que ce Monsieur soit adepte de pratiques religieuses un brin tatillonnes et refuse de serrer la pince à la moitié de l’humanité – par peur de voir stupre et luxure se déverser sur lui – aurait mis la puce à l’oreille des grands stratèges démocrates-chrétiens.

S’est ensuivi un splendide exercice de rétropédalage. On a eu, c’est dire, mal pour Kris Peeters. Qui s’est, au final, tiré une balle dans le pied, tout seul comme un grand. Et a multiplié par vraiment beaucoup les chances de se voir administrer une belle raclée électorale par Bart De Wever en octobre prochain.

Le CD&V a voulu donner dans le communautarisme basique, sans même s’embarrasser des précautions les plus élémentaires. Ca pardonne rarement.

Le menu était similaire chez les centristes du sud du pays – c’est pratique, quand même, que "chrétien" et "centre" débutent par la même lettre. Cafouillage et rétropédalage au cdH donc. Un jour, Alda Greoli annonce tout de go que le cdH est favorable à la sortie de l’avortement (IVG) du code pénal. Le lendemain, marche arrière toute! "Le débat et la réflexion se poursuivent au sein du cdH." Et la sortie d’Alda? C’était l’expression de son opinion personnelle.

→ Lire notre édito: "J'accouche, je décide"

Le discours du parti humaniste est un brin sinueux – mais ça, c’est inscrit dans ses gènes. On est pour l’IVG, mais il faut des balises et des sanctions si l’on s’assied sur lesdites balises. D’accord. On cesse de considérer l’avortement comme un délit, alors? Ah non, pas si vite.

La vérité nue est pourtant simple. En 2018, au cdH, on considère toujours l’interruption volontaire de grossesse plus comme une infraction que comme un droit. Autant savoir.

Allez, le centre n’aura pas été le seul à cafouiller en cette riante semaine. C’est plus léger, mais quand même. Le budget aura poussé tant la gauche que la droite à innover en termes de communication boiteuse.

S’est ensuivi un splendide exercice de rétropédalage. On a eu, c’est dire, mal pour Kris Peeters. Qui s’est, au final, tiré une balle dans le pied, tout seul comme un grand.

Après l’avoir repoussé de 2018 à 2019, Michel vient de décider de reporter le retour à l’équilibre budgétaire à 2020 – et encore, il est d’ores et déjà écrit dans les astres que ce sera encore trop juste. "Le gouvernement suit les recommandations du Conseil supérieur des finances", communique ce vendredi la libérale Sophie Wilmès, grande patronne des chiffres. On a ri – c’est pas tous les jours qu’un communiqué de presse budgétaire fait cet effet-là. Faut oser, quand même. Parce que, quelque part, cela revient à sous-entendre quoi? Que cet ajournement n’a rien à voir avec l’incapacité gouvernementale à boucher le trou aussi rapidement que claironné. Non. En fait, on reporte à 2020 parce que les sages du Conseil supérieur des finances l’ont recommandé.

La belle affaire. Les sages ne sont pas des truffes, voilà tout. Lucides, ils ont bien compris ce qui était implicite depuis un petit temps déjà: maintenir le cap sur 2019 était illusoire.

Évidemment, cela n’a guère tardé. L’opposition a embrayé, raillant ce gouvernement voguant de report en report. On la comprend. Parce qu’il est vrai que Michel a déboulé en fanfaronnant en 2014. Dehors les amateurs, place aux professionnels. Ordre et rigueur, ce budget va vite être remis sur les rails. On voit le résultat.

Cela étant, rouges et verts feraient bien de s’abstenir sur le coup. Auraient-ils secrètement souhaité que Michel tienne ses engagements en carton? Et coupe davantage dans les dépenses, Sécu en tête? Non. Alors poupoune, comme on dit chez nous. N’allez pas attaquer le gouvernement sur un point qui vous réjouit.

La morale de l’histoire? Faut savoir ce que l’on veut. Et l’assumer.

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