Déprime au Nord, des primes au Sud

©Aude Vanlathem

Qui dit campagne, dit bourdes. Et cela a déjà commencé fort.

Elle n’en est qu’au tour de chauffe, mais on sent déjà que cette campagne électorale s’annonce hautement divertissante.

Le CD&V, passé maître dans l’art subtil de l’autosabotage, a commencé en force, avec une ministre acculée à la démission après être partie en vrille. Ainsi, alors qu’elle était en charge de l’Environnement, Joke Schauvliege a cru déceler dans les marches pour le climat la patte commune des Illuminati et de Laurent Louis.

Alors. D’accord, jusqu’ici, être en charge de l’Environnement ou du Climat, c’était plutôt planqué, en Belgique – façon Simplification administrative ou tutelle sur la Loterie nationale. Sauf que, depuis que la jeunesse a compris qu’elle avait de quoi s’inquiéter, côté avenir, ce portefeuille est devenu autrement, et subitement, plus sportif. Il y a de quoi devenir nerveux – sauf peut-être pour Marie Christine Marghem, que rien ne semble devoir jamais ébranler.

De là à sombrer dans le complotisme, il y a de la marge, mais on peut encore tenter de comprendre. C’est après que cela se corse. Impliquer la Sûreté de l’État, déjà, c’est costaud. On est surtout ébahi de se rendre compte que certains ministres ignorent encore que toute ineptie proférée publiquement vous revient inévitablement dans la figure – parfois même amplifiée ou déformée. En cela, la bourde de Joke Schauvliege est inconcevable.

Outre les sorties de piste, la période est également à la génération spontanée d’idées saugrenues – difficile de nier que la décision en question du gouvernement wallon en est une.

Le principe, voulu depuis belle lurette par le cdH et porté à présent par la ministre Valérie De Bue (MR), est simple. Accorder un soutien à 1.000 euros par an aux étudiants kottant loin de chez eux. On saisit l’intention: voilà un petit coup de pouce évitant une flopée de trajets inutiles. Mais c’est dans la mise en œuvre que le bât blesse.

Comme c’est la Wallonie qui régale, le Bruxellois optant pour la Wallonie ou le Wallon optant pour Bruxelles sont exclus du mécanisme. Soit; on peut encore mettre cela sur l’architecture institutionnelle délirante de ce pays.

On est par contre bien en peine de justifier le reste. Comme le fait que l’octroi de cette prime ne soit en rien lié avec la situation financière de l’étudiant ou celle de ses parents.

Et puis, il y a le critère de calcul. Kotter "loin" du nid familial, cela veut dire à plus d’une heure de trajet, en période de pointe. Et en voiture, évidemment. Celui qui se tape plus d’une heure en train ou en bus mais reste sous le seuil fatidique tracé par la sainte voiture peut toujours se brosser. Cocasse, à l’heure où écoliers et étudiants se mobilisent en faveur du climat.

Vous savez comment on appelle cela? Une fausse bonne idée. Et, à une encablure du triple scrutin de mai 2019, un cadeau électoral. Le tout rimant généralement avec mauvais usage de l’argent public.

(Ah oui, pardon pour ce titre.)

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