chronique

Deux fois deux, ça fait deux

Benoît Mathieu

Pas de doute. Cela ne doit pas être évident tous les jours d’être Pascal Smet...

Cette semaine encore moins, qui a vu le chien fou du sp.a être courageusement lâché par sa majorité bruxelloise et copieusement honni par le secteur des taxis, qui l’accuse d’être vendu au grand méchant Uber.

Pascal Smet, c’est le type que tout le monde adore détester. Et on doit bien avouer qu’il le cherche un brin, le ministre bruxellois de la Mobilité. À force de fanfaronner qu’il est un visionnaire incompris en son pays, alors que le reste de la planète reste bouche bée devant tant de talent à l’état brut. À force aussi de n’en faire qu’à sa tête – l’écoute et la concertation ne constituent pas ses principales marottes. Alors, collez-lui le portefeuille de la mobilité et vous obtenez le parfait ministre tête à claques.

Cela étant, la cible est bien trop facile. Oui, Bruxelles est un chantier à ciel ouvert. Mais on ne peut à la fois pester parce que l’on n’entretient rien – et qu’alors tout s’effrite comme un tunnel bruxellois – ET parce que l’on mène de grands travaux, visant justement à rajeunir le béton avant qu’il ne craque de partout.

On lui reproche aussi d’avoir une dent contre la reine automobile. C’est sans doute un peu vrai. Ce qui est encore plus vrai, c’est que le Belge monte au créneau dès qu’on lui chatouille un tantinet la jante. Surtout quand il s’agit de Bruxelles.

Le clou de la semaine n’aura pas été la grogne des taxis, qui nous a presque valu une agréable journée sans voiture dans la capitale. Non. Mercredi, le gouvernement Michel a relancé en grande pompe les travaux du RER. Fallait oser.

Le fait est que, dans la capitale, lorsque l’on se penche sur la répartition de l’espace public, la voiture se taille encore la part du lion. Cocasse, pour un moyen de locomotion essentiellement individuel, fortement polluant et meurtrier. Bref, fondamentalement inefficace. Or, être près de 1,2 million à s’entasser dans 161 petits kilomètres carrés, rejoints quotidiennement par plus de 300.000 navetteurs, impose de s’organiser et de rationaliser les transports.

Là est le hic: effectuer un juste et nécessaire rééquilibrage en faveur des autres moyens de locomotion nécessite automatiquement de réduire le terrain de jeu de la bagnole, qui a pris ses aises et se croit seule au monde.

C’est sidérant. On n’en vient à ne même plus voir l’espace vital qu’elle nous grignote. On se souvient de cette discussion toute récente entre une élue locale et un citoyen remettant en cause le projet de réfection d’une voirie, que la belle commune d’Ixelles a l’intention de refaire à l’identique. Identique qui ne brille pas par sa fluidité: la congestion est monnaie courante, paralysant le tram, qui ne bénéficie évidemment pas d’un site propre. Quant aux cyclistes, on leur a peinturluré un petit vélo en blanc entre les rails du tram. Afin de les rassurer sans doute: oui, oui, c’est bien ici que vous devez vous battre pour assurer votre place dans la circulation.

L’élue, donc, s’indigne de la mauvaise foi crasse développée par celui qui l’interpelle en lui reprochant de perpétuer la configuration actuelle: quatre bandes pour la voiture, zéro pour le tram, zéro pour le vélo. Allons donc, il n’y a que deux bandes pour les voitures, s’insurge-t-elle. Perdu. Prenez le profil de la rue de base. Deux bandes de circulation, deux bandes de stationnement. Cela fait quatre; le compte est bon.

Mobilité toujours. Le clou de la semaine n’aura pas été la grogne des taxis, qui nous a presque valu une agréable journée sans voitures dans la capitale. Non. Ce mercredi, le gouvernement Michel a relancé en grande pompe les travaux du RER, côté wallon. Émerveillement de François Bellot, louant le "milliard vertueux" dégagé dans le cadre du plan d’investissement cher au Premier. Allégresse de Charles Michel, usant d’un joli petit visuel, cette plaie de la communication politique actuelle. L’intérieur d’un wagon, barré par le slogan suivant: "ça roule pour le RER! Paroles tenues!"

De quoi conclure déjà que la campagne électorale a débuté pour le MR, dans son fief du Brabant wallon.

Peut-on toutefois rappeler que le RER, c’est cinq lignes de train convergeant vers Bruxelles, afin de la rendre plus accessible par le rail? Que le bidule a officiellement été lancé en 2003? Et devait initialement être bouclé pour 2012? Et que l’on parle à présent de 2031? Et que ce foutu chantier sort de plus de trois ans de léthargie?

Allez, s’il est si "vertueux" que cela, ce milliard, pourquoi diable n’a-t-on pas été foutus de le dégainer plus tôt?

De notre côté, si on avait été mêlé de près ou de loin à cette sombre affaire de RER, la relance des travaux, on l’aurait plutôt effectuée en catimini, histoire de se faire oublier.

Mais bon. Chacun son style.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content